refugies

Ahmad Abed (centre) avec son fils Eyad (gauche) et sa femme Roulah (droite) dans leur magasin Our Sock Shoppe à Guelph, en Ontario – une entreprise prospère pour cette famille syrienne aux racines entrepreneuriales profondes. Guelph a signé la Déclaration de solidarité du HCR en juin 2019, et est solidaire #Aveclesréfugiés comme la famille Abed. ©UNHCR/Hannah Yoon

Par Jean-Nicolas Beuze, Représentant du HCR au Canada

La plupart des images de réfugiés décrivent la vie dans des camps remplis de tentes de fortune faites de bâches en plastique. On y voit des femmes et des enfants dans des cliniques de santé gérées par des organismes humanitaires. Parfois, les images d’enfants derrière des clôtures en fer, séparés du reste de la population, sont publiées pour décrire la réticence de certains pays hôtes à accepter les réfugiés.

Ces images ne sont pas fabriquées. Mais elles cachent une réalité : la plupart des personnes déplacées vivent dans des centres urbains. Les villes sont la première escale pour les deux tiers des personnes qui fuient la guerre, la violence ou les persécutions.

J’ai été témoin de cette situation en travaillant au Liban : près d’un tiers du million de réfugiés syriens a trouvé refuge à Beyrouth, tandis que des centaines de milliers d’autres se sont retrouvés dans les villes du Liban ou aux alentours. Souvent, deux ou trois familles qui ne se connaissaient pas avant leur exil louaient un appartement ensemble pour partager les coûts. Plusieurs vivaient dans une grande pauvreté dans des immeubles en construction comme des centres commerciaux ou des sous-sols. Les enfants étaient envoyés à l’école publique avec notre aide. Les patients faisaient la file devant les centres de santé publique avec notre « carte d’assurance » en main pour consulter le personnel infirmier et obtenir des médicaments. Je me souviens que de nombreux réfugiés avaient peur de devenir invisibles – dispersés dans les masses de la capitale libanaise.

Cette situation présentait de nombreux défis. Elle a également offert des occasions incroyables aux réfugiés et à notre organisme.

Plusieurs personnes se sentaient davantage en sécurité en ville que dans des endroits éloignés. Certains ont trouvé des emplois sur le secteur « non structuré » du marché du travail. Plusieurs biens étaient plus facilement accessibles et souvent plus abordables. Pour nous au HCR, cela signifie que nos services de soutien aux réfugiés profitent également à la population et à l’économie locales. Nous sommes en mesure d’offrir davantage de services de santé et d’éducation de meilleure qualité pour les deux communautés en même temps, ce qui constitue une façon de redonner aux communautés libanaises appauvries qui ont accueilli leurs sœurs et frères syriens. À la surprise de plusieurs, cela a permis d’assurer la cohésion sociale. Les deux communautés qui doivent vivre côte à côte ont appris à se connaître, ce qui a permis d’atténuer la peur de l’inconnu et les tensions qui découlent habituellement de la méconnaissance de nos voisins. Lorsque j’ai visité nos centres communautaires, j’ai vu des groupes se mêler, apprendre de nouvelles compétences ou simplement profiter d’activités récréatives ensemble.

Partout dans le monde, les villes sont de plus en plus nombreuses à créer des programmes pour aider les nouveaux arrivants à s’installer et à s’intégrer. Alors que des cohortes de jeunes enfants et de mères fuient la violence des gangs en Amérique centrale, il est réconfortant de voir les efforts déployés par la ville de Guadalajara pour les accueillir.  Qu’il s’agisse de fournir une aide en espèces d’urgence ou de la création de services qui les aident à trouver un emploi, ces mesures favorisent l’inclusion et découragent les familles de poursuivre leur dangereux périple vers les États-Unis.

Environ 200 villes dans le monde ont rejoint ce mouvement mondial pour indiquer qu’elles font preuve d’ouverture et de compassion, et que la diversité et l’inclusion leur permettent de prospérer.

Ici, au Canada, nous savons que les demandeurs d’asile et les réfugiés réinstallés convergent vers les villes et pas nécessairement vers le trio MTV (Montréal-Toronto-Vancouver). Plusieurs villes comme Victoria, Guelph et Halifax ont accueilli des réfugiés au cours des dernières décennies. Afin de confirmer le rôle que les villes canadiennes jouent dans l’accueil et l’intégration des réfugiés, sept villes se sont jointes à notre campagne Villes solidaires #Aveclesréfugiés : Vancouver, Summerland, Port Moody, Prince Albert, Guelph, Gatineau et Rimouski. Elles se sont jointes à Victoria, Saskatoon et Toronto qui ont exprimé leur solidarité l’année dernière. Environ 200 villes dans le monde ont rejoint ce mouvement mondial pour indiquer qu’elles font preuve d’ouverture et de compassion, et que la diversité et l’inclusion leur permettent de prospérer. Il s’agit d’un message puissant, plus particulièrement pour contrer la rhétorique négative qui blâme les réfugiés dans les discours publics. Les mesures concrètes et symboliques ont une importance égale lorsque l’on prend position pour protéger les plus vulnérables et trouver des solutions.

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