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Des réfugiés et leurs hôtes œuvrent ensemble pour bâtir un chez-soi sûr au Niger

A woman from Niger sits on a partially built brick wall

Mariam Walate Intanere, 25 ans, a fui le Mali pour le Niger avec son oncle et ses quatre enfants. Elle et sa famille bénéficieront de l’une des 1000 nouvelles habitations construites à Ouallam pour les réfugiés et leurs hôtes. © HCR/Sylvain Cherkaoui

Alors que la violence et les déplacements s’intensifient, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, visite un nouveau projet de logements destiné à favoriser les bonnes relations entre les communautés.

Par Kathryn Mahoney à Ouallam, Niger 


Une route fraîchement pavée divise la ville de Ouallam en deux. Sur le côté est de la rue, des abris de fortune en piteux état sont dispersés à côté de latrines temporaires, de tentes servant d’écoles provisoires et de centres de distribution de nourriture.


Du côté ouest, de solides maisons en briques avec des fenêtres s’élèvent sur de grandes parcelles de terrain bien délimitées. Construites en briques écologiques, ces maisons sont destinées à durer 25 à 30 ans dans ce rude climat désertique. Bientôt, une école primaire sera construite, non loin de la station-service qui est déjà ouverte.

Aujourd’hui, Mariam, une réfugiée malienne, a traversé cette route. Après cinq ans passés dans un abri temporaire au camp de réfugiés isolé de Mangaize, cette mère célibataire de quatre enfants sera l’une des premières à emménager dans l’une de ces nouvelles maisons.

Mariam emprunte un chemin que des milliers d’autres suivront après elle, car 1000 maisons seront construites au cours des 18 prochains mois, destinées à la fois aux réfugiés et aux Nigériens vulnérables. Les membres de ces communautés suivent un plan établi par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et ses partenaires visant à mettre en place des solutions plus durables et plus robustes pour les réfugiés, en attendant la résolution du conflit qui les a contraints à quitter leur pays.

« Cette maison va changer notre vie », a déclaré Mariam Walate Intanere, 25 ans, assise sur les briques qui deviendront bientôt sa nouvelle demeure.

« Pendant la saison des pluies, je dois constamment reconstruire l’abri et le consolider encore et encore. Ce sera plus sûr – on ne peut même pas comparer. »

Le HCR et le Gouvernement ont fait du transfert des réfugiés depuis les camps vers les zones habitées par des Nigériens une priorité absolue, alors que les années passent et que la situation au Mali reste désastreuse. La participation à la vie locale permet aux réfugiés de mieux s’adapter à leur environnement, mais aussi d’exercer leurs droits fondamentaux, tels que la liberté de se déplacer, de travailler, d’aller à l’école ou de consulter un médecin.

« Cette maison aidera notre famille à rester en sécurité et au sec pendant la saison des pluies. »

Mais dans des endroits comme Ouallam, qui compte déjà une population vulnérable, le procédé doit également renforcer les infrastructures et les systèmes locaux. À cette fin, le HCR et ses partenaires ont commencé à renforcer les systèmes d’approvisionnement en eau et à investir dans les écoles et les centres de santé. La construction des 1000 nouvelles maisons profitera également à la communauté d’accueil, puisque la moitié des 400 emplois créés iront aux membres de la communauté locale (l’autre moitié ira aux réfugiés).

« Il existe un fort esprit de collaboration ici à Ouallam entre la communauté d’accueil et les réfugiés, ce qui confère une base solide à ce projet novateur », a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, lors d’une visite aux réfugiés et aux habitants de Ouallam.

Filippo Grandi était là pour rencontrer les deux premières familles – une famille autochtone et une famille de réfugiés – qui vont s’installer dans ces nouvelles habitations. Ces rencontres ont marqué le début de la visite de Filippo Grandi dans trois pays voisins du Mali, afin d’attirer l’attention sur les défis auxquels le Niger – et la région du Sahel en général – sont confrontés.

Mais cette collaboration positive des réfugiés et de leurs hôtes d’Ouallam doit pouvoir résister aux multiples crises qui sévissent dans la région.

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Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, coupe le ruban aux côtés d’Aminatou Chekaraou, premier membre de la communauté d’accueil à recevoir une maison en briques à Ouallam. © HCR/Sylvain Cherkaoui

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Des ouvriers du bâtiment représentant à la fois les communautés de réfugiés et d’accueil construisent la première des 1000 maisons en briques du village de Ouallam, à Tillaberi, dans le sud-ouest du Niger. © HCR/Sylvain Cherkaoui

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Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, s’entretient avec Kadi Oumar, veuve et mère de neuf enfants, dans sa nouvelle maison. © HCR/Sylvain Cherkaoui

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Filippo Grandi remet le titre de propriété à la première réfugiée qui reçoit une maison en briques à Ouallam, Kadi Oumar, et qui est réfugiée depuis 2012. © HCR/Sylvain Cherkaoui

Le Niger subit actuellement les conséquences des crises qui ont éclaté dans le Sahel, une région fragile qui englobe des territoires appartenant à plusieurs pays au sud du Sahara. La révolution de 2011 en Libye et le conflit de 2012 au Mali, au cours duquel une coalition de groupes armés s’est emparée d’une grande partie du pays, ont envoyé des dizaines de milliers de réfugiés au Niger.

La violence s’est propagée au-delà des frontières. Des terroristes et des groupes criminels organisés ont exploité les tensions ethniques, la pauvreté et la fragilité de certains pays pour atteindre leurs propres objectifs. Le Burkina Faso, le Mali et le Nigéria ont été déchirés par des combats et des violences ethniques qui ont forcé des milliers de personnes à fuir. Le Niger accueille aujourd’hui plus de 215 000 réfugiés, pour la plupart originaires du Mali et du Nigéria.

Aujourd’hui, le Niger est aux prises avec sa propre crise. La violence croissante à l’intérieur de ses frontières a entraîné des déplacements massifs de citoyens ainsi que de réfugiés hébergés sur son territoire. Dans les régions frontalières du Burkina Faso et du Mali, plus de 80 000 Nigériens ont été contraints de fuir, soit une augmentation de 50% par rapport à l’année dernière. Au cours des deux dernières semaines, 600 sont arrivés rien qu’à Ouallam.

Hana Abdou, 63 ans, a déclaré au HCR qu’un groupe armé avait menacé sa communauté et l’avait forcée à quitter son village les mains vides. Il lui a fallu neuf jours pour parcourir 150 kilomètres. Pendant deux jours, ils n’ont eu ni nourriture ni eau. C’est la deuxième fois que Hana est forcée de fuir.

« Nous devons continuer à fournir une aide d’urgence … mais aussi réfléchir à des solutions à plus long terme. »

Au début de ce mois, des terroristes ont attaqué une base de l’armée nigérienne, faisant au moins 89 morts. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière que le Niger ait connue ces dernières années. Depuis cette attaque, le HCR a reçu des informations selon lesquelles des groupes armés auraient kidnappé et tué des civils et se seraient livrés à des pillages. Malgré l’ampleur des défis auxquels il est confronté, le Niger – l’un des pays les plus pauvres au monde – reste l’un des plus généreux envers les réfugiés.

Le Gouvernement du Niger a évoqué l’idée de fournir un logement à 40 000 réfugiés en décembre dernier lors du tout premier Forum mondial sur les réfugiés organisé par le HCR à Genève. Le Gouvernement a affirmé que cela offrirait aux réfugiés une alternative à l’isolement qui caractérise la vie dans les camps.

Comme une grande partie du Niger est confrontée à l’état d’urgence et à l’intensification des opérations militaires, le HCR et les autres organisations humanitaires ne peuvent plus accéder à un grand nombre de personnes déplacées, y compris des réfugiés, ce qui prive ces personnes déjà vulnérables de services essentiels et d’une aide d’urgence.

La menace de violences augmente de jour en jour, et le HCR et le Gouvernement du Niger n’ont pas eu d’autre choix que d’accélérer leurs efforts. Ouallam – ainsi que les villes d’Ayerou et de Tillaberi – offrent un refuge urbain sûr et des opportunités économiques. C’est pourquoi le HCR s’est empressé d’y relocaliser les réfugiés.

« L’insécurité croissante et les déplacements sont très inquiétants », a déclaré Filippo Grandi. « C’est pourquoi nous devons continuer à fournir une assistance aux personnes ayant des besoins immédiats, mais aussi réfléchir à des solutions à plus long terme pour que les réfugiés et toute personne forcée de quitter son foyer puissent rapidement vivre de manière plus indépendante. »

Publie par le UNHCR, le 31 janvier 2020