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Il faut cesser de politiser les questions de réfugiés et de systèmes d’asile

Sous la pluie à un point de ramassage près de la frontière avec la Serbie, des familles de réfugiés attendent de monter dans des autocars qui les mèneront dans un centre d'enregistrement géré par les autorités hongroises.

Sous la pluie à un point de ramassage près de la frontière avec la Serbie, des familles de réfugiés attendent de monter dans des autocars qui les mèneront dans un centre d’enregistrement géré par les autorités hongroises. © HCR / M.Henley

Genève, 8 octobre (HCR)—Le Haut Commissaire assistant du HCR en charge de la protection Volker Türk a lancé aujourd’hui une mise en garde sur les risques croissants qui sont encourus par les personnes fuyant la guerre et la persécution. Il a déclaré que les gouvernements du monde entier doivent renouveler d’urgence leur engagement envers les droits humains fondamentaux et la primauté des principes de droit sur lesquels est fondé le système de droit international des réfugiés.

Lors de son allocution à Genève au cours de la réunion annuelle du Comité exécutif du HCR, il a évoqué la protection des réfugiés et d’autres personnes déracinées comme étant mise à rude épreuve. Cela concerne aujourd’hui près de 60 millions de personnes déracinées à l’échelle mondiale. Volker Türk, le Haut Commissaire assistant du HCR en charge de la protection, a parlé d’une perspective inquiétante, car les questions en matière humanitaire et de systèmes d’asile sont trop souvent éclipsées par des préoccupations de sécurité.

Volker Türk a décrit dans son allocution une situation mondiale instable avec un nombre croissant de guerres et de conflits, une aggravation de la crise du financement humanitaire, la construction de clôtures et de murs par davantage de pays pour empêcher l’accès des réfugiés sur leurs territoires, la dissuasion de certains pays pour faire fuir les arrivants ou tout simplement les transférer vers les territoires de pays voisins, des conditions de réception et de vie déplorables qui rendent impossible pour les réfugiés de rester là où ils sont, la détention de demandeurs d’asile y compris d’enfants, l’absence de scolarisation pour les enfants et—pour les adultes—l’impossibilité de travailler légalement.

« Les refoulements, la construction de murs, l’accroissement des mises en détention et l’accès encore davantage restreint, combiné avec peu de possibilités légales d’accès à la sécurité, ne pourra jamais être une réponse », a-t-il déclaré. « De ces contraintes, il résulte simplement des mouvements de réfugiés sur d’autres itinéraires et l’aggravation de situations déjà précaires dans des régions en proie aux conflits. Pire encore, ces mesures obligent davantage de personnes qui n’ont plus rien à perdre à risquer des voyages dangereux pour enfin trouver la sécurité et la stabilité. »

En 2015, les afflux de personnes dans un lieu de refuge puis qui en rejoignent d’autres en désespoir de cause sont devenus un sujet de préoccupation majeure avec plus de 500 000 personnes arrivées par la mer en Europe, en Asie du Sud-Est et ailleurs. Dans le cas de l’Europe, un grand nombre d’arrivants se déplacent dans d’autres pays après leur débarquement initial dans un premier pays—et souvent il y a des conséquences tragiques durant leur trajet. Le nombre de décès connus en mer et durant les voyages par voie terrestre a déjà dépassé 3 000. Parallèlement, le recours à des passeurs est devenu monnaie courante.

Volker Türk, Haut Commissaire assistant du HCR en charge de la protection, lors de son allocution à la réunion annuelle du Comité exécutif du HCR.

Volker Türk, Haut Commissaire assistant du HCR en charge de la protection, lors de son allocution à la réunion annuelle du Comité exécutif du HCR. © HCR / J. M. Ferre

Volker Türk s’est félicité de ce qu’il a appelé « l’effusion remarquable de compassion publique et la vague de soutien public » observées en Europe et ailleurs cette année en réponse à ces arrivées, y compris de la part d’ONG, d’organisations confessionnelles, de particuliers et de communautés privées—dont de nombreux cas de personnes invitant les réfugiés dans leurs maisons ou de touristes assurant des soins d’urgence.

Il a également averti qu’avec la hausse rapide du nombre de réfugiés et de migrants en Europe et l’augmentation continue du nombre de personnes déracinées à l’échelle mondiale, le plus grand défi d’aujourd’hui concernait « les politiques populistes et les débats publics toxiques, ainsi que le climat de peur qu’ils engendrent ».

« Ils sont souvent alimentés et encouragés par des informations irresponsables relatées par les médias, le manque d’autorité politique et morale, ainsi que la xénophobie et le racisme », a-t-il encore déclaré. « Tout suggère que la crise la plus fondamentale à laquelle que nous sommes confrontés aujourd’hui est une crise de valeurs—les mêmes valeurs qui ont donné naissance à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés dans le sillage des atrocités de la Seconde Guerre mondiale. »

Le Comité exécutif du HCR comprend 98 Etats membres que Volker Türk a exhortés à relever ces défis en partageant un esprit d’unité et de volonté politique, et davantage d’attention et de ressources que lors de précédentes situations de réfugiés à grande échelle qui sont en train d’être surmontées. L’aide, a-t-il indiqué, doit également être élargie à de nombreuses personnes déplacées internes à travers le monde, aux populations touchées, aux réfugiés rapatriés, aux apatrides à l’intérieur de leur pays d’origine. L’objectif devrait être de sauver des vies en assurant la sécurité, en soulageant la souffrance et en restaurant la dignité. Il a également évoqué la nécessité de resserrer les liens entre les personnes déplacées et leurs communautés hôtes qui, laissées à elles-mêmes, sont facilement mises à rude épreuve. Et surtout, a-t-il expliqué, les pays doivent de nouveau avoir la volonté de travailler ensemble afin de résoudre des problèmes qui, par nature, dépassent les frontières et ne peuvent être résolus sans une coopération internationale essentielle.

« Nous avons besoin d’un effort important pour assurer cette protection, et en particulier que l’institution de l’asile continue à sauver des vies, demeure apolitique, et fondamentalement humanitaire », a-t-il déclaré, ajoutant que la Convention de 1951 reconnaît dans ses premières lignes que les problèmes de déplacement forcé ne peuvent être résolus par des pays travaillent de façon isolée.

« Cela témoigne de la lacune la plus critique en matière de protection à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui—la nécessité d’un pacte mondial sur le partage prévisible et équitable des responsabilités et de la charge. Dans un monde en plein bouleversement, nous avons besoin de sérénité, d’objectifs et de confiance pour faire de ce pacte une réalité tangible ».

La déclaration complète (en anglais) sur laquelle est basé le discours de Volker Türk peut être trouvée ici.