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Déclaration conjointe du HCR, de l’OIM et de l’ONUDC sur la protection en mer dans le golfe du Bengale et la mer d’Andaman

Des Rohingyas assis sur le pont d’un bateau de passeurs abandonné et à la dérive dans la mer d’Andaman. Photo d’archives, mai 2015. © HCR/Christophe Archambault

Cinq ans après la « crise des boat people » de 2015 dans le golfe du Bengale et la mer d’Andaman, au cours de laquelle des milliers de réfugiés et de migrants en détresse en mer se sont vu refuser des soins et un soutien vitaux, nous sommes alarmés par le fait qu’une telle tragédie se répète.

Nous sommes profondément préoccupés par les informations faisant état de bateaux remplis de femmes, d’hommes et d’enfants vulnérables qui sont à nouveau à la dérive dans les mêmes zones maritimes, dans l’incapacité de débarquer et sans accès à la nourriture, à l’eau potable et à l’aide médicale dont ils ont d’urgence besoin.

Il n’y a pas de solution facile aux mouvements maritimes irréguliers de réfugiés et de migrants. Décourager les mouvements de personnes en mettant en danger leur vie n’est pas seulement inefficace; cela va à l’encontre des droits humains fondamentaux, du droit de la mer et des principes du droit international coutumier par lesquels tous les États sont également liés.

Nous appelons les États de la région à respecter les engagements de la Déclaration de Bali adoptés en 2016 ainsi que les engagements de l’ANASE visant à protéger les plus vulnérables et à ne laisser personne pour compte. Ne pas le faire pourrait mettre en danger des milliers de vies de clandestins ou de victimes de la traite des personnes, y compris les centaines de Rohingyas actuellement en mer.

Comme nous l’avons vu à maintes reprises, dans des situations désespérées – que ce soit en quête de sécurité et de protection ou de survie de base – les gens se déplacent, quels que soient les obstacles qu’ils rencontrent.

Sauver des vies humaines doit être la priorité absolue. Nous reconnaissons qu’en pleine pandémie de Covid-19, les États ont mis en place des mesures de gestion frontalière pour gérer les risques de santé publique. Toutefois, ces mesures ne devraient pas entraîner la fermeture de voies vers les systèmes d’asile, ni forcer les gens à retourner dans des situations de danger ou à chercher à débarquer clandestinement, sans dépistage sanitaire ni placement en quarantaine. Les États peuvent – et doivent – faire en sorte que nos préoccupations communes en matière de santé publique et de sécurité soient accompagnées d’une réaffirmation de la solidarité et de la compassion.

Devant la nécessité, à nouveau, de trouver une solution régionale à un problème régional, comme ce fut le cas pendant la crise de 2015, il est important de s’appuyer sur la coopération et la planification robustes qui ont déjà été entreprises par l’ANASE et le processus de Bali pour gérer les mouvements maritimes irréguliers.

Nous demandons aux États de poursuivre et d’étendre leurs efforts de recherche et de sauvetage ainsi que de veiller à ce que les procédures de débarquement et les conditions de réception soient sûres et dignes. Certains États de la région ont déjà démontré que des dispositifs de dépistage sanitaire et de mise en quarantaine peuvent être mis en place afin que les personnes puissent débarquer de manière sûre, ordonnée et digne. Les opérations de recherche et de sauvetage doivent être combinées à des mesures de débarquement rapide vers un lieu sûr.

Le moment est venu pour les gouvernements de la région de rappeler les engagements pris dans la Déclaration de Bali. Nous exhortons les coprésidents du processus de Bali à activer le Mécanisme consultatif pour réunir les pays touchés et faciliter une résolution régionale et rapide pour la crise dans la mer d’Andaman.

Nous appelons également les États de la région qui ne sont pas directement touchés à offrir leur soutien aux États qui procèdent au sauvetage et au débarquement.

L’OIM, le HCR et l’ONUDC réaffirment leur soutien aux États de la région pour fournir une aide immédiate aux demandeurs d’asile, aux réfugiés et aux migrants vulnérables, ainsi que pour renforcer la capacité de réponse plus large pour répondre aux mouvements irréguliers. Le HCR, l’OIM et l’ONUDC disposent de capacités dédiées qui peuvent être mobilisées pour aider les États et les autorités locales à endiguer le Covid-19, y compris le soutien à l’assistance sanitaire initiale, la diffusion d’informations et, le cas échéant, à veiller à ce que les procédures de quarantaine soient suivies.

A plus long terme, une réponse durable et globale au mouvement des réfugiés et des migrants ne peut être mise en oeuvre sans une coopération internationale concertée. Nous encourageons les États à s’inspirer du Pacte mondial sur les migrations et du Pacte mondial sur les réfugiés pour promouvoir une réponse durable et globale au mouvement des réfugiés et des migrants.

Cela comprend l’établissement de dispositifs de débarquement efficaces, prévisibles et équitables, ancrés dans une stratégie plus large avec des options de migration sûres et légales, y compris pour le regroupement familial.

Conformément à la Convention des Nations Unies sur la criminalité transnationale organisée et à ses protocoles, signés par tous les États de la région, les trafiquants et les passeurs devraient faire l’objet d’enquêtes et être poursuivis pour leurs crimes, conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme, tout en respectant pleinement les droits des victimes. Les États devraient souligner l’engagement politique actuel en faveur de la tolérance zéro à l’égard des criminels qui facilitent les mouvements et profitent des personnes vulnérables.

De même, l’action internationale et la solidarité sont essentielles pour lutter contre les causes profondes des mouvements de réfugiés et de migrants irréguliers, y compris l’apatridie, la discrimination, la privation, la persécution et d’autres violations des droits de la personne.

Sans efforts collectifs pour régler ces questions interdépendantes, cette tragédie humaine continuera de se répéter. Nous appelons les États à rompre ce cycle dès maintenant.

 

Pour de plus amples informations à ce sujet, veuillez svp contacter :

Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)

Bureau régional pour l’Asie et le Pacifique, Bangkok

Catherine Stubberfield, stubberf@unhcr.org, +66 65 929 8062

 

Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Bureau régional pour l’Asie et le Pacifique, Bangkok

Itayi Viriri, iviriri@iom.int, +63 917 890 8785

 

Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC)

Bureau régional pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique, Bangkok

Rebecca Miller, rebecca.miller@un.org, +66 81 418 8468

Publie par le HCR, le 06 mai 2020