
« Des réfugiés soudanais nouvellement arrivés sont aperçus dans la ville frontalière d’Adré, au Tchad. Plus de 850 000 réfugiés fuyant la violence au Soudan ont traversé la frontière vers le Tchad depuis le début du conflit en avril 2023. © HCR/Andrew McConnell
OTTAWA / GENÈVE – Alors que le Canada se prépare à accueillir les dirigeants du monde entier, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, tire la sonnette d’alarme : le nombre de personnes déplacées de force par la guerre, la violence et la persécution atteint des sommets intenables, alors que le financement de l’aide humanitaire atteint un seuil critique.
Selon le rapport annuel Tendances mondiales 2024 publié aujourd’hui, 122,1 millions de personnes étaient déplacées de force à la fin avril 2025, contre 120 millions à la même période l’année précédente. Cette augmentation s’inscrit dans une tendance ininterrompue depuis une décennie, marquée par une hausse constante du nombre de réfugiés et de personnes contraintes de fuir leur foyer. Les conflits de grande ampleur, notamment ceux qui sévissent au Soudan, au Myanmar et en Ukraine, demeurent les principaux moteurs des déplacements forcés.
« Nous vivons une époque de grande instabilité sur le plan des relations internationales, où les conflits modernes créent un paysage fragile et éprouvant, marqué par d’intenses souffrances humaines », a déclaré Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. « La recherche de la paix doit être au cœur de tous les efforts visant à trouver des solutions durables pour les réfugiés et les autres personnes contraintes de fuir. »
Le rapport souligne que, bien que certains retours aient eu lieu, notamment vers la Syrie à la suite de changements politiques, nombre d’entre eux se sont déroulés dans des conditions précaires. Parallèlement, de nouveaux déplacements ont été enregistrés dans des pays comme la République démocratique du Congo, le Myanmar et le Soudan du Sud.
Parmi les principales données du rapport :
- 42,7 millions de réfugiés ont fui leur pays d’origine;
- 73,5 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays en raison de conflits (une augmentation de 6,3 millions par rapport à l’année précédente) ;
- Le Soudan est désormais la plus grande situation de déplacement forcé au monde avec 14,3 millions de réfugiés et de personnes déplacées internes, suivi par la Syrie (13,5 millions), l’Afghanistan (10,3 millions) et l’Ukraine (8,8 millions).
Le rapport remet également en question certaines perceptions répandues dans les pays plus riches : 60 % des personnes déplacées de force ne quittent pas leur pays, et 73 % des réfugiés sont accueillis par des pays à revenu faible ou intermédiaire. En réalité, 67 % des réfugiés trouvent refuge dans un pays voisin.
Par ailleurs, les besoins humanitaires ne cessent de croître, mais le financement peine à suivre. Le financement du HCR reste au niveau de 2015, alors que le nombre de personnes déplacées a presque doublé au cours de la dernière décennie. Le rapport plaide en faveur d’investissements durables dans l’aide humanitaire vitale, le soutien aux retours volontaires, ainsi que dans les infrastructures des communautés d’accueil.
« Même face à des coupes budgétaires dévastatrices, nous voyons quelques lueurs d’espoir », a ajouté Grandi. « Près de deux millions de Syriens ont pu rentrer chez eux après plus d’une décennie d’exil. Le pays reste fragile et les personnes déplacées ont besoin de notre aide pour reconstruire leur vie. »
En 2024, 9,8 millions de personnes déplacées de force sont rentrées chez elles, dont 1,6 million de réfugiés—le chiffre le plus élevé depuis plus de vingt ans—et 8,2 millions de personnes déplacées internes, le deuxième chiffre le plus élevé jamais enregistré.
À l’échelle mondiale, 3,1 millions de nouvelles demandes d’asile individuelles ont été enregistrées l’an dernier. En 2024, le Canada en a reçu 174 000. Il convient de souligner que certains des principaux pays d’accueil des réfugiés ne disposent pas d’un mécanisme de détermination individuelle du statut de réfugié, comme c’est le cas au Canada. Dans ces contextes, le statut de réfugié est plutôt accordé collectivement à des groupes de personnes fuyant la violence et la persécution.
En 2024, le Canada s’est classé au deuxième rang mondial pour la réinstallation des réfugiés, en accueillant 49 300 personnes. Il s’est également distingué comme un chef de file en matière d’intégration, en accordant la résidence permanente à 27 400 réfugiés.
« En tant qu’hôte du G7, le Canada dispose d’une occasion unique de promouvoir la paix et de mobiliser la communauté internationale en faveur de la dignité et de la protection des personnes contraintes de fuir », a déclaré Tracey Maulfair, Représentante du HCR au Canada. « Le leadership du Canada en matière de réinstallation et d’intégration des réfugiés démontre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque la compassion s’allie à un engagement concret. En cette période d’incertitude mondiale, ce leadership est plus essentiel que jamais. »
Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter :
- À Ottawa : Levon Sevunts, sevunts@unhcr.org, +1-613-286-6975
