Robin Stevenson

© Photo fournie par Robin Stevenson

Lorsque Robin Stevenson, une auteure canadienne de livres pour enfants, a entendu parler de la crise des réfugiés syriens dans les médias en 2015, elle a voulu faire sa part pour les aider.


Vivant sur l’Île de Vancouver, cette écrivaine, maman, militante pour les droits des réfugiés et marraine d’un programme de réinstallation des réfugiés, explique les raisons expliquant son engagement dans la campagne #JeSuisUnDéfenseur auprès des réfugiés.

Quand avez-vous entendu parler de la crise des réfugiés pour la première fois et qu’est-ce qui vous a incitée à agir et à plaider en faveur des réfugiés?

En 2015, lorsque la crise des réfugiés syriens a fait la une des médias, j’ai eu le sentiment, comme beaucoup d’autres personnes, que je devais faire quelque chose. J’ai commencé par lancer une collecte de fonds avec un ami en encourageant les auteurs et éditeurs canadiens de livres pour enfants à faire un don à Médecins Sans Frontières, mais je voulais aller plus loin. C’est pourquoi, à l’automne de la même année, j’ai rejoint le programme de parrainage privé des réfugiés du gouvernement canadien. Nous avons ainsi parrainé une famille syrienne : un jeune couple avec quatre enfants en bas âge, dont le plus jeune était encore bébé. Ils sont arrivés au Canada à l’été 2016. Ils sont désormais à la tête d’une épicerie appelée Damascus Market qui vend des produits du Moyen-Orient à Victoria.

Comment en êtes-vous arrivée à militer pour les droits des réfugiés au fil des années?

Après avoir parrainé une famille syrienne, j’ai lancé quatre autres groupes de parrainage. En 2017, nous avons accueilli un couple d’un autre pays du Moyen-Orient, et en 2019, nous avons parrainé trois jeunes femmes d’un pays d’Afrique subsaharienne. Le dernier groupe que j’ai créé a fait une demande pour parrainer une quatrième jeune femme, et son dossier est actuellement en cours de traitement.

L’une des tâches des groupes de parrainage est de fournir un soutien financier aux personnes parrainées, alors nous avons organisé de nombreuses levées de fonds! Nous avons trouvé et meublé des appartements pour les nouveaux arrivants, sommes allés les chercher à l’aéroport, les avons aidés à ouvrir un compte bancaire et à obtenir un téléphone, les avons accompagnés à des rendez-vous chez le médecin et le dentiste, les avons aidés à avoir accès à des cours d’anglais et à un emploi, leur avons fait visiter la ville, avons fait des courses ensemble, avons fait de la randonnée, avons cuisiné ensemble et, de manière générale, nous avons juste fait de notre mieux pour qu’ils se sentent chez eux dans leur nouveau pays.

Je m’intéresse spécialement aux réfugiés issus de la communauté LGBTQ+. Ils représentent un groupe particulièrement vulnérable et continuent à faire face aux dangers et à la violence dans les camps de réfugiés et dans les pays où ils demandent l’asile. Je fais partie de l’organisation Rainbow Coalition for Refugee (RC4R) qui rassemble des groupes au Canada qui soutiennent les réfugiés LGBTQ+ et plaident en leur faveur. Leur mission est de créer des voies d’accès sécuritaires pour qu’ils puissent s’installer au Canada. J’ai également écrit un livre afin de sensibiliser le public à leur cause et recueillir des fonds. Le livre s’intitule Ghost’s Journey : A Refugee Story [Le voyage de Ghost : l’histoire d’un réfugié]. Il raconte l’histoire d’un couple gay réinstallé au Canada après avoir fui la persécution en Indonésie. Je me réjouis que mon livre soit utilisé dans les écoles pour aborder des questions comme les droits fondamentaux, la communauté internationale LGBTQ+ et les problèmes des réfugiés.

Dans la campagne #JÉtaisRéfugié, nous avons voulu communiquer l’idée qu’être réfugié est un mode d’existence et ne définit pas toute l’identité ou l’essence d’une personne. D’après votre expérience, pouvez-vous nous raconter la manière dont les anciens réfugiés installés dans des pays comme le Canada, où ils sont protégés de la violence et de la persécution qu’ils subissaient dans leur pays, parviennent à réussir et à s’épanouir dans leur vie?

C’est fabuleux pour moi de voir que ces gens sont capables d’aller de l’avant, surtout après avoir passé des années dans des conditions très difficiles dans leur pays d’origine, et encore d’autres années en tant que réfugiés en attendant de pouvoir s’installer ailleurs. Les anciens réfugiés que je connais ont un travail, élèvent leurs enfants et suivent des cours eux-mêmes. Ils gèrent des commerces, font des études pour devenir aides-soignants, infirmiers auxiliaires autorisés ou graphistes. Ils travaillent pour le gouvernement provincial, pour des entreprises locales, dans des supermarchés, pour des agences d’établissement au Canada, en tant qu’aides en diététique et auxiliaires de vie auprès de personnes âgées, et certains ont même participé à la campagne de tests pour la COVID-19. Beaucoup soutiennent aussi des membres de leur famille et des amis qui attendent encore une réinstallation. D’autres s’expriment publiquement pour sensibiliser la population sur le sort des réfugiés et sur l’importance de leur réinstallation. Tous redonnent à la société et apportent leur contribution d’innombrables manières.

[Beaucoup de mes amis] qui ont été réfugiés m’ont appris des tas de choses, ont fait preuve d’une incroyable gentillesse et générosité et ont enrichi ma vie d’une manière incommensurable. Je suis très reconnaissante de les avoir dans ma vie et d’avoir l’honneur de les compter comme amis.

Robin et son amie Seagirl Abuson. Elles ont fait connaissance sur Internet en 2018 : après avoir fui la persécution en Ouganda lorsqu’elle était adolescente, Seagirl vivait alors comme réfugiée au Kenya. En tant que femme transsexuelle, elle a été constamment confrontée aux dangers et à la violence au Kenya

Robin et son amie Seagirl Abuson. Elles ont fait connaissance sur Internet en 2018 : après avoir fui la persécution en Ouganda lorsqu’elle était adolescente, Seagirl vivait alors comme réfugiée au Kenya. En tant que femme transsexuelle, elle a été constamment confrontée aux dangers et à la violence au Kenya. © Photo fournie par Robin Stevenson

En tant que militante pour les droits des réfugiés, quel genre de soutien, de communauté et d’aide les réfugiés ont-ils besoin, selon vous, lorsqu’ils s’installent au Canada?

Les services d’établissement au Canada font toute la différence! J’ai été impressionnée par le soutien fourni par l’organisme InterCultural Association of Greater Victoria près de chez moi. Que ce soit en offrant des réunions d’orientation, des cours d’anglais, des programmes pour les jeunes ou des formations et conseils en matière d’employabilité, cet organisme a aidé les nouveaux arrivants que je connais à améliorer leurs connaissances, à prendre de l’assurance, à se faire des amis, à trouver du travail et à s’épanouir dans leur nouveau pays.

Il est également essentiel que l’ensemble de la société s’investisse. Dans tous les secteurs d’activités, que ce soit dans l’éducation, la santé, les institutions financières ou le marché du travail, nous devons faire en sorte que les nouveaux arrivants se sentent les bienvenus, qu’ils bénéficient de services adaptés et accessibles, que les barrières linguistiques et culturelles soient levées, qu’ils reçoivent un réel soutien et qu’ils aient un sentiment d’appartenance à leur nouveau pays.

Le Canada aide depuis longtemps les réfugiés. Pourquoi est-il important de faire passer les questions relatives aux réfugiés au premier plan des discussions, que ce soit au Canada ou au niveau international?

Il est essentiel que tous les Canadiens reconnaissent que nous avons des obligations internationales en matière de réinstallation des réfugiés. Il est également crucial que les gens comprennent qu’en plus d’être une question humanitaire et de justice sociale, accueillir des réfugiés procure des avantages mutuels. Nous devons faire en sorte que les gens sachent à quel point les réfugiés contribuent à la société et encourager davantage de personnes à soutenir activement les nouveaux arrivants qui s’installent ici. Ils peuvent, par exemple, embaucher d’anciens réfugiés, leur fournir un logement abordable, donner de leur temps dans une agence d’établissement pour les réfugiés, faire des dons aux organisations soutenant les réfugiés ou faire partie d’un groupe de parrainage. Et j’aimerais aussi voir plus de gens prendre la parole pour dénoncer la xénophobie, le racisme et les discours anti-immigrants et rectifier les informations erronées qui contribuent à alimenter ces préjugés. Lorsque nous avons la chance d’habituer dans un pays aussi pacifique et sûr que le Canada, où nos droits fondamentaux sont protégés par la loi, le moins que nous puissions faire est d’ouvrir un peu plus la porte pour ceux qui cherchent à se mettre à l’abri.


Ajoutez votre nom à la pétition #JeSuisUnDéfenseur et rejoignez le HCR en envoyant ce message clair : toutes les personnes comptent, et la xénophobie et le racisme doivent cesser dans le monde.

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