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La Colombie offre aux nouveau-nés vénézuéliens un bon départ dans la vie

Les parents Yonielys Villegas et José Miguel Sequera Borges rendent visite à leur nouveau-né Enmanuel à la maternité principale de Bogota, Colombie.
© HCR/Daniel Dreifuss

Une nouvelle mesure accorde la citoyenneté aux enfants nés de parents vénézuéliens sur le sol colombien, évitant ainsi à des milliers le risque de l’apatridie.

Un après-midi au début du mois de septembre, Yonielys Villegas rangeait l’appartement au sous-sol qu’elle partageait avec les 11 membres de sa famille élargie, avec lesquels elle a fui son Venezuela natal, quand elle a ressenti une douleur abdominale aiguë. Cela ne pouvait en rien être lié à sa grossesse, se dit-elle, puisqu’elle n’en était qu’à son septième mois. Elle se dit que ça devait être un mal de ventre.


Mais la douleur s’est aggravée et elle a commencé à perdre du sang. Des membres de la famille ont tiré Yonielys hors de son lit et l’ont aidée à descendre la colline escarpée sur laquelle le bidonville où elle vit est perché et à se rendre à un hôpital public voisin. Là-bas, les médecins ont pratiqué une césarienne d’urgence. Le bébé, Enmanuel, était vivant mais ne pesait que 1,7 kilos. On l’a mis dans un incubateur, où il est resté, sous respirateur, pendant des semaines.

« Les médecins m’ont dit que le bébé n’aurait pas survécu si nous avions encore été au Venezuela », dit Yonielys, 25 ans, qui vient de la ville de Puerto Cabello, sur la côte caraïbe du Venezuela et est arrivée en Colombie fin 2018, avec son mari et son fils de 4 ans. « C’est seulement parce que nous sommes ici, où nous pouvons obtenir un traitement médical approprié, qu’il a survécu. »

« Selon les règles précédentes, ces bébés étaient apatrides, c’est aussi simple que cela. »

Des médecins colombiens ont sauvé la vie du petit Enmanuel. Aujourd’hui, une nouvelle mesure adoptée par le gouvernement vise à faire en sorte que lui et des milliers d’autres bébés comme lui, nés de parents vénézuéliens, démarrent leur vie avec toutes les chances de leur côté. En vertu de cette mesure, les enfants nés sur le sol colombien de parents vénézuéliens se voient désormais accorder la nationalité colombienne, ce qui élimine les obstacles à l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux autres droits essentiels dont jouissent les citoyens colombiens.

Auparavant, seuls les bébés ayant au moins un parent colombien ou nés de parents étrangers qui remplissent les conditions de résidence pouvaient acquérir la nationalité colombienne, et, l’interruption des services publics au Venezuela et dans les consulats du pays à l’étranger rendant souvent impossible l’obtention de documents d’identité vénézuéliens pour confirmer leur nationalité, les nouveaux nés étaient exposés au risque de se retrouver apatrides.

Yonielys Villegas s’occupe de son fils Enmanuel à la maternité principale de Bogota, Colombie. © HCR/Daniel Dreifuss

« Selon les règles précédentes, ces bébés étaient apatrides – c’est aussi simple que cela. Il n’y a pas d’autre façon de le dire », a déclaré Alcides Aguilar Piratova, officier de l’état civil dans le district de San Cristóbal de Bogotá, une zone où le logement relativement bon marché a attiré de nombreuses familles vénézuéliennes.

Il y a des millions d’apatrides dans le monde. Privés de nationalité, ils se voient également refuser des droits fondamentaux tels que l’éducation, les soins de santé, l’emploi et la liberté de circulation. Souvent, les apatrides sont incapables de faire des choses aussi élémentaires que consulter un médecin, trouver un emploi, ouvrir un compte bancaire, acheter une maison, se marier ou même utiliser une carte SIM pour un téléphone portable.

Cette nouvelle mesure a placé la Colombie à l’avant-garde en matière de prévention de l’apatridie parmi les réfugiés et les migrants vénézuéliens. Grâce à cette mesure, qui est entrée en vigueur en août 2019, restera en vigueur pendant deux ans et inclura rétroactivement les bébés nés depuis janvier 2015, quelque 27 000 enfants nés en Colombie de parents vénézuéliens sont actuellement en cours d’acquisition de la nationalité colombienne.

Cela signifie que le personnel des bureaux de l’état civil, comme celui du district de San Cristóbal, doit passer au peigne fin leurs dossiers pour identifier les enfants susceptibles de recevoir la nationalité colombienne et modifier leur acte de naissance, tâche qui prend beaucoup de temps et de travail.

Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, l’Organisation internationale pour les migrations et l’UNICEF se sont mobilisés pour aider à payer du personnel supplémentaire dans certains des bureaux de l’état civil qui ont la plus lourde charge de travail. L’objectif est de terminer la modification de tous les certificats de naissance des enfants admissibles d’ici la fin de l’année.

« Cette mesure aura un effet durable. »

« Bien que la Constitution colombienne stipule que tous les enfants de moins de cinq ans doivent pouvoir accéder aux services de base tels que les soins de santé, la réalité est que les personnes sans papiers colombiens sont souvent confrontées à de véritables obstacles », a déclaré Leonardo Guerrero, chargé de programme adjoint au bureau du HCR à Bogota.

« Cette mesure aura un effet durable en garantissant qu’à mesure que ces enfants grandiront et auront besoin d’utiliser davantage les services publics, comme les écoles, ils y auront accès de la même manière que tout autre citoyen colombien. »

Plus de quatre millions de Vénézuéliens ont fui les pénuries de nourriture et de médicaments, les pannes de courant, l’escalade de la violence et les dysfonctionnements généralisés dans leur pays d’origine, la plupart cherchant la sécurité dans les pays voisins en Amérique latine et dans les Caraïbes.  Plus de 1,4 million de Vénézuéliens vivent aujourd’hui en Colombie…

Pour les familles avec des enfants nés depuis l’entrée en vigueur de la mesure, la transition s’est faite sans heurts.

Lorsque Yeika* est allée enregistrer la naissance de son fils, Luiger,* le personnel du bureau de l’état civil a simplement inclus une note au bas du certificat de naissance indiquant que le garçon était colombien.

« Je suis très soulagée », a déclaré Yeika, qui a fait le pénible voyage par voie terrestre de la ville côtière de Maracaibo à la capitale colombienne quand elle était enceinte de quatre mois. « Je sais qu’être colombien lui facilitera les choses. »

Si vous souhaitez en savoir plus sur la manière dont vous pouvez changer la vie de nouveau-nés comme Enmanuel et Luiger, rejoignez notre campagne #Jexiste pour mettre fin à l’apatridie

* Les noms ont été changés pour des raisons de protection.

Publie par le HCR, le 14 octobre 2019