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Survivre dans l’est de l’Ukraine avec l’arrivée de l’hiver

Nina est une déplacée ukrainienne. Mère célibataire, elle pose avec ses cinq enfants après leur retour de l'école.

Nina est une déplacée ukrainienne. Mère célibataire, elle pose avec ses cinq enfants après leur retour de l’école. © HCR / M.Levin

ZAITSEVE, Ukraine, 23 décembre (HCR)—Lorsque des tirs d’artillerie ont brisé le toit de sa maison dans ce village de l’est de l’Ukraine, Nina, une mère célibataire, a cherché une maison plus sûre pour elle et ses cinq jeunes enfants.

« Nous ne sommes probablement pas très bien protégés des tirs de mortiers », a-t-elle déclaré au sujet de la maison que le conseil de village l’a aidée à trouver dans cette zone de guerre. « Quand il y a des bombardements, ma sœur nous rejoint avec ses enfants. Nous restons ici tous ensemble, en luttant contre la peur. »

Plus de deux millions de civils ukrainiens dans l’est du pays ont été chassés de leurs maisons depuis le début du conflit en 2014. Beaucoup vivent dans un vide juridique comme Nina. Ils sont déplacés dans leur propre pays où la poursuite des hostilités et l’effondrement des services essentiels font que leur vie se résume à une lutte au quotidien pour la survie.

Maintenant que les températures sont tombées en dessous de zéro, environ 800 000 personnes vivent dans des conditions difficiles et dangereuses des deux côtés de la ligne de front, du fait de la poursuite des hostilités. Avec les premières chutes de neige et les températures glaciales, l’acheminement du matériel d’aide contre les conditions hivernales vers les collectivités isolées devient crucial.

Trois petits villages partagent une école à Zaytseve. Les élèves des deux autres villages y sont transportés par un autobus scolaire. Durant les combats intenses, il n’y avait pas d’école, seulement l’étude à la maison, avec tous les devoirs dictés par téléphone. Lyudmyla, la directrice de l’école, montre les toutes nouvelles vitres dans le couloir alors qu’elle parle.

« Je ne peux pas supporter ce qui rappelle les bombardements », a-t-elle expliqué. « Rechercher un abri, emmener les élèves en lieu sûr. Au retour des combats, il faut composer immédiatement le numéro du chauffeur d’autobus scolaire pour qu’il ramène les enfants vers leurs villages d’origine. »

Nina se trouve à côté de la maison de famille qu'elle a abandonné après des tirs d'artillerie répétés.

Nina se trouve à côté de la maison de famille qu’elle a abandonné après des tirs d’artillerie répétés. © HCR / M.Levin

Cet hiver, alors que les journées sont plus courtes, l’autobus scolaire de Zaytseve ramènera certains élèves dans leur village d’origine après le coucher du soleil, quand les fusillades reprennent. Il n’y a pas de convoi armé pour le bus scolaire.

La situation continue de se détériorer dans l’est de l’Ukraine et la plupart des habitants dans les zones touchées par le conflit resteront pris au piège et isolés cet hiver. Les combats rendent l’accès humanitaire particulièrement difficile dans les « zones grises » près de la ligne de front où les besoins sont les plus importants.

Depuis novembre, le HCR a envoyé près de 1000 tonnes de matériel humanitaire et d’aide d’urgence pour la population touchée. Davantage de ressources sont aujourd’hui mobilisées pour de futures livraisons dans les territoires non contrôlés par le gouvernement.

Malgré l’aggravation des conditions, Nina est reconnaissante pour le soutien qu’elle a déjà reçu, alors qu’elle tente de continuer normalement sa vie et celle de ses enfants dans ces conditions défavorables.

« Pour les enfants, je reçois une petite allocation d’aide de la part de l’Etat », a-t-elle expliqué. « Mais je dois rembourser de l’argent que je dois. Si nous avons besoin de voir le médecin, nous prenons un taxi pour Zaytseve. Une fois ou deux par mois, nous allons à Artemivsk plus vers le nord pour nous approvisionner en produits d’épicerie et autres, également en taxi car il n’y a pas d’autre alternative. Il y a quelqu’un ici dans le village qui nous approvisionne avec le lait de sa vache. L’aide humanitaire se fait localement ici aussi. »

Par Maks Levin à Zaitseve, Ukraine