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©UNHCR/Todd Korol

Une réfugiée érythréenne trouve un foyer au Canada grâce à la course à pied

Par Fiona Irvine-Goulet


« Quand je cours, je me sens libre. J’oublie tout, je me concentre sur ma course et je me sens bien. »


Nazret Kobodom, 16 ans, est une étoile montante de la course longue distance à Calgary, en Alberta. Le talent de cette jeune femme l’a conduite à participer au Festival olympique de la jeunesse européenne (FOJE) qui s’est tenu à Bakou, en Azerbaïdjan, l’été dernier.

Il n’y a pas si longtemps, en 2011, Nazret et sa famille fuyaient leur village en Érythrée. Forcée de fuir car leurs droits y étaient bafoués, cette famille a dû faire un long et dangereux voyage pour finalement arriver en Israël où elle a demandé l’asile.

« Le voyage n’a pas été facile », se souvient Nazret. « Je me souviens quand nous avons quitté l’Érythrée une nuit…Nous avons dû dormir dans la forêt… Après deux jours de marche, nous sommes arrivés au Soudan, et deux semaines plus tard, nous sommes allés en Égypte pour nous rendre en Israël. »

En Israël, on compte plus de 26 000 demandeurs d’asile érythréens, la plupart fuyant les persécutions dans leur pays d’origine. Rares sont ceux qui obtiennent le statut de réfugié et beaucoup vivent donc dans la marginalité. Le HCR travaille avec le gouvernement israélien pour trouver des solutions à plus long terme pour ces demandeurs d’asile, dont beaucoup vivent dans le sud de Tel Aviv.

Nazret a eu de la chance : à l’âge de 11 ans, lorsqu’elle fréquentait l’école de Tel Aviv, ses professeurs ont remarqué ses capacités d’athlète pendant les cours de sports et l’ont encouragée à participer à des épreuves de course.

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Nazret Kobodom s’entraîne à l’Anneau olympique de Calgary en novembre 2019. ©UNHCR/Todd Korol

L’une de ses amies lui a parlé de l’Alley South Tel Aviv-Yaffo, un club d’athlétisme professionnel à but non lucratif qui utilise le sport comme tremplin pour aider des enfants défavorisés et marginalisés. En 2016, Nazret a commencé à s’y entraîner presque tous les jours.

Deux ans plus tard, elle est devenue championne d’Israël des moins de 16 ans dans les épreuves de course cross-country et du 2000 mètres. À l’été 2019, son rêve est devenu réalité lorsque Nazret a participé au FOJE en Azerbaïdjan. Prenant part au défilé des nations et portant fièrement son uniforme du Comité olympique européen (COE), Nazret a été la première athlète réfugiée à concourir sous le drapeau du COE lors d’une de ses épreuves sportives.

Le même été, Nazret et sa famille ont pris l’avion pour le Canada, et ont été accueillis dans le cadre du programme des Signataires d’entente de parrainage, qui aide des organisations privées à parrainer des réfugiés.

« Deux jours après son arrivée, j’ai rencontré Nazret et nous avons fait une course de huit kilomètres. La première chose que je lui ai dite, c’est “Bienvenue au Canada”, et qu’elle n’avait pas à s’inquiéter : le Spartans Club allait bien s’occuper d’elle », explique Deon Flynn, l’entraîneur de Nazret au club d’athlétisme de Calgary, avec Jill Middleton.

Bien qu’il ait été difficile pour Nazret de laisser tous ses amis à Tel Aviv – et aussi d’apprendre l’anglais et de s’adapter au climat beaucoup plus froid de l’Ouest canadien – elle dit se sentir protégée et en sécurité à Calgary.

« Mes plus grands rêves sont de terminer l’école avec de bonnes notes et de battre des records dans la course »

« Mes plus grands rêves sont de terminer l’école avec de bonnes notes et de battre des records dans la course », dit-elle.

La course à pied a toujours occupé une place centrale dans la jeune vie de Nazret. Elle lui a permis de se fixer des objectifs et elle lui a donné de la discipline et un sentiment d’appartenance dans un monde qui n’est pas toujours tendre pour les réfugiés. Ce n’est que lorsqu’elle a rejoint le club Alley Athletics de Tel Aviv qu’elle a eu le sentiment d’être traitée « comme tout le monde, de la même façon et sur un pied d’égalité ».

Elle découvre cette même sensation à Calgary, où elle apprécie les liens amicaux qu’elle noue avec ses coéquipiers durant une longue course, et ce, malgré la barrière de la langue.

La course à pied est un langage universel dans lequel elle excelle à la fois en tant que communicatrice – et formatrice. Son entraîneur Jill Middleton explique : « J’ai appris que peu importe ce que l’on a vécu, la course peut nous apporter un sentiment de paix et un soutien de la part des athlètes qui font partie de cette communauté de coureurs. »

L’entraîneur Deon Flynn ajoute : « Nous nous voyons tous comme les membres d’une même famille. Nazret est un rayon de soleil et nous nous réjouissons qu’elle soit parmi nous. »

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