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Dans leurs pays d’accueil, deux réfugiés LGBTI du Venezuela recommencent une nouvelle vie

Née au Venezuela, Valentinna Rangel, 27 ans, est devenue une femme, après avoir fui au Chili

Née au Venezuela, Valentinna Rangel, 27 ans, est devenue une femme, après avoir fui au Chili. © HCR/Hugo Fuentes

Les réfugiés LGBTI sont souvent confrontés à un long chemin en quête de sécurité. Mais pour un homosexuel et une transsexuelle originaires du Venezuela, se construire une nouvelle vie dans leur pays d’accueil est une « renaissance ».

Pour Valentinna Rangel, trouver la sécurité au Chili lui a permis de devenir à l’extérieur ce qu’elle avait toujours ressenti à l’intérieur. Après s’être elle-même perçue pendant des décennies comme une femme dans un corps d’homme, la jeune femme de 27 ans a aujourd’hui achevé le processus de transformation pour devenir une femme. Elle l’avait commencé après avoir fui la crise économique et politique dans son pays natal, le Venezuela.


« Je pense qu’il aurait été impossible de procéder à cette transition au Venezuela », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’au Venezuela, les transgenres peuvent être confrontés à des insultes, à la violence et pire encore de la part de leurs concitoyens voire des membres de leur propre famille.

Fuir son pays pour échapper à la persécution, aux conflits ou à la guerre est une épreuve difficile pour la plupart des réfugiés et des demandeurs d’asile, et la communauté LGBTI est confrontée à des risques.

Les relations homosexuelles sont criminalisées dans plus de 70 pays et punies de mort dans certains d’entre eux. Même dans les pays où les relations homosexuelles ne sont pas criminalisées, les personnes LGBTI peuvent subir la persécution en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou d’autres caractéristiques sexuelles. Elles peuvent être forcées de fuir. Ce type de persécution peut permettre aux victimes de bénéficier du statut de réfugié, mais la triste vérité est que les personnes LGBTI sont parfois confrontées à des menaces similaires dans leur pays d’asile. Cela rend le voyage vers la sécurité particulièrement risqué pour les réfugiés et les demandeurs d’asile homosexuels, lesbiennes et transsexuels.

« Pour la première fois, je me sens valorisée pour ce que je suis. »

Pour les personnes LGBTI comme Valentinna, trouver un lieu de sécurité relative peut sembler une renaissance.

Valentinna a déclaré qu’elle ne s’était jamais identifiée comme un homme. Quand, adolescente, elle a grandi à Maracaibo, la capitale pétrolière située au nord-ouest du Venezuela, elle a entendu parler de la possibilité d’une transition, elle était sûre que c’était ce qu’elle voulait faire. Elle a lu tout ce qu’elle a pu trouver sur la procédure, mais « tout était négatif, comme le fait que l’espérance de vie des personnes trans était de 35 ans, ou que la communauté était encore associée à la prostitution et à la marginalité », a-t-elle déclaré.

« Je ne voulais pas de ce genre d’étiquette », a-t-elle déclaré. Afin de rester en sécurité, elle a choisi de rester avec son genre de naissance, tout en poursuivant une carrière dans la publicité.

La situation au Venezuela n’a cessé de se détériorer. L’inflation a augmenté, les pénuries de nourriture et de médicaments ainsi que les coupures d’électricité sont devenues monnaie courante et la violence s’est répandue. En 2014, le frère de Valentinna a été assassiné. Peu de temps après, sa meilleure amie a succombé à un cancer sans avoir pu accéder au traitement qui lui aurait sauvé la vie. En 2016, Valentinna a fait ses valises et acheté un aller simple pour le Chili, rejoignant ainsi les rangs des plus de 5 millions de Vénézuéliens qui vivent aujourd’hui à l’extérieur de leur pays dans le contexte de la crise actuelle.

Dans son nouveau chez-soi à Santiago, la capitale chilienne, Valentinna a enfin pu procéder à la transition dont elle rêvait depuis si longtemps. Après des traitements hormonaux, elle a été engagée – en tant que femme – dans une prestigieuse agence de publicité, où elle a reçu le soutien de son superviseur et d’autres collègues.

« Pour la première fois, je me sens valorisée pour ce que je suis », a-t-elle déclaré. « Je vois que mes collègues écoutent mes idées et qu’ils portent attention à mon intelligence, et non à mon identité sexuelle. »

En Amérique latine, le mariage homosexuel est légal dans une demi-douzaine de pays. Pourtant, la région demeure l’un des endroits les plus meurtriers au monde pour les personnes LGBTI, les meurtres homophobes et transphobes étant une réalité tragique dans la majeure partie de la région.

Elvis Daniel, un employé de laboratoire médical de 25 ans, a retrouvé un nouveau souffle après avoir fui son Venezuela natal pour le Brésil.

Elvis Daniel, un employé de laboratoire médical de 25 ans, a retrouvé un nouveau souffle après avoir fui son Venezuela natal pour le Brésil.   © HCR/Victoria Hugueney

Au Venezuela, la peur était un élément incontournable de la vie quotidienne pour Elvis Daniel, un homosexuel de 25 ans originaire de la région d’Anzoátegui, au nord du pays. Le simple fait de mettre le pied hors de la maison familiale lui faisait peur.

« J’avais peur d’être battu », dit-il, ajoutant que sa mère et ses frères et sœurs, qui avaient toujours accepté son orientation sexuelle, avaient également peur pour lui. Elvis cultivait alors une « apparence hétérosexuelle », cachant sa véritable orientation sexuelle à tous, sauf à son cercle de proches et d’amis en qui il avait confiance.

Elvis ne supportait pas de voir sa famille sombrer dans la faim et le désespoir alors que le prix des denrées alimentaires au Venezuela montait en flèche et que l’inflation galopante grignotait leur pouvoir d’achat. Déterminé à les aider, il s’est mis en route pour le Brésil en 2018.

« Elle m’a dit que je pourrais faire de grandes choses dans ma vie si je croyais que les choses s’amélioreraient. »

Au début, il a dû lutter pour subvenir à ses besoins à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima, au nord du Brésil, qui est le principal point d’entrée pour les Vénézuéliens en fuite. Sans emploi, il n’a pas pu trouver d’endroit où vivre et n’a eu d’autre choix que de dormir à la rue. Là, il a été victime d’abus sexuels.

« J’étais prêt à mettre fin à ma vie », se souvient-il.

Un jour, Elvis fouillait dans les poubelles, à la recherche de quelque chose à manger, quand une employée du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, est venu à son secours, lui assurant une place dans un centre d’accueil spécialisé pour les réfugiés et migrants LGBTI. À l’époque, Elvis ne pesait que 35 kilos.

« Peut-être que, sans elle, je ne serais pas ici aujourd’hui », a déclaré Elvis. « Elle m’a regardé dans les yeux et m’a dit de ne jamais abandonner. Elle m’a dit que je pourrais faire de grandes choses dans ma vie si je croyais que les choses s’amélioreraient. Et c’est ce que j’ai fait. »

Le HCR s’engage à protéger les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile LGBTI, ainsi qu’à soutenir les réseaux et les coalitions qui aident les personnes déracinées. Au Chili, l’agence et une organisation partenaire tendent la main à la communauté LGBTI pour que les réfugiés et les demandeurs d’asile homosexuels, lesbiennes et transsexuels puissent accéder aux soins médicaux et à d’autres services essentiels. En collaboration avec ses partenaires au Brésil, le HCR aide à garantir que les personnes LGBTI déracinées ont accès aux soins de santé, à la formation professionnelle et aux services de placement et à s’assurer qu’elles ne sont pas victimes de discrimination.

La rencontre d’Elvis avec l’employée du HCR a marqué l’ouverture d’un nouveau chapitre dans sa vie. Après avoir récupéré dans le refuge de Boa Vista, il a été transféré dans la capitale, Brasília, dans le cadre du programme « d’intériorisation » mené par le gouvernement brésilien, qui consiste à relocaliser les Vénézuéliens depuis les zones rurales de Roraima vers des États où ils peuvent mieux s’intégrer dans la communauté locale et trouver plus facilement du travail.

Elvis travaille aujourd’hui dans une clinique de diagnostic médical et a été admis à la prestigieuse université de Brasilia.

« Je n’ai pas honte de raconter que j’ai vécu dans la rue et que j’ai fouillé les poubelles pour trouver de la nourriture », a-t-il déclaré. « Je n’abandonnerai jamais car j’ai bénéficié d’une seconde chance dans ma vie. »

Publie par le HCR, le 17 mai 2020