Harry Leslie Smith, rebelle de 95 ans pour la cause des réfugiés, à Sojourn House en Juillet 2018. © UNHCR Canada

Inspiré par son passé, un militant âgé de 95 ans embarque dans un tour du globe pour souligner la cause des réfugiés

Harry Leslie Smith pourrait bien être le militant le plus âgé du Canada. A 95 ans, plutôt que de se retirer gentiment dans la nuit, il s’active avec acharnement sur son compte Twitter pour faire part à plus de 200,000 abonné(e)s de sa vision du monde. Parmi ses préoccupations : les droits humains, le Brexit, la couverture médicale universelle, l’Histoire qui se répète, et la détresse des réfugiés.

Le fait que des millions de gens à travers le monde fuient la guerre, la violence et la persécution met Harry en colère. « On ne devrait exclure personne, quelle que soit sa nationalité, sa couleur ou sa race », dit-il. « L’humanité est la clé de la paix ».

Harry parle avec son coeur, mais aussi par expérience. En 1945, lorsqu’il était jeune soldat dans la Royal Air Force, il fut témoin d’un flux de 100,000 réfugiés émaciés et désespérés quittant l’Allemagne.

« L’humanité est la clé de la paix »

« Nous nous arrêtions et leur donnions tout ce qu’on avait comme surplus de nourriture dans nos camions », dit-il avec l’émotion qui étouffe sa voix. « Nous leur montrions qu’ils étaient en sécurité et que personne ne leur ferait du mal. Je pense que, pour la première fois, j’ai vu une lueur d’espoir sur leurs visages. »

Cette expérience-là, conjuguée à une enfance miséreuse passée au Yorkshire, Angleterre, où sa soeur est morte de la tuberculose parce que la famille n’avait pas les moyens de payer un docteur, a contribué à le transformer sur le tard en un guerrier pour la justice sociale.

Ce fut la crise financière de 2008 qui l’a propulsé dans l’écriture – son dernier ouvrage est Don’t Let My Past Be Your Future, publié en 2017. Il écrit des tribunes libres pour des journaux tels que l’Independant, en Grande Bretagne. Il s’engage dans des prises de parole, crée une baladodiffusion, pour mettre en lumière l’injustice et traiter du climat politique actuel et futur.

© UNHCR Canada

L’année dernière, grâce à une page de financement participatif GoFundMe, Harry s’est lancé dans une tournée, « Harry’s Last Stand » (La dernière prise de position de Harry), le menant à un maximum de « points chauds » afin de lancer un cri de ralliement en faveur de la crise mondiale des réfugiés.

Il a rencontré le secrétaire principal du Premier Ministre Justin Trudeau, Gerald Butts. Il s’est rendu à des points de passages irréguliers à la frontière entre le Québec et New York. Cet été, il a rencontré des réfugiés et des officiels de la ville de Toronto.

En 2017, il s’est rendu à Calais, en France, sur le site tristement célèbre d’un camp de fortune pour des demandeurs d’asile qui espèrent pouvoir passer en Grande Bretagne. Ce camp a été fermé par les autorités françaises mais continue d’exister, avec des personnes qui campent souvent dans des conditions sordides et dangereuses.

« Calais fut effrayant », se rappelle Harry. « Je n’arrivais pas à le croire quand j’ai mis les pieds dans ce camp. Ça m’a rappelé lorsque mon unité est arrivée à Hambourg, en Allemagne… J’étais tellement désolé de voir ce petit garçon s’approcher de moi. Il avait 10 ans. Il était seul à Calais. Il avait perdu ses parents. Comment pouvons-nous permettre cela ? »

Lorsqu’on lui demande ce que les Canadiens peuvent faire pour promouvoir la tolérance et l’acceptation, son message est clair : « Arrêtez cette rhétorique qui dit que les réfugiés veulent nous prendre nos emplois. Cela n’a jamais été prouvé. »

Il a davantage d’espoir pour l’avenir des réfugiés qui arrivent au Canada, précisant que le Canada est un pays plus jeune, dépourvu du bagage politique et religieux du vieux monde.

« [Les réfugiés] ont une bien meilleure chance de survivre dans ce pays », croit-il. « Il y a une appréhension au début mais nous devons reconnaître leur désir de vivre avec et parmi nous. »

Harry est conscient des campagnes de peur et de la rhétorique qui peut entraver l’acceptation des nouveaux-arrivés au Canada. Lorsqu’on lui demande ce que les Canadiens peuvent faire pour promouvoir la tolérance et l’acceptation, son message est clair : « Arrêtez cette rhétorique qui dit que les réfugiés veulent nous prendre nos emplois. Cela n’a jamais été prouvé. »

Il est aussi parfaitement clair sur la nécessité d’apprendre du passé, exhortant chacun à convaincre les dirigeants politiques que nous n’allons pas aller en guerre. « Nous devons vivre ensemble », dit-il avec empathie. « C’est notre seul espoir de survie. »

Par Fiona Irvine-Goulet

NOTE DU RÉDACTEUR: Harry Leslie Smith s’est éteint le 28 Novembre 2018, à l’âge de 95 ans, dans un hôpital de Belleville en Ontario. Il laisse dans le deuil ses fils John et Michael ainsi que ses deux petits enfants.

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