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Les écoles iraquiennes manquent de tables pour les élèves

 

À l'école élémentaire d'al-Asil située dans le quartier de Mansour à Bagdad, des enfants iraquiens déplacés suivent des cours après avoir manqué l'école pendant plus d'un an à cause des violences.

À l’école élémentaire d’al-Asil située dans le quartier de Mansour à Bagdad, des enfants iraquiens déplacés suivent des cours après avoir manqué l’école pendant plus d’un an à cause des violences. © HCR / E. Ou

BAGDAD, Iraq, 30 septembre (HCR)—Alors que de nombreux élèves iraquiens profitaient des dernières semaines d’été avant la rentrée scolaire, les salles de classe de l’école élémentaire d’al-Asil, dans le quartier de Mansour à Bagdad, étaient pleines.

Dans cette école, les élèves issus de familles déracinées par la violence s’efforçaient de rattraper leur retard en se préparant à la prochaine rentrée scolaire. Pour la grande majorité d’entre eux, c’était la première fois qu’ils retournaient dans une salle de classe depuis plus d’un an.

Isra, 12 ans, a tout d’abord été retirée de l’école par ses parents il y a presque deux ans quand son école, située en face d’un bâtiment gouvernemental à Ramadi, avait été attaquée.

La semaine suivante, sa mère Fawzia a marché une heure avec elle et ses trois frères et sœurs pour les emmener dans une école située en zone sûre, de l’autre côté de la ville. Mais avec l’escalade de la violence à Ramadi, le trajet vers l’école est lui aussi devenu dangereux.

Fawzia raconte comment ils devaient se frayer un chemin à travers les points de contrôle et faire de longs détours pour éviter les affrontements dans les rues de la ville. « À la fin, je les ai tout simplement gardés à la maison », dit-elle. « Honnêtement, nous étions tous terrifiés. Personne ne sortait de la maison ».

Les mois pendant lesquels la famille entière est restée confinée dans un petit appartement ont été parmi les plus difficiles, se souvient Fawzia. Ses enfants sont rapidement devenus agités et, comme l’économie marchait au ralenti, l’argent a commencé à manquer.

La famille a finalement pris la décision de fuir la région d’Al Anbar en janvier, après avoir traversé Bagdad et séjourné chez des membres de la famille élargie.

Ils vivent aujourd’hui avec d’autres déplacés iraquiens dans un camp soutenu par le HCR et ses partenaires locaux. L’école que fréquente désormais Isra est affiliée au camp, gérée par la communauté et soutenue par des hommes d’affaires et des bénévoles locaux.

Plus de trois millions d’Iraquiens ont été forcés de quitter leur foyer depuis que la violence s’est intensifiée en 2013. D’après les estimations des Nations Unies, 700 000 enfants parmi eux auraient perdu une année scolaire entière. Beaucoup d’autres, en particulier les jeunes femmes et filles, ont manqué deux années scolaires ou plus.

L’accès à l’éducation est souvent l’une des premières victimes lorsque la sécurité se détériore. Même pour les familles qui parviennent à fuir, il peut être difficile d’y accéder. Dans certaines régions relativement sûres en Iraq, comme Bagdad, les écoles sont surchargées. Dans d’autres, comme dans la région du Kurdistan d’Iraq, les cours sont dispensés en kurde, une langue étrangère pour la majorité des déplacés iraquiens qui sont arabophones.

Isra, brillante et bavarde en classe, devient plus calme et plus réservée quand elle est entourée de sa famille dans leur tente.

« Elle avait l’habitude de dormir tard tous les jours », explique sa mère. « Mais maintenant elle se lève même avant moi le matin. Elle n’attend même pas pour prendre son petit déjeuner ».

Fawzia explique qu’elle avait tout d’abord encouragé sa fille à rester à la maison pour qu’elle apprenne à se servir d’une machine à coudre et qu’elle l’aide pour les petits travaux de couture qu’elle réalise pour gagner un peu d’argent supplémentaire. Mais Isra l’a suppliée de retourner à l’école et Fawzia a fini par accepter.

« À l’école, ils nous apprennent tout », déclare Isra, sous les encouragements de ses parents. « Ils nous préparent à tout ».

Bruno Geddo, Représentant du HCR en Iraq, affirme : « Il est crucial de garantir l’accès à l’éducation aux jeunes comme Isra ».

« Actuellement 3 millions d’enfants et d’adolescents ne vont pas à l’école en Iraq », dit-il, en ajoutant : « Ils sont essentiels pour garantir un avenir meilleur pour l’Iraq. S’ils ne ratent pas leur éducation, une nouvelle génération de citoyens éduqués pourrait contribuer à amener la paix, la prospérité et la stabilité alors que règnent aujourd’hui la violence, le conflit et la guerre ».

Alors qu’il faisait chaud en cette journée du mois d’août, des élèves du cours moyen de l’école élémentaire d’al-Asil étaient assis derrière des bureaux bien alignés. L’un après l’autre, ils se levaient calmement pour recopier des mots sur un tableau blanc. Les ventilateurs tournaient puis s’arrêtaient au rythme des coupures intermittentes du courant du générateur.

Pendant la dernière leçon du jour, malgré la chaleur, les élèves révisaient la grammaire, en prenant des notes et en répondant aux questions avec enthousiasme.

« Honnêtement, je pense qu’ils sont encore plus motivés que nos autres élèves », explique Kawtha al-Ahmed, la directrice de l’école. Dotée d’une solide expérience du système éducatif, à 40 ans, elle est aussi chaleureuse que courageuse. Elle sourit fièrement tandis qu’elle discute dans le hall, énumérant les réalisations de son école. Mais dès qu’elle entre dans une salle de classe, son visage devient sévère ; les élèves se mettent debout et la saluent à l’unisson.

Alors qu’Isra et ses amies se mettent en ligne pour attendre le minibus les ramenant au camp à la fin des classes, elle déclare : « Je veux être médecin », en expliquant que les sciences sont sa matière préférée. « Je voudrais aider les gens ».

Mi-septembre, les cours d’été d’Isra ont pris fin et les cours ordinaires ont repris à l’école d’al-Asil. Quelques élèves du camp peuvent fréquenter l’école aux côtés des autres élèves, mais il n’y a pas de place pour tous.

« Nous trouverons une place pour chacun », déclare Kawtha al-Ahmed catégoriquement. Mais elle admet qu’il y a encore trop d’élèves et pas assez de bureaux.

 

Par Susannah George à Bagdad, Iraq.