A group of people are standing against a blue sky posing happily with many wearing UNHCR branded tshirts and blue vests and hats

La violence et des conditions désastreuses ont poussé 1.6 millions de personnes hors du Vénézuela

Deux agentes du HCR rendent compte en première ligne des Vénézuéliens désespérés.

Tel que raconté à Fiona Irvine-Goulet

Donnez-nous une brève description de ce qu’était votre rôle dans l’aide apportée aux demandeurs d’asile vénézueliens qui fuyaient leur pays.

Azadeh: Nos bureaux travaillent en partenariat avec le gouvernement brésilien pour répondre aux besoins des Vénézuéliens, dont environ 800 arrivent quotidiennement au Brésil. Gérer un site à Boa Vista abritant des personnes vulnérables, qui ont des besoins spécifiques et ayant récemment fui une situation très difficile, est une mission éprouvante. Cela englobe des tâches diverses qui vont d’assurer des conditions sanitaires adéquates sur les sites à soutenir les survivants de violences sexuelles et sexistes.

Nadia: J’ai été envoyée en mission à Riohacha, en Colombie, pour aider pendant l’arrivée de milliers de Vénézuéliens. Je suis arrivée à un moment critique, j’ai aidé à la mise en place de systèmes d’enregistrement et j’ai collaboré étroitement avec des partenaires gouvernementaux et non-gouvernementaux pour fournir une assistance de première urgence.

Que vous racontent les Vénézuéliens sur les raisons qui les poussent à quitter leur pays?

Azadeh: Beaucoup des Vénézuéliens que j’ai rencontrés sont partis pour la simple raison qu’ils n’avaient plus de nourriture ni de médicaments pour survivre. Par exemple, j’ai rencontré une femme atteinte de cancer de phase 4 et elle n’avait plus accès aux médicaments pour soulager ses douleurs ni accès aux soins palliatifs.

Le plus effarant était que toutes ces personnes ayant des problèmes médicaux ainsi que les enfants en bas âge marchaient pendant des semaines pour arriver au Brésil. Cela démontre leur désespoir et la situation humanitaire catastrophique au Vénézuela.

Beaucoup de personnes m’ont raconté qu’elles avaient fui parce qu’il n’y avait simplement plus de nourriture dans le pays. Elles étaient en train de mourir de faim et recherchaient de meilleures conditions de vie pour leurs enfants. Une phrase en espagnol que j’entendais sans cesse était : « En Venezuela no tengo nada » (Au Vénézuela, je n’ai rien).

Nadia: J’ai entendu beaucoup de récits de désespoir. J’ai interviewé une mère de deux jeunes enfants, qui était récemment arrivée à Riohacha. Je lui ai demandé pourquoi elle avait abandonné sa maison et sa famille et pourquoi elle préférait vivre dans la rue. Sa réponse était simple mais poignante : « Afin que mes enfants puissent manger. »

 

A selfie with four smiling people, cropped tightly. There are three children and one adult woman.

Azadeh Tamjeedi, HCR au Canada © UNHCR/Azadeh Tamjeedi

Azadeh, décrivez-nous la situation pour les Vénézuéliens qui recherchent la sûreté et la sécurité à Boa Vista

Azadeh: Les Vénézuéliens à Boa Vista vivent sur des sites provisoires avec des abris ou des unités pour héberger les réfugiés. Ils reçoivent de la nourriture que leur fournit quotidiennement l’armée brésilienne. La situation n’est pas idéale. Il fait très chaud, humide et pluvieux. Il y a beaucoup d’enfants qui ne sont pas inscrits à l’école. Les Vénézuéliens qui ne logent pas sur les sites vivent dans la rue, souvent avec des petits enfants.

Nadia, vous êtes récemment rentrée de Riohacha, en Colombie, le pays le plus affecté par l’exode du Vénézuela, avec plus de 3,000 personnes qui y arrivent quotidiennement. Quelles y sont les conditions pour les demandeurs d’asile vénézuéliens?

Nadia: Les services de base, tels que l’eau et l’électricité, sont en manque. Le taux de chômage à Riohacha est très élevé. La capacité de la région à gérer cet afflux de gens est limitée, malgré une forte volonté de leur venir en aide.

C’est choquant de constater les conditions épouvantables dans lesquelles les Vénézuéliens arrivent : ils sont atteints de multiples maladies, mal vêtus et mal nourris. Répondre à tous leurs besoins urgents demeure un grand défi. Beaucoup de Vénézuéliens à Riohacha dorment dans la rue car le peu d’argent qu’ils gagnent chaque jour est dépensé pour nourrir la famille. Beaucoup de femmes vénézuéliennes ont dû recourir à la prostitution. Des enfants ont été recrutés par des groupes criminels. Pourtant, malgré ces défis, chaque personne que j’ai interviewée a déclaré être mieux lotie à Riohacha qu’au Vénézuela.

Quelle est la chose la plus importante à comprendre pour les Canadiens, concernant la crise humanitaire croissante au Vénézuela?

Azadeh: Qu’ils sont en train de fuir pour survivre à l’effritement de leur pays d’origine.

Nadia: Je pense que la majorité des Canadiens n’ont pas conscience de la magnitude de cette situation socio-économique et politique qui afflige plus de 1.6 millions de Vénézuéliens qui n’ont cessé d’abandonner leur pays depuis 2015. C’est le plus grand exode dans l’histoire moderne de l’Amérique latine.

Qu’est-ce qui vous motive/inspire pour travailler dans ce domaine?

Azadeh: Ma propre famille a dû fuir son pays à cause de la situation politique. Les histoires qu’on m’a racontées quand j’étais jeune, relatant ce qui les ont poussés à partir, m’ont motivée à aider des personnes dans des situations similaires. Je pense qu’on peut dire que ma famille a été mon inspiration initiale, et, à présent, la résilience dont font preuve les réfugiés et les demandeurs d’asile que je rencontre, m’inspirent pour continuer ce travail.

Nadia: La persévérance et la détermination de la plupart de ces personnes m’ont inspirée. Apporter un sourire à un enfant qui a voyagé pendant cinq heures pour être en sécurité et trouver de la nourriture, de l’eau potable et un abri, me motive à continuer d’apporter de l’aide aux personnes dans le besoin. En tant que mère, je suis aussi grandement motivée par mes enfants.

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