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Les menaces de mort poussent certains réfugiés à fuir malgré le coronavirus

Une famille centraméricaine attend de rencontrer des représentants du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés dans un refuge à Tapachula, au Mexique, à la fin de l'année dernière

Une famille centraméricaine attend de rencontrer des représentants du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés dans un refuge à Tapachula, au Mexique, à la fin de l’année dernière. © HCR/Gabo Morales

Pour de nombreux Centraméricains qui se retrouvent pris pour cible par des gangs violents, la fuite est la seule option, et ce même en pleine pandémie de Covid-19.

Face à la pandémie de coronavirus, une stratégie en particulier est apparue comme le meilleur moyen de freiner la transmission et de sauver des vies : rester chez soi. Mais au Salvador, se retrancher dans son quartier en proie aux gangs n’était tout simplement pas du domaine du possible pour Oscar.*


En mars, l’homme de 44 ans a été témoin d’un crime commis par un gang armé, qui depuis le traque et menace sa famille. Oscar a immédiatement su que, malgré la pandémie, il n’avait pas d’autre choix que de fuir pour sauver sa vie.

« J’ai pensé aller à la police, mais ils [les membres du gang] nous ont dit que si je le faisais, ils tueraient ma famille », a déclaré Oscar, qui a un fils adulte qui est toujours au Salvador.

En vivant au Salvador, un pays qui a l’un des taux de criminalité les plus élevés d’Amérique latine, Oscar a pu constater depuis des années à quel point les gangs criminels qui terrorisent de nombreuses régions peuvent être impitoyables. Les menaces très concrètes et ciblées qu’il a reçues se sont avérées plus redoutables et potentiellement mortelles que le coronavirus lui-même. C’est pourquoi, dit-il, « j’ai décidé d’aller au Mexique. »

Il a réussi à sortir du Salvador avant l’entrée en vigueur, le 21 mars, d’une ordonnance imposant de rester chez soi dans tout le pays, et est entré au Mexique près de la ville frontalière de Tapachula, au sud-ouest du pays.

Là, Oscar a pu demander le statut de réfugié, en partie parce que le gouvernement mexicain considère l’enregistrement des demandes d’asile comme étant une activité fondamentale. Ainsi, l’autorité du pays chargée de la protection des réfugiés, connue sous son acronyme espagnol COMAR, est restée opérationnelle pendant la pandémie, ce qui a permis d’éviter l’expulsion de personnes qui, comme Oscar, fuient la violence et la persécution.

Il n’est pas seul. Malgré le risque accru que représente la fuite en période de pandémie, les dangers réels et omniprésents dans certains pays centraméricains continuent de pousser des gens à chercher refuge à l’étranger. Parmi eux figure Mathius*, 19 ans, originaire du Honduras, qui n’a eu d’autre choix que de fuir après avoir refusé de vendre de la drogue pour un gang de rue.

« Dans mon pays, la menace et l’extorsion sont monnaie courante. »

Il est parti pour le Mexique avec un ami début mars, avant que le gouvernement hondurien ne proclame le 16 mars un décret de confinement à domicile, qui a été suivi deux jours plus tard par une fermeture totale des frontières dans le nord du pays, qui demeure en vigueur aujourd’hui. Bien que sa fuite l’ait obligé a se déplacer au moment précis où l’épidémie de Covid-19 se propageait dans la région, s’exposer à ce virus potentiellement mortel semblait plus sûr que de défier les gangs dans son pays.

« Dans mon pays, la menace et l’extorsion sont monnaie courante », a déclaré Mathius, qui a laissé sa mère et ses sœurs au Honduras et a demandé le statut de réfugié au Mexique. « Le coronavirus ne me fait pas peur. »

Ces dernières années, un nombre record de personnes comme Oscar et Mathius ont demandé l’asile au Mexique. La plupart sont des Centraméricains qui fuient les persécutions par des gangs. L’année dernière, les autorités mexicaines ont reçu plus de 70 000 demandes. Cinq ans plus tôt, en 2014, ce nombre était de 2100 seulement.

Et s’il est vrai que la pandémie de coronavirus a réduit le nombre des demandes d’asile enregistrées, des personnes en situation désespérée continuent d’arriver, malgré les risques sanitaires. Le nombre hebdomadaire des demandes d’asile au Mexique a diminué d’environ 90% début avril par rapport à janvier et février, mais, d’après les données de la COMAR, des centaines de personnes en situation de détresse continuent de se présenter chaque semaine.

Dans une récente déclaration, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a exprimé sa préoccupation quant au fait que les fermetures de frontières et autres restrictions liées à la pandémie affectent le droit de demander l’asile. Il a appelé les pays à respecter les lois existantes en matière de protection des réfugiés.

« Le maintien de la santé publique et la protection des réfugiés ne sont pas des notions mutuellement exclusives. »

« Les principes fondamentaux de la protection des réfugiés sont mis à l’épreuve », a déclaré Filippo Grandi, ajoutant que « les personnes qui sont contraintes de fuir les conflits et les persécutions ne devraient pas se voir refuser la protection sous prétexte, ou même comme effet secondaire, de la lutte contre le virus. »

« Le maintien de la santé publique et la protection des réfugiés ne sont pas des notions mutuellement exclusives. Il ne s’agit pas d’un dilemme. Nous devons faire les deux », a ajouté Filippo Grandi. « Les lois relatives aux réfugiés, reconnues depuis longtemps, peuvent être respectées même dans le cadre de mesures strictes adoptées par les gouvernements pour protéger la santé publique, y compris aux frontières. »

Le coronavirus fait en outre courir un risque plus grand aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux personnes déplacées internes – qui comptent parmi les populations les plus vulnérables du monde – en menaçant leurs sources de revenus souvent modestes. De plus, les conditions de vie de nombreux réfugiés, en particulier les nouveaux arrivants dans leur pays d’accueil, tels que Oscar et Mathius, rendent souvent difficile la mise en place de mesures préventives.

Dans le contexte de la pandémie, des dizaines d’abris au Mexique ont été fermés aux nouveaux arrivants, tandis que la configuration des autres rend difficile le maintien d’une réelle distance de sécurité. C’est pourquoi le HCR aide ces centres d’hébergement à prendre des mesures préventives supplémentaires, comme la création de chambres d’isolement. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés contribue également à décongestionner les centres d’hébergement en fournissant une assistance aux demandeurs d’asile afin qu’ils puissent louer leur propre logement. Depuis début mars, l’agence a fourni une aide en espèces à plus de 3300 personnes afin qu’elles puissent louer leur propre logement et maintenir plus aisément une distance physique. Le HCR a également installé des dispositifs de lavage des mains dans les refuges et distribué des milliers de kits d’hygiène.

Andrés Ramírez, le coordinateur général de l’autorité mexicaine chargée des réfugiés, la COMAR, a déclaré que la protection internationale reste un « droit fondamental » pendant la pandémie.

« L’état d’extrême vulnérabilité dans lequel ces personnes arrivent après avoir subi des persécutions, la violence généralisée ou la violation systématique de leurs droits humains dans leur pays d’origine, en fait une priorité absolue pour le gouvernement mexicain, en particulier dans le contexte de cette urgence sanitaire qui frappe le plus durement les groupes les plus vulnérables », a conclu Andrés Ramírez.

*Les noms ont été changés pour des raisons de protection.

Publie par le HCR, le 28 avril 2020