Home » Le secteur privé colombien ouvre ses portes aux VénézuéliensNews »

Le secteur privé colombien ouvre ses portes aux Vénézuéliens

César Jiménez Martínez, sourd-muet de naissance, au travail dans la chaîne de hamburgers Sierra Nevada à Bogota, en Colombie

César Jiménez Martínez, sourd-muet de naissance, au travail dans la chaîne Colombien de hamburgers Sierra Nevada à Bogota. © HCR/Daniel Dreifuss

Plutôt qu’un simple geste de charité, les entreprises colombiennes considèrent que l’embauche de réfugiés et de migrants vénézuéliens est une bonne logique commerciale.

Le Vénézuélien César Jiménez Martínez, sourd-muet de naissance, est un réfugié depuis peu. L’entreprise colombienne de restauration rapide Sierra Nevada a parié sur lui – au-delà des défis auxquels il fait face – et le considère comme un bon employé.


« Quand je suis arrivé à Bogota, j’ai imprimé des CV et j’ai démarché d’entreprise en entreprise, à la recherche d’un emploi quel qu’il soit. Mais personne ne voulait m’embaucher, » dit César en langue des signes par l’intermédiaire d’un interprète. « Alors quand je suis allé à mon entretien à Sierra Nevada et qu’ils m’ont demandé de commencer le lendemain, j’ai ressenti un immense bonheur. »

Cette chaîne locale de hamburgers et de milkshakes compte parmi un nombre restreint mais croissant d’acteurs du secteur privé en Colombie qui ouvrent leurs portes aux réfugiés et aux migrants vénézuéliens, en se mobilisant pour offrir ce que les experts considèrent comme l’un des facteurs les plus importants pour la réussite future des réfugiés, à savoir un emploi stable.

Plusieurs mois après l’arrivée de César à Bogota depuis son domicile dans la ville de Maracay, au nord du Venezuela, un ami lui a parlé d’une offre d’emploi qu’il avait repérée sur Facebook et qui visait spécifiquement les réfugiés et les migrants, la communauté LGBTI et ceux, comme lui, ayant des besoins spécifiques.

« Nous estimons que nos travailleurs vénézuéliens comptent parmi nos meilleurs employés. »

La direction de l’entreprise a pris la décision d’adopter des pratiques d’embauche inclusives, allant même jusqu’à établir des quotas pour chacun des groupes. Selon les dirigeants de l’entreprise, cela a porté ses fruits.

« Nous constatons que nos travailleurs vénézuéliens comptent parmi nos meilleurs employés », a déclaré Marcela Covelli Escobar, directrice des ressources humaines chez Sierra Nevada. « Ils ont surmonté de nombreux obstacles et ils sont tellement heureux et reconnaissants d’avoir un travail qu’ils en font vraiment davantage. »

Les réfugiés et migrants vénézuéliens représentent aujourd’hui environ 20% des 160 travailleurs de Sierra Nevada, et César est l’un des 17 employés sourds.

Il travaille surtout à l’arrière du magasin, à la friterie et au grill –c’est ce qu’il préfère – et ses revenus couvrent le loyer du modeste appartement où il vit avec sa femme et son fils, ainsi que toutes les autres dépenses de la famille. Il peut même parfois envoyer de l’argent à sa mère et à d’autres proches qui sont restés au Venezuela.

On estime que 4,5 millions de Vénézuéliens ont fui les pénuries, l’inflation galopante, l’insécurité et la persécution, principalement vers d’autres pays d’Amérique du Sud, de la Colombie voisine au nord à l’Argentine et au Chili à l’extrémité sud du continent.

Cette semaine, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et l’Organisation internationale pour les migrations ont lancé un plan de 1,35 milliard de dollars pour répondre aux besoins croissants des réfugiés et migrants vénézuéliens en Amérique latine et dans les Caraïbes, ainsi que des communautés qui les accueillent.

frc3

César coupe et prépare les oignons pour la journée à Sierra Nevada. © HCR/Daniel Dreifuss

frc

César serre dans ses bras Marcela Covelli Escobar, directrice des ressources humaines de Sierra Nevada. © HCR/Daniel Dreifuss

frc2

Laura* (37 ans) travaille chez Sunshine Bouquets à Bogota, une entreprise florale qui a décidé d’engager des réfugiés parmi son personnel. © HCR/Daniel Dreifuss

En Colombie et ailleurs, beaucoup ont du mal à obtenir des documents de travail, acceptant parfois, par désespoir, un salaire bien inférieur au salaire minimum – ce qui, en fin de compte, nuit tant aux travailleurs vénézuéliens qu’aux Colombiens. Et même ceux qui parviennent à obtenir le droit de travailler racontent souvent qu’ils ont été soudainement renvoyés d’entretiens d’embauche dès que les recruteurs ont appris leur nationalité.

Pourtant, César n’est pas le seul à retrouver espoir à travers ce nouvel emploi.

Laura Espinosa*, 37 ans, subvient également à ses besoins et à ceux de sa famille grâce à la volonté d’une autre entreprise privée d’engager des réfugiés et des migrants vénézuéliens. Ancienne fonctionnaire au Venezuela, Laura a abandonné une carrière professionnelle de plus de dix ans pour repartir de zéro en Colombie.

Peu après sa fuite, elle a appris que Sunshine Bouquets, une entreprise exportatrice de fleurs, embauchait des centaines de réfugiés et de migrants vénézuéliens pour travailler pendant la haute saison, qui précède la Saint-Valentin. Les personnes sélectionnées ont été transportées en bus depuis Cucuta, la ville située le long de la frontière orientale de la Colombie avec le Venezuela, point d’entrée de nombreux réfugiés et migrants, à Tabio, au nord de Bogota, où Sunshine Bouquets possède certaines de ses gigantesques serres, ainsi qu’un atelier de confection de bouquets.

« Chaque jour, je suis reconnaissante qu’ils m’aient ouvert les portes ici. »

Les travailleurs reçoivent de la nourriture et un logement – sous la forme de rangées ordonnées de remorques équipées d’eau chaude et d’autres équipements collectifs – pendant le mois de travail, ce qui leur permet d’empocher la totalité du salaire minimum mensuel qui est d’environ 250 dollars, ainsi que les heures supplémentaires.

« J’ai toujours travaillé dans l’administration et n’ai jamais fait aucun travail manuel », dit Laura, qui travaille dans les serres, s’occupant des rangées de roses et composant les bouquets qui sont expédiés quotidiennement aux détaillants américains comme Walmart. « Mais j’étais si heureuse de cette opportunité que j’ai retroussé mes manches et me suis entièrement dévouée à ma tâche. »

Laura a épaté ses patrons et s’est vu offrir un poste à long terme une fois la haute saison terminée. Elle a installé ses parents et sa fille de sept ans dans un appartement de la région et fait vivre toute la famille grâce à son seul salaire.

« Chaque jour, je suis reconnaissante qu’ils m’aient ouvert les portes ici, parce que même si cela a été difficile pour nous de quitter le Venezuela, cela a été beaucoup plus facile que pour tant d’autres, grâce à mon travail », explique-t-elle.

L’accès à l’emploi est un élément clé de la protection des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants dans leurs pays d’accueil, et l’appui aux moyens d’existence est l’un des piliers du Pacte mondial sur les réfugiés, un accord historique adopté en 2018 visant à mettre en œuvre une réponse plus robuste et plus équitable aux mouvements de réfugiés dans le monde.

Le Pacte mondial est le fondement du prochain Forum mondial sur les réfugiés, qui réunira gouvernements, organisations internationales, autorités locales, société civile, secteur privé, membres des communautés hôtes et des réfugiés eux-mêmes. Le Forum vise à alléger la pression exercée sur les communautés d’accueil, à stimuler la résilience des réfugiés et à accroître les possibilités de réinstallation. Le Forum inaugural se tiendra à Genève les 17 et 18 décembre prochains.

*Les noms ont été changés pour des raisons de protection

Publie par le HCR, le 14 novembre 2019