Bianka Rodruiguez

La militante LGBT Bianka Rodríguez défile avec le drapeau arc-en-ciel lors d’une marche pour l’égalité des droits des personnes transgenres à San Salvador, au Salvador. 

Message et histoire de quatre personnes LGBTIQ+ déracinées qui inspirent leur communauté à travers le monde.

Aux quatre coins de la planète, les personnes LGBTIQ+ sont exposées à la violence et à la persécution au quotidien. À l’heure actuelle, 70 pays punissent encore les relations homosexuelles. Même dans les pays où l’homosexualité n’est pas considérée comme un crime, les personnes ayant une identité sexuelle ou de genre différente peuvent faire l’objet de discrimination et de violence, et être mises à l’écart par leur entourage et leur famille. Sans endroit où se sentir en sécurité, beaucoup sont forcées de quitter leur pays et se réfugient à l’étranger pour obtenir une protection.

Au HCR, nous pensons que nul ne devrait avoir à fuir son foyer à cause de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Pour honorer la force et la résilience des personnes LGBTIQ+, nous souhaitons amplifier leurs voix au Canada et ailleurs dans le monde.

Danny : Auteur syrien canadien et défenseur des réfugiés LGBTIQ+

Danny Ramadan, Syrian-Canadian author and LGBTIQ+ refugee advocate

© 2020 Danny Ramadan

Danny Ramadan est un auteur syrien canadien de 37 ans, un conférencier et un défenseur des réfugiés LGBTIQ+. En 2012, il a quitté sa Syrie natale après avoir passé des années à vivre au sein de la communauté clandestine des LGBTIQ+ et à défendre ses droits. Danny fait partie des premiers réfugiés syriens arrivés au Canada après le début de la crise en Syrie il y a 10 ans. En 2019, il est devenu citoyen canadien. Dans notre entrevue avec Danny, nous discutons du Mois de la fierté, de la mission du HCR et de son travail de plaidoyer sur les questions LGBTIQ+.

Vous avez recueilli plus de 200 000 dollars pour les réfugiés s’identifiant comme LGBTIQ+. Si vous aviez un message à transmettre spécifiquement à ceux qui s’apprêtent à reconstruire leur vie, quel serait-il?

Dans un premier temps, récolter cette somme a reposé sur un effort collectif. Je n’ai fait que d’en prendre la tête. Beaucoup de gens qui m’ont aidé à organiser ces événements et à recueillir ces fonds sont eux-mêmes des réfugiés.

Dans un deuxième temps, j’aimerais que les réfugiés LGBTIQ+ sachent que je ne suis pas une sorte de surhomme avec des capacités hors du commun. Je suis persuadé que chacun d’entre eux, s’il se voyait proposer les mêmes possibilités que moi, pourrait faire ce que je fais et agirait de la sorte. Selon moi, chaque personne est importante et capable de réussir. Selon moi, chaque personne peut faire ce qu’elle veut. Je sais que la hiérarchie qui dirige le monde présente les réfugiés comme étant des personnes soi-disant inférieures, mais ce n’est pas le cas. Vos expériences vous ont donné de la maturité, votre parcours vous a endurcis, et vous êtes capables d’accomplir des choses qui dépassent votre propre imagination.

D’après vous, pourquoi est-il important que la question des personnes LGBTIQ+ soit au premier plan des discussions, en particulier parmi les groupes vulnérables comme les réfugiés?

Le Mois de la fierté est un moment festif dans le monde occidental. Tout au long de ce mois, les pays du Nord organisent de nombreux événements pour reconnaître et célébrer les avancées réalisées dans cette partie du monde en faveur des droits des homosexuels. Or, il faut également se rappeler que la Fierté est née d’un mouvement de protestation : c’est grâce à cette protestation que nous avons pu faire respecter nos droits et, en tant que personnes gaies, nous avons la responsabilité de faire en sorte que les revendications de ce mouvement soient prises en compte dans des causes qui nous tiennent à cœur. Il peut s’agir de Black Lives Matter, ou de plaider en faveur des réfugiés LGBTIQ+. Mais surtout, nous devons reconnaître que les pratiques coloniales du passé expliquent en partie pourquoi des lois homophobes et transphobes existent encore dans de nombreux pays à travers le monde. Le Mois de la fierté peut englober un ensemble complexe d’idées : une célébration, un mouvement de protestation, un moyen de reconnaissance, ainsi qu’une manière de se rassembler autour de ces questions qui peuvent affecter certains d’entre nous, mais qui nous concernent tous.

Amy : Réfugiée LGBTIQ+ gambienne et créatrice de mode

« J’ai juste regardé le ciel, fermé les yeux et senti la brise. J’ai fondu en larmes en me disant : “Merci mon Dieu”. »

Ce sont les mots qu’Amy, 26 ans, a prononcés lorsqu’elle est arrivée à l’aéroport Schiphol à Amsterdam.

Amy vient du nord de la Gambie. Lorsqu’elle a annoncé son homosexualité, son entourage lui a tourné le dos. « Pendant un certain temps, mon père a voulu me marier; un mariage arrangé, parce que c’est comme ça que les choses se font dans ma tribu. Je lui ai juste dit que je n’en avais pas envie. Voilà qui je suis. Alors, il m’a dit que je n’avais pas d’autre choix que de quitter son foyer. »

Après cela, Amy a fui le pays et s’est rendue en Libye, où elle a vécu avec une femme et son bébé. Elle ne savait pas que le père cherchait l’enfant et un jour, la mère et le bébé sont partis.

« Après leur départ, j’ai été kidnappée. Les gens qui m’ont kidnappée m’ont demandé où ils étaient. C’est là qu’ils m’ont torturée. Ils voulaient me tuer. Le jour où ils ont voulu me tuer, je me suis échappée et suis allée jusqu’en Tunisie. »

Amy a atteint la frontière tunisienne pieds nus et a obtenu l’asile avant de pouvoir enfin s’installer aux Pays-Bas. Elle vit désormais à Amsterdam depuis trois mois et s’y sent en sécurité. Amy veut apprendre le néerlandais, commencer ses études et raconter son histoire au monde en créant sa propre ligne de vêtements. « Je me sens bien. »

Bianka : La première femme transgenre à être nommée Sympathisante du HCR

LGBTIQ1 activist Bianka Rodriguez marches with the rainbow flag at a trans rights parade.

© UNHCR/Daniel Dreifuss

En 2019, Bianka Rodríguez, une militante LGBTIQ+ a été désignée lauréate régionale pour les Amériques de la distinction Nansen du HCR pour son leadership dans la défense des droits des personnes LGBTIQ+ à El Salvador. Aujourd’hui, elle est devenue la première sympathisante transgenre officielle du HCR.

Les personnes LGBTIQ+ vivant à El Salvador sont fréquemment exposées à des niveaux de violence inimaginables. En 2015, Bianka a adopté sa véritable identité en tant que Bianka Gabriela Rodríguez et a rejoint l’organisation Comcavis Trans basée à El Salvador, comme bénévole. Désormais présidente et directrice générale, elle est devenue le fer de lance de la lutte pour les droits des LGBTIQ+ à El Salvador, y compris pour les personnes contraintes de fuir leur pays.

« Je sais ce que c’est que d’être exposée chaque jour à la violence, parfois de la part de sa propre famille, juste pour être qui nous sommes ou pour les personnes que nous aimons. Dans mon pays, El Salvador, les personnes LGBTIQ+ sont victimes de meurtres et d’agressions par des gangs et sont abusées sexuellement et persécutées. Les personnes transgenres sont les plus à risque. Dans certains pays, les personnes LGBTIQ+ sont considérées comme des criminels. Dans d’autres, il leur est impossible de trouver un emploi, d’aller chez le médecin ou de faire des études », explique Bianka.

« Bien souvent, nos propres familles nous ont abandonnés ou maltraités. Mais ensemble, nous pouvons faire changer les choses. Je m’engage à travailler auprès des personnes LGBTIQ+ dans les Amériques (et dans le monde entier). »

« En faisant équipe, nous pouvons construire un monde dans lequel nous sommes tous libres d’être qui nous sommes et d’aimer qui nous aimons, où que nous nous trouvions. »

Samra : Une Canadienne d’origine pakistanaise photographe et auteure

Samra Habib

Samra Habib. © Yuula Benivolski

Au Pakistan, le pays natal de Samra Habib, elle et sa famille étaient régulièrement menacées par des extrémistes islamiques, qui persécutaient les musulmans ahmadis. Elle n’avait que 10 ans lorsqu’elle et sa famille ont été contraintes de fuir le pays et de s’installer au Canada. Dans notre entrevue avec Samra, nous parlons de sa biographie très remarquée « Nous avons toujours vécu ici » et de la défense des droits des LGBTIQ+.

Dans [vos] mémoires, vous exposez votre identité située au croisement de l’homosexualité, de l’appartenance à la religion musulmane, du statut de réfugiée, de la nationalité canadienne et d’autres traits. « Nous avons toujours vécu ici » est une première œuvre très personnelle qui explore cette connexion et les obstacles auxquels il vous a confrontée. Comment avez-vous vécu vos débuts dans le monde littéraire en publiant ce premier roman où vous retracez tant d’expériences et de questions personnelles difficiles?

Cela m’a fait du bien d’écrire sur les conséquences de tous les traumatismes que j’ai vécus durant mon existence du fait de mon statut de réfugiée et de personne de couleur. Cela m’a permis de me voir moi-même pour la première fois et de ressentir plus de bienveillance envers moi-même.

En quoi est-il important de mettre ces questions au premier plan du débat, surtout pour des groupes doublement vulnérables tels que les réfugiés?

Selon moi, il est important de mettre ces questions au premier plan du débat pour créer un espace inclusif dans lequel diverses perspectives peuvent être prises en compte. Les problématiques des LGBTIQ+ doivent être des questions universelles qui poussent à s’interroger sur la façon dont nous parlons des inégalités et de l’accès aux opportunités. Elles doivent contribuer à élargir nos perspectives en matière d’égalité et créer un sentiment d’appartenance.

Le HCR s’efforce de soutenir les réfugiés LGBTIQ+ en leur offrant une protection en tant que réfugiés, ainsi qu’un espace sécuritaire. En tant que défenseure des droits des homosexuels, quel type d’aide est le plus important pour les réfugiés LGBTIQ+?

Il faut tout d’abord les aider à avoir un sentiment d’appartenance et un espace où ils se sentent acceptés. Selon moi, nous voyons souvent les réfugiés LGBTIQ+ comme « l’autre », et nous devons favoriser des transformations systémiques dans notre environnement immédiat pour nous assurer que nous travaillons à leurs côtés en tant que partenaires à parts égales et engendrer ainsi des mutations systémiques et des évolutions culturelles.

Lisez l’intégralité de notre entrevue avec Samra réalisée en mai 2020.


Nul ne devrait avoir à fuir son foyer à cause de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Toute personne LGBTIQ+ devrait pouvoir vivre en paix et en sécurité dans son propre pays. Ajoutez votre nom à la pétition du HCR et rejoignez le HCR Canada pour soutenir les personnes LGBTIQ+ qui requièrent une protection internationale. Signez la pétition dès maintenant.

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