La doctoresse Hosseini avec des patients afghane au centre de santé Razi. Elle traite les réfugiés comme les Iraniens de la communauté locale (20 novembre 2019)

La doctoresse Hosseini avec des patients afghane au centre de santé Razi. Elle traite les réfugiés comme les Iraniens de la communauté locale (20 novembre 2019). © HCR/Mohammad Hossein Dehghanian

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en Iran, Fezzeh Hosseini, réfugiée afghane, travaille sans relâche pour aider les patients locaux et afghans infectés par le virus.

À l’issue d’une longue série de consultations et après la désinfection quotidienne de la salle d’attente et des salles de consultations vidées des flux de patients, Dr Fezzeh Hosseini retourne à son bureau pour une brève pause avant d’entamer la seconde partie de sa journée de travail.


Fezzeh, une réfugiée afghane de 38 ans, a récemment été nommée à la tête du programme public de sensibilisation sur le coronavirus de la Province d’Ispahan, dans le centre de la République islamique d’Iran. Outre ses fonctions habituelles de médecin-chef du centre de santé Razi à Khomeini-Shahr, un quartier d’Ispahan, elle offre désormais des consultations téléphoniques à des patients iraniens et afghans infectés par le virus ou à risque. Voilà des mois qu’elle reste travailler avec son équipe de cinq médecins bien au-delà des heures réglementaires pour appeler chaque soir au téléphone quelque 200 familles.

« Le coronavirus m’a laissée avec un sentiment d’impuissance, comme la plupart des autres médecins du monde », dit-elle. « Ces appels téléphoniques sont devenus pour moi un précieux moyen de venir en aide aux personnes bloquées à domicile qui ont pourtant besoin de conseils et de services médicaux. »

Pendant ces appels, Fezzeh et les médecins de son équipe discutent avec des patients qui présentent des symptômes apparentés à ceux du Covid et assurent le suivi des personnes testées positives mais qui ne sont pas suffisamment malades pour justifier une hospitalisation. Avant de clore leur journée de travail, les médecins de l’équipe dispensent aussi à d’autres familles des conseils et de santé et d’hygiène pour limiter la transmission du virus.

« En Iran, les gens en ont par-dessus la tête du coronavirus et, malheureusement, ils ne sont pas assez nombreux à maintenir les précautions sanitaires et la distanciation sociale. Toutefois, ceux que nous appelons, et particulièrement la communauté afghane, suivent tous nos conseils parce qu’ils viennent du Dr Hosseini », dit Ameneh, une sage-femme iranienne de 30 ans qui fait partie de l’équipe de Fezzeh.

Voir aussi : Les médecins réfugiés veulent se joindre à la lutte contre la pandémie de Covid-19

Fezzeh n’avait qu’un mois à son arrivée en Iran après que ses parents eurent fui le conflit dans la Province de Sar-é Pol dans le nord de l’Afghanistan. Ce n’était pas une décision facile de tout abandonner derrière eux, mais ils espéraient que leurs enfants pourraient grandir en sécurité en Iran et y avoir un meilleur avenir. « Ma mère disait que l’éducation était plus importante que la nourriture et les vêtements », se rappelle Fezzeh.

En Iran, les enfants réfugiés peuvent fréquenter l’école publique et suivre les mêmes programmes d’éducation que les enfants iraniens. Encouragée par sa mère, Fezzeh a achevé ses études secondaires et a réussi à 19 ans le concours d’entrée à l’École de Médecine. Néanmoins, c’est là qu’elle s’est retrouvée confrontée aux préjugés et aux obstacles socioéconomiques qui découragent nombre de réfugiés à poursuivre leurs études au niveau supérieur.

« Je n’avais pas grande ambition pour moi-même et je me serais contentée de devenir sage-femme. C’est un enseignant qui m’a convaincue que tout était à ma portée si je m’attelais à la tâche », explique-t-elle.

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Fezzeh a brillamment réussi tous ses examens. Son avenir en tant que médecin était cependant bien incertain du fait de son statut de réfugié. Même si les réfugiés en Iran peuvent accéder à l’emploi dans un nombre croissant de secteurs, certaines professions leur sont toujours inaccessibles, notamment la médecine.

Bien qu’elle n’ait pas de permis d’exercer, Fezzeh a travaillé bénévolement dans un hôpital pendant des années et a mis en place des groupes de discussion sur l’hygiène, la nutrition et l’alimentation avec les membres de la communauté afghane. « J’étais heureuse de pouvoir contribuer positivement à la vie des Afghans en Iran, même si je savais que je pouvais en faire beaucoup plus », précise-t-elle.

Son investissement exemplaire a fini par être reconnu par le Gouvernement iranien en 2016 et elle a exceptionnellement obtenu un permis d’exercer. C’est ainsi qu’elle est devenue le premier et seul médecin réfugié de la Province d’Ispahan qui compte environ 5 millions d’habitants, dont quelque 100 000 réfugiés.

« Mes patients afghans sont parfois surpris d’apprendre que je suis moi-même originaire d’Afghanistan. »

« Mes patients afghans sont parfois surpris d’apprendre que je suis moi-même originaire d’Afghanistan. C’est comme s’ils avaient oublié qu’ils peuvent eux aussi réussir », dit-elle.

Aujourd’hui, Fezzeh dirige une équipe de cinq médecins au centre de santé Razi qui a été construit avec l’aide du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Tous les mois, les médecins et le personnel infirmier du centre traitent près de 10 000 patients iraniens et afghans. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, ils ont dépisté, testé et traité des patients atteints du Covid et fait hospitaliser les cas les plus graves dans les hôpitaux de la province.

Depuis que le premier cas de Covid-19 a été confirmé en Iran en février, le virus s’est propagé aux 31 provinces du pays où il a touché des réfugiés comme des membres des communautés hôtes. Le HCR a expédié par avion du matériel médical et des articles d’hygiène essentiels pour soutenir les efforts menés par les autorités nationales pour lutter contre le virus. Les réfugiés ont également fait leur part en fabriquant des masques et des blouses pour le personnel sanitaire et en contribuant aux distributions d’aide au profit des plus pauvres au sein de leurs communautés.

Voir aussi : Un infirmier réfugié en première ligne contre le coronavirus en Iran

En Iran, les réfugiés ont gratuitement accès aux soins de santé primaires, ce qui leur a permis d’obtenir les mêmes tests et traitements du Covid que les ressortissants iraniens. Même s’ils ne risquent pas plus d’être infectés par le virus que la population locale, les réfugiés ont été très durement touchés par les répercussions économiques de la pandémie et ils sont nombreux à avoir perdu leur gagne-pain.

En plus de son infatigable travail au centre de santé et des vacations qu’elle assure bénévolement dans les centres de prévention et de lutte contre le Covid-19 établis dans l’urgence, Fezzeh organise régulièrement des groupes de discussion par téléphone avec des femmes et des filles afghanes de sa communauté pour les informer des pratiques d’hygiène et de santé et offrir une oreille compatissante aux personnes touchées par les conséquences indirectes du Covid-19.

« Durant les derniers mois, un nombre croissant de femmes m’ont confié être de plus en plus confrontées à des conflits familiaux dus au surcroît de stress occasionné par la perte des moyens d’existence imposée par le Covid », dit-elle.

« Sachant que je suis afghane comme eux, mes patients ont le sentiment de pouvoir se livrer, car nous partageons la même culture et les mêmes expériences », ajoute-t-elle. « Mais ce dont je suis la plus fière, c’est que l’on me voit comme quelqu’un en mesure d’aider autrui, et pas seulement comme une réfugiée. »

Publie par le HCR, le 20 juillet 2020

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