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Une famille syrienne attend la fin du confinement pour entamer une nouvelle vie en Norvège

Mohammad, réfugié syrien, et sa fille Yasmine sur le toit de leur maison à Barja, Liban

Mohammad, réfugié syrien, et sa fille Yasmine sur le toit de leur maison à Barja, Liban. © HCR/Diego Ibarra Sánchez

La fermeture des aéroports a suspendu la réinstallation de Wafaa et des siens, mais elle espère qu’ils pourront quitter le Liban une fois la crise passée et que son fils adolescent pourra cesser de travailler.


« Quand nous sommes arrivés au Liban, c’était comme si nous étions passés de l’enfer au paradis », dit Wafaa, 32 ans, en se rappelant le jour où la famille a enfin pu passer la frontière.

Mais après plus de cinq ans de pauvreté croissante et de détérioration incessante des conditions de vie au Liban, le sentiment familier d’être piégé et désespéré a repris racine.

Comme Mohammad, le mari de Wafaa, a des difficultés à trouver un emploi régulier en raison d’une blessure subie pendant le siège, ils en sont aujourd’hui réduits à survivre sur le salaire de leur fils de 13 ans, Bakr, qui travaille dans un supermarché du quartier et livre des marchandises aux clients.

« C’est vraiment dur pour un enfant. »

« Quand je vois mon fils travailler au lieu d’étudier, ça me rend très triste », dit Wafaa. « Je vois ses amis qui ont appris à lire et à écrire mais lui, il n’en a pas la possibilité. Il rentre souvent épuisé du travail et il me demande : ‘ quand est-ce que ça va cesser ?’ »

« Il n’a vraiment pas le moral », ajoute Wafaa. « Il ne sort pas jouer et n’a que très peu d’amis. Il passe trop de temps seul. Je suis tellement triste pour lui, j’ai l’impression qu’il est brisé parce qu’il ne peut pas lire ou écrire. C’est vraiment dur pour un enfant. »

La famille vit dans un appartement modestement meublé dans le Gouvernorat du Mont-Liban, aux environs de Beyrouth, la capitale libanaise. Comme le salaire de Bakr suffit à peine à payer le loyer mensuel, la famille doit souvent se priver de choses indispensables.

Il y a quelque temps, ils ont dû se débrouiller pendant quatre mois sans électricité faute de pouvoir acheter du carburant pour le groupe électrogène.

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Wafaa, réfugiée syrienne, en train de coiffer sa fille Yasmine dans leur logement de Barja, Liban. © HCR/Diego Ibarra Sánchez

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Bakr, un réfugié syrien de 13 ans, travaille dans un supermarché et livre des marchandises pour faire vivre les siens. © HCR/Diego Ibarra Sánchez

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Bakr a quitté l’école pour se mettre à travailler il y a deux ans, mais il rêve d’étudier l’architecture. © HCR/Diego Ibarra Sánchez

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Wafaa, 32 ans, et son mari Mohammad, 37 ans, dans leur logement de Barja, Liban. © HCR/Diego Ibarra Sánchez

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Layan, 10 ans, en train de jouer avec sa petite soeur Yasmine, 3 ans. © HCR/Diego Ibarra Sánchez

Un soir où elle allait mettre ses filles au lit, Wafaa a essayé de les réconforter en leur disant que les choses allaient s’améliorer. « Nous traversions de graves difficultés, il fallait payer le loyer et nous ne pouvions pas. J’étais en train de plaisanter avec mes filles et je leur disais de vite s’endormir parce que nous avions un entretien avec le HCR le lendemain pour pouvoir partir à l’étranger. »

Le lendemain, Wafaa fut la première surprise de voir cet espoir illusoire se réaliser quand le bureau du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, a appelé son mari pour l’informer qu’un entretien allait être organisé par la Norvège en vue de la réinstallation de la famille dans ce pays. « J’étais sous le choc ; je n’arrivais pas à y croire. J’ai remercié Dieu de pouvoir enfin sortir nos enfants d’ici. »

Après un entretien avec la mission norvégienne de sélection en fin d’année dernière – un entretien organisé par visioconférence, la délégation n’ayant pu se rendre au Liban en raison des mouvements de protestation qui sévissaient dans le pays à cette époque – la famille a été acceptée et son départ a été fixé au 23 mars 2020.

Voir aussi : Le HCR appelle à la mise à disposition de places de réinstallation supplémentaires alors que les déplacements forcés et les besoins de protection atteignent un niveau record

C’était compter sans les mesures de confinement instaurées à la mi-mars pour freiner la propagation du Covid-19 et l’annulation des vols qui a reporté la réinstallation de la famille.

« C’est dur d’être pauvre, c’est dur d’être vulnérable. Tous nos espoirs résidaient dans ce voyage, mais ça n’a pas marché », dit Wafaa.

Compte tenu de la fermeture des frontières de nombreux pays à travers le monde et des perturbations généralisées du trafic aérien international, le HCR et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont annoncé la suspension de la plupart des départs de réfugiés pour réinstallation, sauf en cas d’urgence.

Maintenant que certains pays commencent à lever les restrictions, le HCR et l’OIM ont annoncé la semaine dernière la reprise des départs pour la réinstallation de réfugiés dès que la situation de chaque pays le permet. L’aéroport de Beyrouth devrait être partiellement rouvert au début du mois de juillet.

Voir aussi: Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, et le Directeur général de l’OIM, António Vitorino, annoncent la reprise des voyages pour la réinstallation des réfugiés

Même si moins de 1% des réfugiés à travers le monde ont la possibilité d’être réinstallés, trouver un nouveau chez-soi dans un pays tiers demeure une solution capitale et souvent vitale pour certains des individus les plus vulnérables relevant de la compétence du HCR.

La famille n’a pas perdu l’espoir de partir pour la Norvège avec la réouverture des aéroports et la reprise des vols commerciaux.

« Nous avons entendu dire que la Norvège est un pays développé et beau », dit Wafaa. « Qu’ils ont le respect d’autrui et qu’ils respectent la liberté d’expression. Nous espérons toujours y partir. »

« Nous voulons oublier notre passé. »

Wafaa rêve d’une éducation pour ses trois enfants et espère elle aussi reprendre des études pour étudier la psychologie. Elle espère également que son mari pourra recevoir là-bas le traitement nécessaire pour résoudre ses problèmes de santé.

Ils sont conscients que le report de leur départ tant attendu est dû à des circonstances hors de leur contrôle et continuent d’espérer que leurs difficultés actuelles ne dureront pas aussi longtemps que les périodes éprouvantes qu’ils ont précédemment traversées.

« Nous mettons tant d’espoir dans ce départ », dit Wafaa. « Nous continuons de croire que nous parviendrons à partir une fois que cette pandémie sera terminée et que les aéroports auront rouvert. Nous voulons oublier notre passé, nous en avons eu l’espoir avec cette opportunité. Comme on dit, après la pluie, le beau temps. »

Publie par le HCR, le 24 juin 2020