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Alors que Boko Haram bat en retraite, l’inquiétude grandit pour les rapatriés nigérians

Des rapatriés nigérians assis devant une maison détruite par Boko Haram à Garaha, dans l’Etat d’Adamawa, au Nigéria, en mai 2016. © HCR/George Osodi

Des rapatriés nigérians assis devant une maison détruite par Boko Haram à Garaha, dans l’Etat d’Adamawa, au Nigéria, en mai 2016. © HCR/George Osodi

GENÈVE – Des centaines de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays retournent dans les villages et les villes dévastés récemment libérés du contrôle de Boko Haram dans l’Etat de Borno, au nord-est du Nigéria. Cela soulève des préoccupations relatives aux conditions de vie, aux services de base et à la sécurité dans la zone, selon les déclarations du HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, aujourd’hui.

La campagne actuelle menée par les forces gouvernementales du Nigéria en coopération avec la Force multinationale mixte a fait reculer les conquêtes des rebelles dont l’insurrection a provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes à l’intérieur du Nigéria depuis 2014.

Des centaines de milliers de personnes à Borno ont déjà un besoin urgent d’aide, a déclaré le porte-parole du HCR Leo Dobbs lors d’une conférence de presse à Genève vendredi (9 septembre), tout en soulignant que le nombre de personnes rentrant dans les zones libérées devrait augmenter dans les semaines à venir.

« Nous ne disposons pas de chiffres détaillés mais notre personnel sur le terrain et nos partenaires signalent à la fois le retour facilité par le gouvernement et le retour spontané de centaines de personnes vers des lieux comme  Mafa, Konduga, Benisheikh et Dikwa ces derniers jours », a indiqué Leo Dobbs aux journalistes au Palais des Nations à Genève.

« Le HCR veille à ce que les retours soit menés dans le respect des normes internationales,  dans la dignité et dans la sécurité »

L’assistance fournie par le gouvernement et les organisations humanitaires a été renforcée dans la région afin de venir en aide aux personnes vivant dans les 16 districts de Borno nouvellement accessibles. Le HCR et ses partenaires n’ont qu’un accès restreint à 10 de ces districts où quelque 800 000 personnes ont besoin d’une aide d’urgence.

Leo Dobbs a précisé que certaines personnes qui retournent actuellement dans leurs foyers situés dans les zones libérées depuis des endroits comme Maiduguri, la capitale de Borno, semblent être heureuses de rentrer compte tenu des conditions désastreuses dans lesquelles elles vivaient, notamment dans des camps pour déplacés internes.

Il a souligné que le HCR s’inquiétait du bien-être des personnes qui rentrent dans les zones qui ont été dévastées sous l’emprise de Boko Haram. Beaucoup de déplacés internes vont retrouver des habitations et des infrastructures dévastées et rentrer dans des zones où les soins de santé et les autres services manquent.

« Les retours doivent être librement consentis, dignes et sûrs – les personnes doivent être informées des conditions qui règnent dans leurs zones d’origine », a ajouté Leo Dobbs.

« Le HCR est en contact régulier avec les agents de l’Etat et nous avons fait part de nos préoccupations et proposé de coopérer étroitement avec eux pour contribuer à veiller à ce que les retours soient menés dans le respect des normes internationales, dans la dignité et dans la sécurité. Nous continuerons de surveiller la situation des rapatriés, en particulier les plus vulnérables », a-t-il précisé.

Pendant ce temps, tandis que le HCR et ses partenaires intensifient leurs opérations dans le nord-est, la sécurité et l’accès aux personnes dans le besoin, en particulier celles situées dans les zones nouvellement accessibles, continuent de poser des défis majeurs. Une réponse et une présence humanitaires plus importantes doivent être déployées d’urgence sur le terrain, les efforts d’aide doivent être mieux coordonnés et le recueil de données amélioré.

« La plupart des déplacés sont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les domaines prioritaires dans lesquels le HCR et ses partenaires travaillent concernent les abris, la nourriture, l’approvisionnement en eau potable ainsi que les problèmes de santé comme la malnutrition sévère et la prévention du choléra », a affirmé Leo Dobbs.

« La violence sexuelle et liée au genre fait partie des questions de protection pour lesquelles nous avons connu quelques succès grâce à des groupes d’action basés dans les communautés qui encouragent au dialogue et à la sensibilisation ».

Sur le terrain, le HCR continue de s’appuyer sur des partenaires locaux pour surveiller l’apport d’une protection vitale à Bama, Monguno, Damboa, Konduga, Mafa, Dikwa et notamment les districts de Biu, Bayo, Hawul, Shani et Kwaya Kusar dans le sud de Borno.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés a également fourni 200 abris pour 1 000 personnes à Bama et distribué des produits non alimentaires à 16 000 personnes au cours des deux dernières semaines. L’aide comprend 10 000 produits distribués à des personnes dans la ville de Banki, située à la frontière entre le Cameroun et le Nigéria. A Maiduguri, le HCR a construit près de 2 000 abris semi-permanents pour environ 10 000 personnes, ainsi que des abris d’urgence pour 5 000 personnes à Dikwa.

L’insurrection au nord-est du Nigéria a provoqué le déplacement forcé de plus de 2,25 millions de personnes depuis 2014, dont 2,066 millions de déplacés à l’intérieur des frontières du pays et près de 190 000 réfugiés dans les pays voisins, Cameroun, Niger et Tchad. Bien que le gouvernement ait fait reculer les avancées territoriales de Boko Haram depuis l’année dernière, l’insurrection a évolué en attaques terroristes et reste une menace potentielle.