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L’aide aux déplacés internes doit être « renforcée de toute urgence »

Un enfant afghan dans un camp de déplacés internes à Kaboul, avril 2020. © HCR/Claire Thomas

Sumbul Rizvi, du HCR, explique pourquoi les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays restent si importants, en particulier dans le contexte des nouveaux dangers engendrés par le coronavirus.

Par Matthew Mpoke Bigg


Chaque année, des millions de personnes sont contraintes de fuir leur foyer en raison de conflits ou de violences. Si certaines traversent les frontières pour trouver la sécurité, beaucoup cherchent refuge dans leur pays d’origine, souvent dans des camps ou des sites informels. Ils partagent nombre des défis et des vulnérabilités qui sont ceux des réfugiés, notamment en ce qui concerne les risques posés par le coronavirus.


Sumbul Rizvi est Expert du HCR en matière de déplacement interne, un rôle dont elle assume la responsabilité depuis mai 2019. Avant cela, elle était chargée de coordonner la réponse des Nations Unies à la crise des réfugiés rohingyas au Bangladesh. Avant de rejoindre l’ONU il y a plus de deux décennies, elle exerçait le métier d’avocate à New Delhi, en Inde.

Elle s’est entretenue avec Matthew Mpoke Bigg, du service de communication du HCR, sur les raisons pour lesquelles les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays restent si importants, ainsi que sur la manière dont la pandémie de Covid-19 expose les personnes déplacées à un risque accru.

Quels sont les facteurs qui font que certaines personnes fuient à l’intérieur de leur propre pays alors que d’autres franchissent les frontières en tant que réfugiés ?

Face aux conflits et à la violence, la grande majorité des personnes fuient à l’intérieur de leur propre pays. Parfois, une autre partie d’un même pays est perçue comme plus sûre. Souvent, les gens recherchent la sécurité là où ils ont le soutien de leur famille ou de leur communauté. Certaines personnes n’ont pas les moyens financiers, les documents d’identité ou un passeport qui leur permettraient de franchir une frontière internationale. Beaucoup considèrent qu’il est plus facile de subvenir à leurs besoins dans leur propre pays, tandis que d’autres pensent que leur fuite sera de courte durée, et rester dans le pays est donc vu comme permettant de rentrer plus facilement chez soi. La fuite au-delà des frontières internationales est plus fréquente lorsque le conflit se déroule à proximité d’une frontière.

Quels sont les défis particuliers auxquels sont confrontées les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ?

Le déplacement forcé apporte un certain niveau de sécurité, à l’écart du conflit immédiat, mais il représente également d’énormes risques. Il s’agit notamment de la violence, de l’exploitation ou des abus de la part des communautés d’accueil ou des gouvernements, des militaires ou des groupes armés ; de l’absence d’un toit, même rudimentaire ; des restrictions à la liberté de mouvement ; de la confiscation de documents ; de l’accès limité aux services publics et aux mesures de protection sociale ; ou de la perte de revenus. Ces risques peuvent entraîner le recours à des mécanismes d’adaptation néfastes, comme le travail des enfants, le mariage précoce ou forcé. Une mauvaise alimentation, la séparation des familles ou la mise à rude épreuve des structures familiales sont également courantes. En outre, les familles provenant de zones rurales ont souvent du mal à s’adapter à la vie dans les villes où elles ne bénéficient pas d’une protection sociale. Elles peuvent être dans l’incapacité de rentrer chez elles en raison de la poursuite de la violence ou même parce que leur logement a été détruit.

Sumbul Rizvi, Expert du HCR en matière de déplacement interne, dans un camp de personnes déplacées à Salahedin, en Irak, en 2017. © HCR

Pourquoi ont-ils souvent besoin de protection et d’assistance ?

Les autorités locales tentent généralement de fournir une protection et une assistance aux personnes qui ont été déplacées de force, mais il existe des situations où les gouvernements ne veulent ou ne peuvent pas répondre à leurs besoins élémentaires en matière de nourriture, de logement, d’assistance juridique, d’éducation et de moyens d’existence. Les personnes déplacées peuvent également craindre d’être la cible de violences, d’exploitation ou de discrimination en raison de leur appartenance politique, de leur appartenance ethnique ou de leur religion. Les femmes et les enfants peuvent être particulièrement vulnérables à l’exploitation et aux abus sexuels et peuvent avoir besoin d’une protection et d’une assistance supplémentaires, y compris parfois de la part de leur propre communauté.

Dans le monde, plus de 41 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Où se trouvent-elles concentrées et dans quelles conditions vivent-elles ?

Des personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays dans plus de 30 pays. Le HCR soutient les réponses à ce type de déplacement dans toutes les régions du monde, y compris l’Afghanistan, le Burkina Faso, la Colombie, l’Ethiopie, l’Irak, le Myanmar, le Niger, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan, la Syrie, l’Ukraine, le Yémen et d’autres.

Les personnes déplacées vivent aussi bien en milieu urbain que dans des zones rurales. Elles se retrouvent parfois dans des camps mis en place par un gouvernement ou par des organisations humanitaires, mais elles vivent également dans des sites informels, qui peuvent être un bidonville ou un bâtiment abandonné ou inachevé. Certaines personnes vivent dans des logements loués dans les villes. Les conditions de vie sont souvent caractérisées par la surpopulation et un accès limité à l’eau, aux installations sanitaires et aux autres services de base. Cette réalité peut exposer les personnes déplacées à divers risques tels que la contamination par des maladies infectieuses, la violence sexuelle ou l’expulsion forcée.

Quelles difficultés les personnes déplacées internes rencontrent-elles actuellement en raison de la menace du coronavirus, et que peut-on faire pour les aider ?

La grande majorité des déplacés internes se trouvent dans des pays en développement dont les systèmes de santé sont extrêmement fragiles et qui pourraient être rapidement débordés si le virus s’y implantait. En outre, de nombreuses personnes déplacées vivent dans des camps ou des sites informels où la surpopulation, la mauvaise alimentation et le manque d’eau, d’assainissement et d’hygiène constituent d’énormes défis en matière de prévention. En milieu urbain, nombre d’entre elles se retrouvent dans le dénuement car les possibilités de travail occasionnel et d’autres sources de revenus ont disparu du jour au lendemain. La mise en suspens ou la réduction de l’aide humanitaire ou gouvernementale va rendre les personnes déplacées encore plus vulnérables tant au virus qu’à d’autres risques.

Il est essentiel que l’aide internationale aux gouvernements nationaux soit renforcée d’urgence pour répondre à ces besoins massifs. Ce soutien doit comprendre le financement de mesures visant à prévenir la propagation du virus et à promouvoir l’intégration des personnes déplacées dans les efforts nationaux de préparation et de réponse. Le HCR travaille avec les gouvernements, les autres agences des Nations Unies et les ONG pour mettre en œuvre diverses initiatives, y compris la sensibilisation des personnes déplacées dans les camps et les sites informels aux questions d’hygiène et d’éloignement physique. Nous adaptons également nos programmes pour qu’ils puissent être mis en œuvre en toute sécurité, nous fournissons des aides financières d’urgence aux plus vulnérables et nous soutenons la mise à niveau des installations sanitaires.

Que sont les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays, et comment ont-ils été établis ?

Les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays, adoptés il y a 22 ans, ont été les premières normes internationales élaborées en faveur des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Ils définissent leurs droits et les obligations des gouvernements à leur égard et sont largement reconnus comme étant le principal instrument international pour répondre aux phénomènes de déplacement interne. Les Principes directeurs sont un ensemble de 30 normes – basées sur le droit international des droits de l’homme et le droit humanitaire – qui décrivent les droits des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, et la manière dont elles doivent être protégées et assistées pendant le déplacement jusqu’à ce qu’une solution durable soit trouvée en leur faveur.

Le besoin de telles dispositions est devenu évident dans les années 1990, lorsque le nombre de personnes déplacées dans leur propre pays par la violence, les conflits armés et les violations des droits de l’homme a augmenté de façon spectaculaire. En l’absence d’un cadre juridique international pour leur protection, Francis Deng, qui était le Représentant du Secrétaire général des Nations Unies pour les personnes déplacées dans leur propre pays, a présenté les Principes directeurs à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies afin de combler cette lacune. Depuis leur adoption en 1998, ils ont été largement utilisés par les États, les agences des Nations Unies et les ONG comme fondement pour la protection des personnes déplacées. Les Principes directeurs restent extrêmement pertinents aujourd’hui. Dans le cadre d’une initiative mondiale appelée GP20, la Commission des droits de l’homme des Nations Unies apporte son soutien aux États pour qu’ils intègrent les Principes directeurs dans leur législation nationale.

Quel rôle le HCR joue-t-il pour garantir les droits et la protection des personnes déplacées et quels sont les défis auxquels nous sommes confrontés ?

Le HCR aide les autorités à assister et à protéger les personnes déplacées en leur fournissant une expertise technique et en mettant en œuvre des activités concrètes en matière d’hébergement, de gestion des camps et de protection. Nous mobilisons et coordonnons également les efforts des ONG et d’autres agences des Nations Unies pour nous assurer que les besoins sont pris en compte et qu’il n’y a pas de duplication de l’aide. De telles mesures peuvent sauver des vies et doivent être mises en œuvre rapidement. Le travail du HCR consiste essentiellement à veiller à ce que les droits des personnes déplacées soient protégés et à ce que les risques auxquels elles sont confrontées soient réduits au minimum. Les défis auxquels nous sommes toujours confrontés sont liés à l’inégalité des protections légales pour les personnes déplacées et à l’insécurité persistante qui entrave l’accès humanitaire, les services publics et les possibilités de subsistance.

Le HCR a récemment lancé une initiative en faveur des personnes déplacées. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Cette récente initiative concernant les personnes déplacées a pour but de renforcer l’engagement du HCR dans les situations de déplacement interne au cours de cette année et en 2021. Elle se concentre sur neuf pays : Ethiopie, Soudan du Sud, Soudan, Burkina Faso, République démocratique du Congo, Irak, Afghanistan, Ukraine et Colombie. Les objectifs sont de dégager des exemples de bonnes pratiques, de donner une plus grande visibilité à l’impact des déplacements internes sur les personnes touchées, d’obtenir davantage de ressources pour les opérations en faveur des déplacés internes et de renforcer notre soutien aux activités menées dans ces neuf pays.

Publie par le HCR, le 16 avril 2020