Jacob, 64 ans, dans sa boutique à Buzi, Mozambique, une ville durement frappée par le cyclone Idai. © HCR/Alissa Everett

Isolés par les dégâts causés par les crues, les habitants de Buzi, Mozambique, ont toujours désespérément besoin d’approvisionnements avant de pouvoir s’attaquer à la reconstruction de leurs existences.

Par Charlie Yaxley, Peter Holmes à Court et Vania Turner à Buzi, Mozambique


Les trottoirs de l’une des grand-routes de Buzi, Mozambique, sont jonchés de manguiers écroulés qui se dressaient auparavant de toute leur hauteur. Les bâtiments ont été réduits à l’état de ruines et une bonne partie de ceux qui tiennent encore debout n’ont plus de toit ou de fenêtres. L’avant d’une voiture est encastré dans ce qui reste d’une épicerie, tandis que l’arrière de la carrosserie a été emporté par les crues.


Derrière les grilles de sa boutique, Jacob, 64 ans, regarde tristement au dehors, encore incapable de prendre la pleine mesure des choses.

« Tout mon stock est détruit », dit-il. « Le riz, les pâtes, tout, je ne sais pas comment je vais survivre maintenant. »

Sur des kilomètres à la ronde, les bourgades et les villages ont été réduits à l’état de ruines depuis que le cyclone Idai a fait déborder le fleuve Buzi et provoqué des crues d’une ampleur sans précédent. Les habitants reviennent chez eux pour constater qu’il ne reste pas grand-chose de leurs maisons et de leurs biens.

« Tout mon stock est détruit. Le riz, les pâtes, tout, je ne sais pas comment je vais survivre maintenant. »

Les écoles sont fermées jusqu’à nouvel ordre. Les hôpitaux et les dispensaires tournent tant bien que mal. Des câbles électriques traînent dans la boue, à côté de vieilles sandales et d’innombrables déchets en plastique.

« On ne voit que du noir, on se croirait dans une township plongée dans l’obscurité », dit Antonio, le propriétaire du supermarché local. « Je me demande ce qui nous attend. Nous avons besoin d’aide maintenant. »

Durant la nuit du 14 au 15 mars où le cyclone a pilonné la région, Antonio et sa femme ont désespérément tenté de préserver le toit de la maison familiale que les vents furieux arrachaient tuile par tuile.

« C’était inimaginable », raconte Chillo, le neveu d’Antonio. « J’ai vu voler des choses que je pensais trop lourdes pour être emportées, des plaques de tôle en train de tournoyer dans les airs, des branches d’arbre arrachées et des appareils ménagers de toutes tailles. »

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Antonio, 44 ans, dans le salon de sa maison de Buzi qui a été endommagée par le cyclone Idai. © HCR/Alissa Everett

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Une famille étale ses possessions à sécher devant la maison après les ravages provoqués par le cyclone Idai dans la ville de Buzi, Mozambique. © HCR/Alissa Everett

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Une famille étale ses possessions à sécher devant la maison après les ravages provoqués par le cyclone Idai dans la ville de Buzi, Mozambique. © HCR/Alissa Everett

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Après le passage du cyclone Idai à Buzi, Mozambique, un homme et une femme essaient de récupérer leur matelas qu’ils lavent avant de le sécher au soleil. © HCR/Alissa Everett

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Rosa, sept ans, et son petit frère Manuel, dans un abri pour les femmes et les enfants déplacés par le cyclone Idai à Buzi, Mozambique. © HCR/Alissa Everett

Manuel, le neveu d’Antonio, n’a pas été aussi chanceux. Il ne reste rien d’autre de sa maison que l’encadrement de la porte d’entrée. Avec la montée des eaux de crue, les briques de terre crue se sont complètement désagrégées. Toute la famille a dû trouver refuge sur le toit d’un bar proche où ils sont restés sept jours avant de pouvoir redescendre.

Presque trois semaines après le passage ravageur d’Idai, Buzi est toujours coupée de Beira, la grande ville la plus proche, car les routes ont été emportées ou sont jonchées de débris. Des hélicoptères acheminent l’aide essentielle, mais leur capacité de charge est limitée et les besoins dépassent très largement les capacités de livraison des organisations humanitaires.

La semaine dernière, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, a acheminé vers le Mozambique quelque 80 tonnes d’aide vitale, surtout des abris, des couvertures, des moustiquaires, des lampes solaires et des bâches pour prêter assistance à environ 10 000 sinistrés hautement vulnérables et les aider à se remettre sur pied. Les distributions d’aide se poursuivent et les équipes sur le terrain s’efforcent de mettre les rescapés les plus vulnérables en sécurité.

Compte tenu des pénuries généralisées, les prix alimentaires ont explosé. Il faudra du temps avant que les chaînes d’approvisionnement commerciales puissent être rétablies et que les boutiques reconstituent leurs stocks. À Buzi, le riz coûte aujourd’hui jusqu’à cinq fois ce qu’il se vendait il y a seulement trois semaines. Le cyclone s’est abattu sur la région à la fin de la saison agricole, détruisant environ 711 000 hectares de cultures et privant les agriculteurs des fonds nécessaires pour acheter de nouvelles semences. Le risque de famine est désormais bien réel dans un pays où le taux de malnutrition infantile était déjà l’un des pires du monde.

« Ce qu’il nous faut, c’est de la nourriture », dit Antonio. « Il n’y a rien à manger ici. Mes enfants montent aux cocotiers pour ramener des noix de coco, mais ça ne suffit pas. J’ai reçu une demi- tasse de haricots, mais j’ai une famille nombreuse. Ils me regardent tous en me demandant de faire quelque chose. C’est vraiment difficile vous savez, c’est comme si je faillissais à mon devoir de père. »

« Beaucoup de gens tombent malades. Nous n’avons pas d’eau à boire. »

Comme les forages qui assurent l’alimentation en eau sont contaminés et que les latrines sont remplies de boue, le risque d’une flambée de choléra constitue une menace supplémentaire dans une zone déjà ravagée par le cyclone. Selon les autorités nationales, cette maladie potentiellement mortelle a déjà été diagnostiquée chez plus de 1000 personnes. Des vaccins buccaux ont été acheminés vers le pays, mais tant qu’ils ne sont pas administrés, certains n’ont guère d’autre choix que de consommer de l’eau et des aliments contaminés.

« Beaucoup de gens tombent malades », explique Antonio. « Nous n’avons pas d’eau à boire. Je me demande bien ce qui nous attend parce que cette eau pourrait causer bien des maladies. Quand les gens la boivent, ils vomissent, ils ont mal à l’estomac. Ce n’est vraiment pas joyeux ce qui se passe ici. »

Les gens ont peur de ce que l’avenir leur réserve. Certains ont décidé de quitter Buzi, craignant que la ville soit de nouveau confrontée à des phénomènes météorologiques extrêmes. Dans les différents sites ouverts aux déplacés à travers le pays, on compte environ 150 000 personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas rentrer chez elles.

« Chaque année, ça empire », dit Vito, instituteur. « Chaque année, il fait de plus en plus chaud et de plus en plus humide. Il ne reste plus rien à Buzi. C’est impossible d’y élever ma famille. »

Publie par le HCR, le 03 avril 2019

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