Vue générale du camp de réfugiés de Boudjdour à Tindouf, dans le sud de l’Algérie. Mars 2016

Vue générale du camp de réfugiés de Boudjdour à Tindouf, dans le sud de l’Algérie. Mars 2016. © Reuters/Zohra Bensemra

Les réfugiés du Sahara occidental dans les camps de la province algérienne de Tindouf perdent des animaux à cause d’une épidémie frappant leur bétail, tandis que les restrictions liées à la lutte contre le Covid anéantissent d’autres sources de revenus.

TINDOUF, Algérie – Faisant une pause dans ses tâches quotidiennes, Mariem Mohamed Boujemaa – une réfugiée sahraouie de 69 ans vivant au camp de Boujdour dans la province algérienne de Tindouf – s’arrêtait souvent pour regarder ses jeunes petits-enfants jouer parmi les moutons et les chèvres de la famille dans leur enclos poussiéreux et grillagé, et ressentait un lien profond avec son propre passé.

« L’élevage de moutons et de chèvres pour ma famille se transmet de génération en génération », explique Mariem. « Les Sahraouis sont connus pour l’élevage du bétail. Si une famille possède quatre ou cinq chèvres, elle dispose d’une source inépuisable de lait pour les enfants et les personnes âgées. »

Mariem a renoué avec la tradition et a commencé à élever son propre bétail il y a environ 10 ans, pour joindre les deux bouts après son divorce. « J’ai senti que je devais faire quelque chose pour faire face aux coûts croissants et à la responsabilité de ma famille », a-t-elle déclaré. « Nous vendons une ou deux chèvres pour avoir de l’argent et couvrir nos besoins quotidiens. »

Boujdour est l’un des cinq camps établis dans la région désertique éloignée du sud-ouest de l’Algérie depuis 1975 pour abriter les réfugiés sahraouis qui ont fui la violence de la guerre du Sahara occidental. Pour ceux qui peuvent se permettre d’élever du bétail, le lait et la viande qu’ils fournissent contribuent à compléter les rations alimentaires mensuelles de base que reçoivent les réfugiés dans les camps.

« La perte a été financière et émotionnelle. »

Mais au début de cette année, alors que les camps étaient confinés en réponse à la pandémie de Covid-19, entraînant la perte de nombreux emplois et d’autres sources de revenus pour les réfugiés, une autre maladie faisait des ravages pour la population vulnérable des réfugiés.

Une épidémie pulmonaire touchant le bétail a entraîné la mort de plus de 1700 moutons et chèvres dans les camps cette année, y compris les dix animaux de Mariem. « Les moutons sont tombés malades après avoir été infectés par la chèvre. J’ai appelé le vétérinaire qui leur a fait des injections, mais même avec le traitement, ils sont tous morts. »

Outre le coup financier, elle a déclaré que les jeunes membres de sa famille avaient eu du mal à comprendre ce qui s’était passé.

« Les enfants ont ressenti de la tristesse à cause de ces pertes », a déclaré Mariem. « Ils ne comprenaient pas pourquoi tous les moutons et les chèvres avaient disparu en même temps. La perte a été financière et émotionnelle pour la famille. »

Certaines des familles qui ont perdu leurs animaux ne les avaient reçus que récemment dans le cadre d’un programme financé par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, ciblant certains des réfugiés les plus vulnérables dans les camps.

« La plupart… qui travaillaient ont perdu leur salaire en tant que journaliers. »

Avec plus de 50% des femmes en âge de procréer et des enfants dans les camps souffrant d’anémie, et des taux élevés de malnutrition (7,6%) et de retard de croissance (28%), le HCR, en collaboration avec son partenaire le Croissant-Rouge algérien, a fourni des chèvres à 263 familles souffrant de malnutrition, en particulier celles comprenant des femmes enceintes et allaitantes.

L’une des bénéficiaires est Dida El Kouri, une mère de neuf enfants qui dépend du lait pour compléter son propre régime alimentaire ainsi que celui de ses parents âgés.

« J’avais prévu de consommer également leur viande mais, malheureusement, nous n’avons pas atteint ce stade car nous les avons perdus [en même temps que] la pandémie de Covid-19 », a déclaré Dida. Elle a ajouté que les mesures de confinement avaient eu un impact négatif sur les finances et la santé mentale des réfugiés dans le camp.

« La plupart des jeunes et des hommes qui travaillaient ont perdu leur salaire en tant que journaliers car ils ne peuvent aller nulle part et ne peuvent pas travailler », a-t-elle déclaré. « Les enfants s’ennuient et sont déprimés car ils restent tout le temps à l’intérieur de la maison. »

Une autre bénéficiaire du programme, Lehdia Aoubaid El Bachir, 39 ans, était reconnaissante, en tant que mère allaitante, de l’amélioration de sa nutrition. Elle explique avoir eu le « cœur brisé » lorsqu’elle a perdu ses deux animaux à cause de l’épidémie qui a touché le bétail.

Lehdia se décrit comme une amoureuse des animaux et se rappelle avoir accompagné sa mère lorsqu’elle était enfant pour nourrir et jouer avec les moutons et les chèvres de leur famille. Avoir ses propres moutons avait été une source de réconfort, et elle considérait les animaux comme faisant partie de la famille.

« Je ressentais un attachement chaque fois que j’allais les nourrir ou les surveiller. Je me sentais responsable d’eux, de leur santé et de leur nutrition », explique-t-elle.

N’ayant aucun autre source de revenus, l’épidémie a laissé de nombreuses familles dans le camp plus dépendantes que jamais de l’aide humanitaire, a déclaré Lehdia. Mais avec l’assouplissement du confinement – les déplacements entre les camps et la ville de Tindouf sont possibles depuis juin – elle espère que leur situation va s’améliorer.

« La perte a été difficile », a déclaré Lehdia. « Nous attendons que l’épidémie de bétail se termine et nous verrons alors comment nous pouvons trouver un soutien pour obtenir quelques moutons afin de reprendre l’élevage. »

Publie par le HCR, le 01 septembre 2020

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