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Pourquoi nous devons aider les réfugiés et tirer les enseignements de leur expérience pendant ce ramadan

Le réfugié syrien Naeem (à droite) et sa femme Salwa (au centre) sont assis chez eux avec leurs enfants à Amman en Jordanie, pendant le confinement pour endiguer la pandémie de Covid-19

Le réfugié syrien Naeem (à droite) et sa femme Salwa (au centre) sont assis chez eux avec leurs enfants à Amman en Jordanie, pendant le confinement pour endiguer la pandémie de Covid-19. © HCR/Lilly Carlisle

Alors que nous tentons de nous adapter à la nouvelle réalité provoquée par le coronavirus, nous avons beaucoup à apprendre de l’expérience et de la résilience des réfugiés.

Par Filippo Grandi

Ce ramadan ne ressemble à nul autre de mémoire d’homme. Dans l’ensemble du monde musulman, les mosquées sont vides, les repas d’iftar sont étrangement silencieux et les joyeux rassemblements qui marquent traditionnellement ce mois sacré n’ont plus droit de cité en cette époque où nous sommes confrontés à a une urgence sanitaire mondiale.

Pour de nombreuses familles, ces temps déconcertants ont encore été aggravés par les lourdes conséquences économiques de la pandémie. Les entreprises et les moyens d’existence sont détériorés ou détruits et nombreux sont ceux qui se demandent comment ils vont s’en sortir pendant cette période et au-delà.

La crise actuelle vient exacerber les souffrances de millions de musulmans déracinés de leur foyer ou de leur pays par les conflits et l’instabilité. Leur santé est mise en péril par une menace invisible contre laquelle ils n’ont guère de moyens, les réfugiés et les déplacés internes vivant souvent dans des lieux surpeuplés avec un accès insuffisant à l’eau, à l’assainissement et aux services de santé.

Le brutal effondrement des possibilités d’emploi occasionnel provoqué par les restrictions de mouvement a impacté de manière disproportionnée les plus pauvres d’entre les pauvres, notamment les personnes déracinées. Sans aucune épargne sur laquelle compter, nombre d’entre eux vivent aujourd’hui dans le dénuement et ont recours à des mesures désespérées pour survivre.

Mes collègues du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, qui travaillent en première ligne de la crise du Covid-19 me rapportent de nombreuses tendances préoccupantes. De nombreux réfugiés et déplacés internes dans l’incapacité de payer leur loyer risquent de se faire expulser, tandis que d’autres sautent des repas ou se privent de traitement médical faute d’argent.

Pourtant, malgré les circonstances inquiétantes et hors du commun dans lesquelles nous nous trouvons, les valeurs de compassion et de partage qui caractérisent le ramadan sont toujours au rendez-vous. Bien que physiquement séparés, les fidèles se retrouvent par la pensée pour offrir une assistance et un soutien spirituel hautement nécessaire à leurs frères et sœurs musulmans.

Cette année , la campagne de collecte de fonds du HCR pour le ramadan « Chaque don compte », est bien partie pour mobiliser un soutien record avec plus de 4 millions de dollars de dons individuels déjà recueillis alors que nous débutons la dernière semaine du ramadan.

Les fonds mobilisés permettront au HCR de répondre à certains des besoins les plus urgents résultant de la pandémie de Covid-19 et de fournir un soutien vital – notamment des abris, de la nourriture, de l’eau potable et des allocations en espèces – aux réfugiés et aux déplacés les plus vulnérables.

Parallèlement, dans d’autres régions du monde, les réfugiés eux-mêmes font ce qu’ils peuvent pour aider autrui pendant la crise. Qu’il s’agisse de réfugiés syriens qui livrent des colis alimentaires ou font les courses de personnes vulnérables en Suisse ou encore de réfugiés afghans en Malaisie qui fabriquent des équipements de protection pour le personnel de santé en première ligne, les réfugiés incarnent l’esprit d’action collective nécessaire pour surmonter ce défi mondial.

Prenons le cas de Huda, une veuve syrienne qui vit depuis cinq ans dans un camp de réfugiés au Liban avec ses enfants. Pendant ce ramadan et malgré l’extrême pauvreté qui l’a contrainte à emprunter de l’argent, elle prépare des repas consistants avec le peu dont elle dispose pour les partager avec ses voisins et les aider à célébrer le mois sacré.

La pandémie a provoqué des pertes et des souffrances immenses, mais elle a également suscité des actes de bienveillance et de compassion, poussant nombre d’entre nous à nous interroger sur ce qui est véritablement important dans l’existence. Ces moments de générosité et de réflexion spirituelle qui sont les valeurs fondamentales du ramadan nous montrent que même en temps de crise, il y a toujours une place pour l’avancement et l’enrichissement intérieur.

Durant ce ramadan, de nombreux musulmans à travers le monde se trouvent contraints de s’adapter à une réalité nouvelle, qu’ils soient bloqués loin de chez eux ou séparés de leurs amis et de ceux qu’ils aiment. Il y a toutefois beaucoup à apprendre de l’expérience des réfugiés pour qui cette situation est la norme depuis des années, voire des décennies.

Leur résilience et leur courage face à l’adversité, leur dévotion à l’égard de leurs familles et amis, l’instinct qui les pousse à s’occuper des plus malheureux qu’eux… Nous en voyons la traduction dans la façon dont beaucoup d’entre eux ont contribué à la réponse à la crise de Covid-19.

Lorsque nous nous préoccupons de savoir quand nous serons réunis avec nos familles et amis pour reprendre notre existence habituelle, il est bon de se souvenir de ceux qui ont été déracinés par les conflits, les violences ou les persécutions et qui sont confrontés chaque jour à ces incertitudes et à bien d’autres encore. Que la grâce et la force morale dont ils font preuve soient une source d’inspiration pour nous tous.

Cette tribune a été initialement publiée le 18 mai 2020 en version anglaise par Al Jazeera.