Venezuela

Des Vénézuéliens traversent la rivière Tachira qui délimite la frontière entre le Venezuela et la Colombie en avril 2019. ©UNHCR/Vincent Tremeau

La situation d’urgence persiste au Venezuela et constitue l’une des plus importantes crises de notre époque. Ce pays d’Amérique du Sud est aux prises avec des troubles politiques et économiques depuis de nombreuses années. Les pénuries de nourriture et de médicaments, le manque d’accès aux soins médicaux, la violence croissante et l’inflation galopante ont mené au plus grand exode de l’histoire récente de l’Amérique latine. Plus de 4 millions de Vénézuéliens – ou 10 % de la population du pays – ont fui.

D’innombrables enfants, femmes et hommes ont entrepris un voyage désespéré pour sortir du Venezuela, dont plusieurs ayant franchi des cours d’eau dont la hauteur arrivait jusqu’à la taille, dans une recherche effrénée pour la sécurité et une vie meilleure. Plusieurs pays voisins dans la région ont fait de généreux efforts pour accueillir les réfugiés vénézuéliens. Mais avec une moyenne de 5 000 réfugiés qui fuient le pays chaque jour, la capacité des pays voisins à accueillir adéquatement ces personnes a atteint ses limites.

Lisez au sujet de ces Vénézuéliens incroyablement résilients qui ont été forcés de fuir et de tout laisser derrière eux pour recommencer leur vie loin de chez eux, et voyez comment le HCR les protège et appuie les communautés hôtes.


Venezuela o Colombie, 1,3 million o Pérou, 768 000 o Chili, 288 000 o Équateur, 263 000 o Argentine, 130 000 o Brésil, 168 000


Le souhait d’Annabel pour sa famille

Venezuela

©UNHCR/Viktor Pesenti

Jadis, la vie était différente pour Annabel et sa famille.

Elle vivait avec son mari et leurs cinq enfants dans une communauté boisée du parc national de Canaima au Venezuela. Faisant partie du groupe ethnique Pemon-Taurepã – qui vit dans cette région depuis plusieurs générations – sa famille vivait du tourisme, guidant les visiteurs qui voulaient observer les merveilles naturelles du pays.

« Chaque jour, je me levais heureuse, et je commençais mon travail », indique la femme de 28 ans.

Leur vie a soudainement changé à la fin de février, lors d’une manifestation locale meurtrière. Des groupes armés ont attaqué la communauté et ont semé la panique dans la région.

Craignant pour la sécurité de ses enfants – âgés d’un à onze ans – Annabel et son mari, Levy, ont été en mesure de récupérer seulement des draps, des vêtements et un hamac avant de partir pour la frontière brésilienne. Rapidement, d’autres personnes qui elles aussi fuyaient, les avertirent qu’ils ne pouvaient pas emprunter la route principale vers la frontière; ils furent obligés de choisir la route difficile non balisée à travers les montagnes.

À la tombée du soir, Annabel et sa famille atteignirent finalement un petit village à la frontière, appelé Tarauparu. Les membres de la communauté – qui font aussi partie du groupe ethnique Pemon-Taurepã – les accueillirent immédiatement.

Depuis le début des violences en février, les abris adéquats sont de plus en plus rares à Tarauparu. La population du petit village, qui s’élève habituellement à 263 personnes, a quadruplé avec l’arrivée de 836 réfugiés vénézuéliens à la recherche de sécurité. Malgré tout, avec l’aide du HCR et d’autres organisations, les habitants de Tarauparu ont fait preuve d’une hospitalité incroyable et ont relevé le défi.

Le HCR a commencé à aider peu après que les réfugiés aient commencé à arriver, en fournissant des matelas, des couvertures, des ensembles de cuisine, des fournitures d’hygiène, des matériaux d’abris, de la nourriture et d’autres articles d’urgence.

Dans un proche avenir, Annabel souhaite avoir son propre abri afin que sa famille puisse retrouver une vie privée et passer du temps ensemble. Le HCR travaille avec les chefs de village pour combler les besoins croissants concernant les abris. Mais par-dessus tout, Annabel souhaite que ses enfants puissent retourner à l’école.

« J’aimerais que mes enfants puissent étudier. Pour qu’ils puissent comprendre ce qui se passe autour d’eux. Pour raconter à ceux qui suivront ce qui s’est passé. Et pour aller de l’avant. »


Épreuves et espoir

Venezuela

©UNHCR/Vincent Tremeau

Après son arrivée dans la ville colombienne de Maicao l’année dernière, Karen a vécu dans la rue pendant sept mois avec ses fils Jesus (14 ans) et Christian (3 ans).

« Nous dormions là où nous pouvions », explique la femme de 32 ans au regard fatigué.

En plus des dangers de la vie dans la rue, il y avait également des risques sanitaires. Christian est tombé malade à cause de l’eau contaminée et a passé près de deux mois à l’hôpital. Karen y a rencontré des employés du HCR qui évaluaient les besoins des réfugiés vénézuéliens vulnérables.

« Ils m’ont demandé où nous dormions, ce que nous mangions et quels étaient nos besoins sanitaires. »

C’est précisément en raison du manque de soins de santé que Karen et ses enfants ont fui le Venezuela.

Christian est né avec l’hydrocéphalie, une accumulation de liquide dans le cerveau qui cause des enflures et différents problèmes mentaux et physiques. En raison de ce handicap, qui est survenu lorsque Karen a contracté le virus Zika pendant sa grossesse, Christian n’a jamais été capable de parler ni de marcher.

Karen l’a emmené chez différents médecins au Venezuela. Toutefois, puisque le système de santé du pays s’est effondré et que les médecins et les médicaments se sont faits de plus en plus rares, les possibilités de traitement et de récupération de Christian se sont envolées.

La condition de Christian est une course contre la montre : s’il ne reçoit pas d’aide médicale, notamment des chirurgies critiques, il restera probablement handicapé de façon permanente. Et ce dilemme a forcé Karen et ses enfants à fuir une situation qui se dégradait constamment pour vivre des mois difficiles, à la recherche d’espoir.

À l’hôpital de Maicao, alors que Christian récupérait d’une infection bactérienne causée par l’eau, le HCR a reconnu l’extrême vulnérabilité de la famille. L’agence leur a offert un abri et d’autres articles d’urgence au Centre d’aide intégré du HCR qui a ouvert ses portes en mars.

Dans ce centre, les familles reçoivent une tente, trois repas chauds par jour et de l’eau propre; on leur offre également des activités pour les enfants et, au grand soulagement de Karen, des soins de santé.

« Dès que nous sommes arrivés, je me suis détendue, affirme Karen. Je me suis finalement sentie en sécurité. »


Un rêve reporté

Venezuela

©UNHCR/Vincent Tremeau

Viviana avait 24 ans lorsqu’elle a reçu son permis de dentiste au Venezuela.

Elle a occupé plusieurs emplois pour se rendre à l’université. Elle avait un nouvel appartement et un avenir radieux devant elle dans l’une des grandes villes du Venezuela.

C’était avant que l’hyperinflation ne dévaste l’économie vénézuélienne. Avant que les pénuries de nourriture, le manque de médicaments et les violences politiques ne menacent la vie de millions de personnes.

Elle vit maintenant au Brésil, rejoignant près de 168 000 Vénézuéliens qui ont fui le pays.

Lorsqu’elle est arrivée à Boa Vista, au Brésil, en 2016, elle avait économisé assez d’argent pour se payer un petit appartement. Craignant pour la sécurité de sa famille, elle est vite retournée au Venezuela pour emmener sa mère. Mais à mesure que la crise s’enlisait et que le flux de réfugiés augmentait, la situation a changé.

Incapables de trouver assez de travail pour continuer à payer le loyer, Viviana et sa mère ont été forcées de trouver refuge ailleurs.

À présent, elles vivent dans l’une des 13 installations du HCR dans le nord du Brésil. Viviana et sa mère partagent une « Refugee Housing Unit » (RHU) – un abri de 17,5 mètres carrés fait d’acier et de plastique – avec une autre femme récemment arrivée. La RHU comporte également des portes verrouillables et une moustiquaire pour la sécurité, ainsi que des lumières DEL solaires et des prises pour charger les appareils électroniques.

Dans l’installation, Viviana vit avec des centaines d’autres Vénézuéliens qui vivaient une vie assez semblable à la sienne jusqu’à tout récemment : ils étudiaient pour obtenir un diplôme universitaire. Ils travaillaient dur pour s’établir dans leur profession. Ce sont des professionnels comme elle qui ont fait le choix inimaginable de quitter leur pays dans des circonstances catastrophiques.

Il y a une différence entre cette vie et celle que Viviana avait entreprise. Elle a encore le sentiment que sa vie a été interrompue. Et elle souhaite encore qu’un jour, elle puisse poursuivre son rêve.

« Je souhaite revenir dans un Venezuela meilleur – pas le Venezuela actuel, affirme-t-elle. Je souhaite dire merci au HCR pour nous avoir aidés de différentes façons. Ce n’est pas une aide pour toujours. C’est une aide pour continuer encore un peu, pendant un moment. »


 « Notre travail aide réellement les gens »

Venezuela

©UNHCR/Viktor Pesenti

Rafael Levy est le chef de l’unité de terrain à Pacaraima, dans le nord du Brésil, région située sur la frontière avec le Venezuela. Il nous parle un peu du travail du HCR sur le terrain pour aider les Vénézuéliens qui ont fui vers cette région.

 À quoi ressemble une journée typique pour vous?

À 7 h 45, notre équipe tient sa réunion quotidienne. Nous donnons de l’information et des mises à jour, et nous distribuons les tâches. À 8 h, nous ouvrons le centre d’enregistrement et de documentation et nous commençons à recevoir des gens.

Nous leur fournissons de la documentation, de l’information sur le Brésil, et nous leur indiquons leurs droits en tant que demandeurs d’asile. Nous leur donnons de l’information sur le processus. Ils peuvent demander l’asile ici, à la frontière.

Pour nous, l’enregistrement est un outil de protection. Nous identifions les gens très vulnérables qui ne peuvent pas rester dans la rue, au risque de mourir. Nous les aiguillons vers un abri de transition situé ici à la frontière, puis nous les transférons dans l’un des abris que nous avons à Boa Vista, une grande ville qui a plus de moyens pour les recevoir, située à 200 kilomètres au sud.

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer malgré la situation si difficile?

Je peux voir que notre travail aide les gens et rend leur vie réellement meilleure. C’est une chose incroyable qui me procure une grande motivation.

Que souhaitez-vous dire aux partisans du HCR au sujet de l’importance de soutenir les familles qui fuient le Venezuela?

Pour moi, la situation au Venezuela constitue l’une des pires crises migratoires que l’Amérique latine ait connues. Les gens traversent la frontière, car ils veulent sauver leur vie et celle des membres de leur famille. Ils choisissent souvent de traverser le pays en entier à pied, en entreprenant un voyage dangereux lors duquel ils font face à la menace des groupes armés et d’autres personnes qui les bloquent et qui rendent leur voyage encore plus difficile. Il n’y a pas de solution de rechange.

Il est essentiel d’offrir à ces gens le soutien et les ressources dont ils ont besoin. Cela permet de leur sauver la vie.

 


Ce que fait le HCR

  • Fournir des articles d’aide de base comme des matériaux pour des abris, des couvertures, des matelas, des trousses d’hygiène, des fournitures de cuisine et d’autres articles de première nécessité
  • Fournir une aide monétaire pour favoriser l’autonomie et l’intégration à la communauté locale
  • Rechercher des possibilités pour que les enfants puissent poursuivre leurs études
  • Collaborer étroitement avec les partenaires et les gouvernements hôtes pour améliorer les conditions d’accueil aux frontières, ainsi qu’offrir des services d’enregistrement, d’information et de documentation

Pour en savoir plus sur le travail du HCR avec les réfugiés vénézuéliens et pour savoir comment vous pouvez les aider, consultez la page unhcr.ca/venezuela

 

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