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Hadi Tammo, 31 ans, est assis avec son neveu Emad dans une maison à Dohouk, dans la région du Kurdistan d’Iraq. © HCR/ Andrea DiCenzo

Après avoir été détenu pendant trois ans par des groupes armés, Emad Tammo va bientôt retrouver sa Maman à Winnipeg avec l’aide du HCR.

Irak : Cathy Otten, août 2017

Emad a été enlevé il y a trois ans lorsque des groupes armés ont attaqué la ville de Sinjar à 100 km à l’ouest de Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Iraq, et ont ciblé la minorité religieuse yézidie de la région.

Il a été maintenu en captivité et séparé de sa famille qui ignorait totalement qu’il était encore en vie. En juillet, alors que la bataille pour la reconquête de Mossoul faisait rage, Emad a été retrouvé sous les décombres de la vieille ville.

Il était couvert de poussière et son petit corps émacié était criblé de blessures d’obus, de balles et de bombes. Il n’avait mangé que de minuscules bouchées de nourriture pendant les deux mois précédant sa découverte pendant que les forces iraquiennes cernaient la vieille ville à l’ouest de Mossoul.

Le jeune enfant tentait d’aller chercher de l’eau près du pont quand il a été touché par une balle. Ce sont ses derniers souvenirs sur la fin de son terrifiant calvaire.

« Emad a énormément souffert… mais Dieu merci, il est vivant. »

Il a depuis lors retrouvé son oncle, Hadi Tammo âgé de 31 ans, dans cette ville du nord-ouest de l’Iraq. « Bien qu’il soit blessé », déclare-t-il, « nous sommes très heureux ».

Un mois après sa fuite, les blessures d’Emad ont été pansées et il s’est fait couper les cheveux mais son visage affiche toujours une expression triste et fatiguée qu’on ne voit normalement pas chez un enfant de son âge. Ses blessures au ventre, au coude et à la tête continuent de lui faire mal.

« Emad a énormément souffert et sa famille a également été maintenue en captivité », raconte Hadi dont les enfants et la femme ont été enlevés par les extrémistes, avant de parvenir à fuir leur calvaire l’année dernière. « Il ne se sent pas bien mais Dieu merci il est vivant ».

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Hadi et son neveu Emad se promènent dans le village où ils sont logés, à Dohouk, dans la région du Kurdistan d’Iraq. © HCR/ Andrea DiCenzo

La communauté yézidie du Sinjar, dans le nord-ouest de l’Iraq, a été la cible des extrémistes en 2014. Les groupes armés ont séparé les hommes et les garçons de plus de 12 ans du reste de leur famille et ont assassiné ceux qui refusaient d’adopter leurs croyances.

Plus de 6 000 femmes et jeunes filles ont été enlevées et vendues comme esclaves, dont beaucoup de proches d’Emad. Des milliers de Yézidis ont été massacrés ou sont morts de déshydratation et d’épuisement en tentant d’échapper à l’attaque.

Les Nations Unies ont qualifié leur sort de génocide relevant de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

Après l’attaque, la vie de la famille d’Emad, comme celle de beaucoup d’autres familles, a changé à jamais.

La mère d’Emad a réussi à s’enfuir de captivité en 2016 et elle a été réinstallée début 2017 dans la ville canadienne de Winnipeg avec l’aide du HCR. Quand Emad a été secouru en juillet dernier, le HCR a fait le lien entre le nom de la mère et celui de l’enfant et ont compris qui il était, explique Sarah Webster, experte en réinstallation au HCR.

Le garçon a entamé son voyage le 16 août vers le Canada, accompagné d’un tuteur des Nations Unies et d’une autre famille yézidie bénéficiant également d’une réinstallation là-bas. Le HCR a organisé une rencontre entre Emad et cette autre famille pour qu’il soit entouré de visages connus pendant le vol.

<blockquote><strong>« Il était d’une importance capitale pour nous qu’Emad retrouve sa mère et ses frères et sœurs dès que possible. »</strong><</blockquote>

« L’unité de famille est l’un des principes les plus importants pour le HCR. La famille constitue un réseau de soutien fondamental pour les personnes qui ont subi ce qu’Emad a connu », explique Sarah Webster. « Il était d’une importance capitale pour nous qu’Emad retrouve sa mère et ses frères et sœurs dès que possible ».

La mère d’Emad attend désormais impatiemment l’arrivée de son fils qui était lui-même tellement excité qu’il a fait ses valises plusieurs jours à l’avance.

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Le jeune yézidi, Emad Tammo (à gauche), regarde les jeux vidéo sur le téléphone cellulaire de son cousin alors qu’il compte les jours à Dohouk, dans la région du Kurdistan d’Iraq, avant de rejoindre sa mère au Canada. © HCR/ Andrea DiCenzo

« Il est très impatient de revoir sa mère après ces trois années effroyables de séparation », raconte son oncle Hadi. « Quand Emad lui a reparlé pour la première fois, ils étaient tous deux aux anges. C’était comme s’il se relevait de sa tombe. Il était presque mort. Il avait été blessé au ventre. Mais sa maman était juste très heureuse. C’était comme si Emad renaissait ».

Après son calvaire, Emad pouvait à peine communiquer avec ses proches parce que ses ravisseurs l’avaient forcé à parler arabe plutôt que sa langue kurde natale. « Nous voulons qu’il aille à l’école pour libérer son esprit et pour qu’il puisse ensuite s’engager dans une nouvelle vie », déclare Hadi.

Une fois installé au Canada, il sera examiné et bénéficiera de soins spécialisés qui sont limités ou inexistants en Iraq.

« Les enfants qui ont été maintenus en captivité pendant de longues périodes ont subi de nombreux abus comme le travail forcé, la conversion forcée, des violences physiques et psychologiques et, en plus de cela, la séparation avec leurs proches », explique Sarah Webster.

« Notre principale priorité est de les réunir avec les membres de leur famille pour qu’ils puissent au moins soulager ce stress et la séparation, puis nous nous concentrons sur le rétablissement et l’accès aux services spécialisés, comme ceux dont Emad va bénéficier au Canada ».

Publication à l’origine : unhcr.org

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