
Mandela Kuet joue au basket dans le cadre d’un programme pour les jeunes qu’il dirige par l’intermédiaire de son organisation, The HoodFams. © Pajack Obeing
L’enfance de Mandela Kuet dans le quartier North End de Winnipeg a été façonnée par les images et les sons d’une communauté profondément liée aux cultures des Autochtones et des nouveaux arrivants. C’était un endroit où le sens de la famille, de la culture et de la communauté a servi de fondement à l’engagement de Mandela de faire une différence, tout au long de sa vie.
Par Zeba Tasci à Ottawa, Canada
« Je crois en l’exemplarité. Si nous voulons voir du changement dans nos communautés, nous devons d’abord investir en nous-mêmes. Quand on agit avec cet état d’esprit, les autres suivent. »
Ayant grandi dans cette partie dynamique, mais difficile de Winnipeg, Mandela a été entouré d’un groupe d’amis soudés, dont bon nombre partageaient des antécédents semblables de réfugiés et d’immigrants, et de familles autochtones.
« Je ne nous voyais pas comme des gens différents, se souvient Mandela. « Nous n’étions que des enfants, et nous avons vécu nos vies de la même façon. Nos parents ont travaillé fort, occupant souvent deux ou trois emplois. Nous avions beaucoup de temps pour nous-mêmes, que ce soit pour faire du vélo ou pour se rencontrer au centre communautaire, pour apprendre les cultures et les expériences de chacun. »
Pour Mandela, le North End était plus qu’un simple endroit où habiter – c’est l’endroit où ses valeurs ont pris racine. Fuyant le Soudan vers l’Égypte pendant la guerre civile soudanaise, Mandela avait fait face à des difficultés et avait subi la persécution. Arrivé à Winnipeg après plusieurs années de séparation de sa famille et de sa patrie, Mandela a trouvé une communauté dans laquelle s’installer. Dans cette communauté, chacun se souciait des autres, et la force des liens familiaux était évidente. En tant que jeune essayant de trouver sa place dans un nouveau pays et dans une nouvelle culture, Kuet a trouvé des amis dans le centre-ville de Winnipeg en jouant au basketball.
La vie de Mandela dans le North End n’a pas été sans difficultés. La région avait dû composer avec la criminalité et le déclin économique en raison de la fermeture des usines. Les suppositions et les stéréotypes négatifs entre les nouveaux arrivants et les communautés autochtones n’étaient pas rares; les enfants quittaient parfois l’école et tombaient dans le piège des activités menées par les gangs.
« Dans les communautés où les parents et les gardiens cumulaient deux ou trois emplois pour subvenir aux besoins de leur famille, il arrivait que les enfants aient trop de temps à remplir, qu’ils n’aient nulle part ailleurs où aller, alors ils se créaient des problèmes… Beaucoup d’enfants n’ont pas nécessairement les mots ou les possibilités pour gérer leur stress. Beaucoup d’entre eux souhaitent prendre soin d’eux-mêmes et de leur famille, mais se tournent vers les mauvaises choses, comme les gangs, et ont des démêlés avec le système de justice. »
À la suite d’un incident survenu chez lui, Mandela a dû quitter sa famille, devant éventuellement composer lui-même avec le système de justice.
« C’était une période vraiment difficile. Ça m’a pris un certain temps, mais après un certain temps, j’ai réalisé que je ne voulais plus m’engager sur cette voie. Je souhaitais retourner au sein d’une communauté. »
– Mandela Kuet
Déterminé à créer un changement positif, Mandela est retourné aux études en tentant de prendre part aux activités menées dans la communauté. Après être retourné au collège, il a éventuellement travaillé au sein d’organisations et d’écoles locales pour empêcher les jeunes d’intégrer des gangs.
« Je crois qu’il faut montrer l’exemple, dit-il. Si nous souhaitons constater des changements dans nos communautés, nous devons d’abord investir en nous-mêmes. Lorsqu’on dirige dans cet état d’esprit, les autres suivent. »
Travaillant dans des collectivités où les gens, qu’ils soient autochtones ou nouveaux arrivants, sont souvent aux prises avec les mêmes difficultés socioéconomiques, Mandela savait qu’il serait essentiel qu’il partage sa propre expérience pour renforcer l’empathie et la compréhension. Il a pu constater que les populations autochtones et de nouveaux arrivants ont une expérience commune de la difficulté à être acceptées par le grand public et ont vécu le racisme et la pauvreté.
« Je n’avais pas l’impression d’être différent de n’importe qui d’autre, dit-il à propos de son enfance. Nous essayions tous de réussir, et nous le faisions en demeurant ensemble. Nous partagions des luttes semblables, mais nous partagions également nos joies, que ce soit en faisant du sport ensemble ou en apprenant les coutumes culturelles des autres. »
Les expériences vécues par Mandela pendant son enfance ont façonné le travail qu’il accomplit aujourd’hui à titre de travailleur auprès des jeunes et de défenseur des droits communautaires à Winnipeg. Kuet dirige maintenant un organisme sans but lucratif appelée HOOD FAMS INC, qui s’emploie à empêcher les jeunes d’intégrer les gangs. Depuis plus d’une décennie, il tente de combler les lacunes dans le quartier North End en mettant principalement l’accent sur l’établissement de relations et la création d’espaces où les jeunes, en particulier les jeunes autochtones et les nouveaux arrivants, peuvent s’épanouir.
« Nous travaillons auprès d’enfants très différents. Blancs, noirs, autochtones, hispaniques, quelle que soit leur ethnie, nous les traitons tous en tant qu’égaux. »

Des jeunes autochtones et des nouveaux arrivants jouent au basket-ball dans le cadre d’un programme pour les jeunes géré par The HoodFams, à Winnipeg, Manitoba. © Pajack Obeing
En collaborant directement avec les écoles, Mandela et les intervenants de son organisme offrent des programmes d’accueil, des programmes structurés et des groupes de basketball pour les jeunes.
«Je souhaite donner des possibilités à ces enfants. Il n’y a pas aucun jugement : je vais partager mon propre parcours pour essayer de leur présenter une perspective et de leur donner des outils leur permettant de demeurer sur une meilleure voie. »
– Mandela Kuet
Son travail est profondément ancré dans ses expériences de réfugié et dans les valeurs de respect, d’appartenance à la famille et de culture qu’il a acquises en grandissant.
Par son travail, Mandela souligne l’importance de l’autonomisation communautaire. « Pour créer un véritable changement, il faut commencer par soi-même. Si nous souhaitons changer la dynamique de notre communauté, nous devons être ceux qui dirigent ce changement. Mais il ne s’agit pas seulement du travail que nous accomplissons – il s’agit de la façon dont nous nous soutenons les uns les autres et dont nous demeurons disponibles pour les autres. »
L’histoire de Mandela rappelle le pouvoir de la communauté et l’importance de regarder à l’intérieur lorsqu’il s’agit de créer des changements significatifs. Pour lui, il s’agit de s’assurer que les membres de la prochaine génération, qu’ils aient des origines autochtones, d’immigrants ou de réfugiés, disposent des ressources, du soutien et des possibilités dont ils ont besoin pour réussir.
Dans une ville souvent divisée par des difficultés socioéconomiques, le travail de Mandela Kuet témoigne du pouvoir de l’unité, de la résilience et des valeurs communes qui peuvent rassembler les gens, peu importe leur origine. Et au fur et à mesure que Mandela continue de montrer l’exemple, il ne se contente pas de changer sa communauté : il inspire les autres à agir et à investir dans l’avenir de North End, une histoire, une relation et un jeune à la fois.
