Saidul Hoque, un réfugié rohingya, dans le camp de réfugiés de Kutupalong, au Bangladesh

Saidul Hoque, un réfugié rohingya, dans le camp de réfugiés de Kutupalong, au Bangladesh. © Avec l’aimable autorisation de Saidul Hoque

Saidul Hoque, un réfugié rohingya, décrit les changements dans les camps de réfugiés de Cox’s Bazar, depuis que les mesures de confinement strict ont commencé à stopper la propagation du coronavirus.

Depuis le 9 avril, près de 860 000 réfugiés rohingyas dans le district de Cox Bazar au Bangladesh vivent dans des conditions de confinement strict, imposé par le gouvernement pour stopper la propagation du coronavirus. Seules les activités essentielles sont autorisées à l’intérieur des camps.


Aucun cas de Covid-19 n’a été confirmé parmi les réfugiés, mais une infection a été enregistrée dans la communauté locale et les institutions d’aide craignent que la maladie ne se propage rapidement à travers les camps où plus de 40 000 personnes par kilomètre carré vivent entassées – soit plus de 40 fois la densité moyenne de la population au Bangladesh.  L’interdiction d’Internet sur place depuis septembre 2019 a rendu difficile la communication d’informations fiables sur le virus.

Saidul Hoque est né dans l’un des camps de Cox Bazar en 1996, cinq ans après que sa famille ait fui le Myanmar. Il vit aujourd’hui à Kutupalong, le plus vaste camp de réfugiés au monde. Il rêve de devenir journaliste et il a co-fondé l’école de cinéma rohingya avec d’autres réfugiés, au début de cette année, pour former les jeunes Rohingyas à la photographie et au reportage vidéo. Aujourd’hui, ils utilisent leurs compétences pour réaliser des vidéos en langue rohingya sur la façon dont les réfugiés peuvent se protéger du virus.

Nous nous sommes entretenus avec lui sur le changement de la vie dans les camps depuis le début du confinement et ce qui doit être mis en œuvre pour accroître la sensibilisation à la pandémie.


Avant l’apparition du coronavirus, les rues du camp étaient remplies de monde. Les gens allaient de maison en maison et se retrouvaient au marché. Le soir, les enfants se rassemblaient sur les terrains de football. Nos mosquées étaient remplies.

Mais, depuis le début du confinement, tout a changé. Aujourd’hui, seules quelques personnes se rendent à la mosquée.  De nombreux magasins et marchés du camp ont été fermés et les rues sont vides. Les gens ne sortent que s’ils ont besoin de quelque chose d’urgent.

Les Rohingyas achètent leurs aliments tous les jours – nous n’avons pas suffisamment d’équipement pour stocker la nourriture pour plusieurs jours. A cause du confinement, nous ne pouvons pas aller au marché pour acheter des produits de première nécessité. De ce fait, les gens ont du mal à s’approvisionner selon leurs besoins quotidiens, en particulier pour les légumes et le poisson. Cela deviendra encore plus difficile, jour après jour.

Depuis l’annonce du confinement, nous ne pouvons plus nous déplacer pour mener des campagnes de sensibilisation, car aucun véhicule n’est autorisé à circuler sur les routes.

J’ai discuté avec des réfugiés ces derniers jours et ils ont peur du Covid-19. Si la pandémie arrive dans le camp, ce sera un désastre. C’est pourquoi ils ne quittent plus leur maison – car ils ont peur.

Nous savons tous que le monde entier est confronté à des difficultés en raison de la pandémie de Covid-19, même les pays européens avec leur situation économique forte et leurs installations de traitement avancées. Imaginez donc ce qui se passera si le virus arrive dans le camp de réfugiés le plus vaste et le plus surpeuplé au monde.

« Tout le monde nous demande de pratiquer la distanciation sociale, mais comment pourrions-nous y arriver ? »

Nous vivons dans de très petites maisons où il y a trop de monde. Sept membres de ma famille partagent un abri d’une superficie de 8 mètres carré. Tout le monde nous demande de pratiquer la distanciation sociale, mais comment pourrions-nous y arriver ? C’est totalement impossible pour nous.

Pour prévenir le coronavirus, nous devons tous nous laver les mains fréquemment, mais nous n’avons pas assez de toilettes et d’installations sanitaires. Nous n’avons même pas assez d’eau pour nos besoins essentiels.

Nous sommes tous totalement dépendants des ONG et du gouvernement du Bangladesh car nous ne sommes pas en mesure de nous protéger contre ce virus. Les ONG internationales et locales travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement pour prévenir le coronavirus dans les camps.

Elles ont mené des campagnes de sensibilisation et de porte-à-porte. Elles ont mis en place des affichettes et distribué des brochures en langues bengali et birmane. Des messages ont aussi été diffusés par haut-parleur.

Cependant, cela n’est pas suffisant pour tous les réfugiés rohingyas. De nombreuses rumeurs circulent dans les camps et beaucoup de résidents ne sont pas suffisamment et correctement informés. Nous devons travailler avec les imams et les leaders [de la communauté], parce que notre peuple les écoute et les respecte.

Les ONG et nous-mêmes réalisons des vidéos de sensibilisation mais, à cause de l’interdiction d’Internet, nos messages ne leur parviennent pas.

L’internet est un peu comme une campagne de porte-à-porte – les gens peuvent obtenir des informations à leur domicile ; ils peuvent comprendre ce qu’ils doivent ou ne doivent pas faire.

Mais, ces derniers mois, nous sommes séparés du monde et notre population ne reçoit pas suffisamment d’informations sur le coronavirus.

Nous enregistrons et collectons les nouvelles du camp. Puis nous réalisons des vidéos d’information sur le coronavirus en langue rohingya et nous essayons de les télécharger sur les médias sociaux, mais notre équipe est confrontée à un gros problème sans accès à Internet.

 

Publie par le HCR, le 21 avril 2020

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