Samrawit* coiffe une amie au centre de transit de Gashora, au Rwanda

Samrawit* coiffe une amie au centre de transit de Gashora, au Rwanda. © HCR/Alissa Everett

Sauvées des centres de détention libyens et évacuées au Rwanda, des victimes d’extrêmes tortures et de viols reçoivent l’aide nécessaire à leur rétablissement.


« J’ai du mal à gérer les mauvais souvenirs de ce que j’ai vécu en Libye », explique-t-elle doucement. « Je suis parfois stressée à cause de tout ce que j’ai subi. »

Samrawit a été évacuée au Rwanda en octobre dernier, aux côtés de 123 autres réfugiés qui se trouvaient également en Libye. Quelque 258 demandeurs d’asile – principalement des Érythréens, des Somaliens et des Soudanais – sont actuellement hébergés au centre de transit de Gashora, à environ 55 kilomètres de Kigali, la capitale.

Samrawit avait quitté l’Erythrée suite au départ d’un proche qui a fui la conscription militaire, craignant pour sa vie. N’ayant plus aucun membre de sa famille dans le pays, elle s’est sentie menacée et, confrontée elle-même à la probabilité d’un recrutement forcé, elle a décidé de fuir. Lors de son périple en quête de sécurité, elle a été enlevée et emmenée par des trafiquants d’êtres humains dans une ville du Soudan, près de la frontière avec la Libye.

« D’abord ils nous ont enlevées, et ensuite ils nous ont violées », dit-elle en pleurant doucement. « Ils nous ont menacées avec des couteaux. Comment pouvais-je me protéger ? »

Samrawit a été détenue pendant deux mois dans un camp de passeurs à Kufra, au sud-est de la Libye, où ses ravisseurs ont d’abord exigé 6000 dollars pour sa libération. Elle a été achetée et vendue par différents groupes de trafiquants et de passeurs, avant de se trouver finalement à Bani Walid, dans le nord-ouest, où elle a été détenue pendant huit mois supplémentaires.

Ses yeux se remplissent de larmes lorsqu’elle se souvient des conditions de vie effroyables qui y sont endurées par les prisonniers.

« Ils faisaient des choses effroyables. »

« Ce lieu était tellement bondé que nous devions dormir sur le côté », dit-elle. « Ils nous donnaient une assiette de macaronis par jour, pas assez cuits. Nous avions toujours faim. »

Elle ajoute qu’ils avaient à peine assez d’eau et que les toilettes étaient sales et délabrées.

« Les toilettes n’étaient pas entretenues ce qui posait des problèmes surtout pour les femmes car, pendant nos règles, nous ne pouvions pas nous laver. »

Elle ajoute que les passeurs exigeaient de l’argent et qu’ils les battaient et les torturaient.

« Ils faisaient des choses effroyables. Ils nous battaient avec des tuyaux en caoutchouc et ils violaient les femmes en plein air ou sous les voitures », dit-elle.

Samrawit se tord les mains en se rappelant comment ils torturaient les hommes prisonniers.

« Ils faisaient fondre du plastique et leur brûlaient les mains. Parfois ils les attachaient et leur plongeaient la tête sous l’eau. »

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Selon un rapport publié par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés et le Centre de migration mixte du Conseil danois pour les réfugiés et intitulé ‘Personne ne se soucie de ta vie ou de ta mort en route’, des centaines de réfugiés et de migrants meurent chaque année au cours de leurs voyages du désespoir depuis l’Afrique de l’Ouest et de l’Est vers et à travers la Libye et l’Égypte.

Des milliers d’autres subissent des abus et des violations extrêmes des droits humains, notamment des meurtres, des tortures, des extorsions, des violences sexuelles et du travail forcé aux mains de passeurs, de trafiquants, de milices voire même de représentants des autorités de l’État.

Dans une liste de recommandations, le HCR et le MMC appellent les États à faire davantage pour identifier et protéger les victimes des abus commis sur ces itinéraires et à traduire en justice les auteurs de ces actes, notamment par des poursuites et des sanctions pénales.

Samrawit a dû contacter sa famille élargie qui, à son tour, a fait appel à son frère aîné. Ensemble, ils ont rassemblé une somme de 12 000 dollars, ce qui a permis de payer sa rançon et d’obtenir une place sur un bateau à destination de l’Europe.

Tout en parlant, elle tire distraitement sur un bracelet coloré à son poignet.

« Je l’ai reçu d’un ami en Libye. Il l’a fabriqué pour moi », explique-t-elle, ajoutant qu’il est resté dans l’un des centres de détention. « Je m’inquiète vraiment pour lui parce que je sais à quel point la situation est mauvaise là-bas. »

Elle raconte en détail comment, en juillet dernier, les passeurs ont finalement emmené 350 d’entre eux sur la côte méditerranéenne pour tenter la traversée vers l’Europe.

« Nous sommes partis à minuit et, quelques heures après, le bateau a commencé à couler », dit-elle.

Environ 150 personnes ont trouvé la mort au cours de cette tragédie maritime, l’un des naufrages les plus meurtriers de ces dernières années. Sur l’ensemble des survivants, quatre seulement étaient des femmes, dont Samrawit.

« Heureusement, je savais nager, mais je ne peux pas vraiment dire que c’est grâce à cela que j’ai survécu. C’est Dieu qui m’a sauvée », dit-elle, ajoutant qu’elle a nagé pendant plus de huit heures, pour finir par retourner sur la côte libyenne.

Les autorités libyennes les ont retrouvés et les ont finalement placés dans un centre de détention officiel auquel le HCR avait accès.

Fatigués, effrayés, sales et affamés, ils ont été enregistrés par le HCR et ont reçu les premiers soins. Ils ont ensuite été soumis à un processus d’évaluation afin d’identifier les personnes les plus vulnérables. En raison du nombre limité de places d’évacuation et de réinstallation disponibles, des efforts sont généralement faits pour donner la priorité à ceux qui en ont le plus besoin, souvent des enfants non accompagnés, des victimes de torture et d’autres abus ainsi que des personnes ayant besoin d’un traitement médical urgent.

« Nous identifions leurs besoins et les mettons en relation avec des travailleurs sociaux pour qu’ils reçoivent une aide psychosociale. »

Samrawit a été parmi les personnes identifiées comme étant très vulnérables et évacuées vers le Rwanda où le HCR et les agences partenaires fournissent une assistance vitale, y compris de la nourriture, de l’eau, des soins médicaux, un soutien psychosocial et un hébergement.

Margaret Mahoro, coordinatrice de l’éducation et des moyens de subsistance à l’American Refugee Committee, un partenaire du HCR, explique pourquoi ce soutien est essentiel.

« Nous identifions leurs besoins et les mettons en relation avec des travailleurs sociaux pour qu’ils reçoivent un soutien psychosocial », explique-t-elle. « Lorsqu’ils ont besoin de soins spécifiques, nous les orientons vers des médecins, y compris des psychiatres. »

Les personnes évacuées reçoivent le statut de demandeur d’asile au Rwanda au fur et à mesure que leur cas est évalué et que des solutions sont recherchées pour eux.

Depuis décembre 2018, le HCR a évacué près de 2000 réfugiés et demandeurs d’asile depuis la Libye. Quelque 2500 réfugiés et migrants extrêmement vulnérables se trouvent toujours dans les centres de détention officiels.

Depuis son arrivée, Samrawit a parlé avec son frère à deux reprises et lui a assuré qu’elle se trouve désormais en sécurité.

« Je suis soulagée de ne pas être tombée enceinte et de n’avoir contracté aucune maladie sexuellement transmissible », dit-elle à propos de sa longue épreuve. « Ma vie est désormais bien différente. C’est un peu comme la distance entre le ciel et la terre. »

Bien qu’elle espère retrouver son frère, elle se concentre sur son rétablissement. Elle prend des cours d’anglais et envisage de suivre une formation de couturière.

« J’ai besoin de m’occuper l’esprit au lieu de m’inquiéter et de me remémorer les mauvaises choses qui me sont arrivées », dit-elle.

Samrawit a été réinstallée en Suède, dans le cadre du programme de réinstallation du HCR pour les réfugiés très vulnérables.

*Les noms ont été changés pour des raisons de protection.

Publie par le HCR, le 29 juillet 2020

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