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Les apatrides risquent d’être laissés pour compte dans les efforts de lutte contre le Covid-19

Zablon Namwate – photographié ici en octobre 2019 – s’était rendu au Kenya depuis le Rwanda, il y a plusieurs décennies, pour y travailler dans une plantation de thé. Dépourvu de document d’identité, il compte parmi des millions de personnes qui sont apatrides à travers le monde. © HCR / Sebastian Rich

Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, exhorte les gouvernements à travers le monde entier à prêter attention d’urgence à la situation critique de millions d’apatrides et à suivre une série de recommandations publiées ce jour par le HCR pour assurer leur prise en charge dans les programmes de prévention et de lutte contre le Covid-19.

« Des millions de personnes à travers le monde se voient refuser une nationalité et les droits juridiques qui en découlent. Elles n’existent pas sur le papier et vivent le plus souvent en marge de la société. En cette période critique, au cours d’une pandémie mondiale, nous sommes préoccupés par le fait qu’elles courent désormais le risque d’être laissées pour compte dans le cadre des efforts de prévention et de lutte », a déclaré Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Dépourvus de citoyenneté, les apatrides n’ont souvent pas accès aux services essentiels, y compris aux soins de santé, et peuvent aujourd’hui être également empêchés ou confrontés à des obstacles pour accéder aux tests et aux traitements contre le coronavirus. D’autres peuvent s’abstenir d’accéder aux services essentiels, de peur que leur statut juridique ne les expose à un risque de détention ou d’expulsion.

« Nous nous devons de réitérer que l’exclusion ne profite à personne, et encore moins à l’effort mondial pour contenir le virus. La pandémie ne peut être vaincue que si chacun, quel que soit son statut juridique, est inclus dans les efforts de riposte. Dans cette crise, nous devons résister ensemble aux côtés des plus vulnérables d’entre nous. En restant solidaires, nous surmonterons cette épreuve, et cela signifie inclure des populations apatrides, souvent invisibles », a déclaré Filippo Grandi.

Quelque 3,9 millions d’apatrides sont comptabilisés dans les statistiques collectées par 78 pays, mais leur nombre réel est probablement beaucoup plus élevé. Sans droits légaux ni accès aux services essentiels, l’apatridie écarte de nombreuses personnes marginalisées des décisions politiques et de l’activité économique. Elles sont par ailleurs victimes de discrimination et vulnérables à l’exploitation et aux abus.

Dans de nombreux pays à travers le monde, les apatrides vivent dans des conditions sanitaires déplorables et inférieures aux normes, ce qui peut aggraver le risque d’épidémies. Limités par leur statut juridique, beaucoup travaillent dans le secteur informel, ce qui peut également entraver le respect des protocoles de santé publique tels que l’auto-isolement et la distanciation sociale.

Un nombre considérable d’apatrides sont également maintenus en détention prolongée avant l’expulsion, au motif qu’ils ne sont pas considérés comme des résidents légaux et qu’il n’y a aucun pays vers lequel les expulser. En plus de constituer une violation de leur droit à la liberté, ils sont aujourd’hui confrontés à la perspective d’un risque accru de contamination, car les médecins et les associations médicales du monde entier ont exprimé leurs inquiétudes sur la possibilité de propagation du Covid-19 dans les centres de détention.

Le HCR est également préoccupé par les mesures de prévention et de lutte qui pourraient alimenter la xénophobie et la discrimination envers ceux qui sont perçus comme étant à risque de contagion, étant donné qu’une majorité de la population apatride connue à travers le monde appartient à des groupes minoritaires et qu’elle est particulièrement vulnérable à la discrimination.

« Ce virus met en lumière à la fois les conséquences dévastatrices de l’apatridie et le besoin urgent de l’éliminer. Le droit à une nationalité est un droit humain fondamental et, en cette période de crise, c’est une question de vie ou de mort », a déclaré Filippo Grandi.

Pour assurer la protection et l’inclusion des apatrides dans la réponse de santé publique, le HCR a publié des directives sur la politique et les bonnes pratiques. Voici quelques-unes de ces recommandations :

  • Rendre les services de santé, y compris les tests et les traitements contre le Covid-19, accessibles à tous, indépendamment du statut de citoyenneté ou du statut de résident légal.
  • Créer une séparation tangible entre les services de santé et d’immigration pendant cette période, afin de permettre aux apatrides d’accéder aux services essentiels sans crainte ni risque d’arrestation ou de détention.
  • Garantir l’inclusion des apatrides dans les campagnes d’information sur la prévention et la lutte contre le Covid-19, en tenant compte de leurs préférences en matière de lieu, de langue et de communication.
  • Désigner les activités d’enregistrement à l’état-civil, y compris l’enregistrement des naissances, comme des services « essentiels », permettant leur poursuite et minimisant le risque que des personnes se retrouvent apatrides faute de preuve légale de leur identité ou de leur droit à la nationalité.
  • S’abstenir de placer les apatrides en détention avant un renvoi et envisager la libération des personnes détenues pour des raisons liées à leur statut d’apatride.
  • Veiller à ce que les mesures de prévention et de lutte contre le Covid-19 n’alimentent pas la xénophobie ni la discrimination raciale.
  • Étendre les mesures de soutien financier à toutes les personnes résidant sur le territoire qui répondent aux critères de vulnérabilité, quel que soit leur statut juridique.

La liste complète des recommandations est disponible ici : www.refworld.org/docid/5eb2a72f4.html

 

Pour de plus amples informations à ce sujet, veuillez svp contacter :

Publie par le HCR, le 11 mai 2020