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Des réfugiés vénézuéliens offrent à leurs pairs une aide psychologique d’urgence

Après un long périple, un Vénézuélien épuisé dort à la frontière entre l'Équateur et le Pérou, en attendant d'entrer au Pérou, le 13 juin 2019

Après un long périple, un Vénézuélien épuisé dort à la frontière entre l’Équateur et le Pérou, en attendant d’entrer au Pérou, le 13 juin 2019. © HCR/Hélène Caux

Au Pérou, des psychologues vénézuéliens proposent aux membres de la diaspora des consultations à distance pour les aider à faire face aux effets de la pandémie de coronavirus.

Si David Marín Cabrera aide ses compatriotes vénézuéliens à gérer le stress de la vie sous confinement grâce à des sessions en ligne organisées deux fois par semaine, le psychologue de 45 ans et sa famille sont eux aussi confrontés aux mêmes difficultés.


« Nous avons souvent manqué de nourriture… et avons dû compter sur les dons », a expliqué David, qui est arrivé dans la ville péruvienne de Cuzco en 2018, avec sa femme et ses enfants. « La pandémie a rendu encore plus difficile une situation qui l’était déjà pour de nombreux Vénézuéliens. »

Plus de cinq millions de Vénézuéliens ont fui les pénuries de nourriture et de médicaments, l’inflation galopante, l’insécurité et la persécution dans leur pays d’origine, principalement vers d’autres pays d’Amérique du Sud.

Avant le début de la crise de Covid-19, David animait à Cuzco des sessions collectives de discussion pour soulager la détresse des nouveaux arrivants du Venezuela et des membres de la communauté d’accueil, avec l’aide du HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Dès le moment où le Pérou a adopté des mesures de confinement visant à endiguer la propagation du virus, les séances ont été transférées en ligne. David anime désormais deux fois par semaine des sessions de deux heures sur Google Meet, dont chacune permet la participation d’une vingtaine de personnes.

« Je vois beaucoup de douleur, de colère et de frustration qu’il faut parvenir à surmonter. »

« Je vois beaucoup de douleur, de colère et de frustration qu’il faut parvenir à surmonter », dit-il, ajoutant que la pandémie a exacerbé de profondes angoisses que de nombreux Vénézuéliens entretenaient déjà à propos du loyer, de la nourriture et des vêtements de leurs enfants, par exemple.

Comme ces préoccupations sont très directes et immédiates, les craintes de tomber malade du Covid-19 ont tendance à passer au second plan pour beaucoup, a-t-il indiqué.

David lui-même n’est pas épargné par ce stress. Comme il ne fait pas payer les sessions qu’il organise, lui et sa famille ont parfois du mal à s’en sortir et doivent compter sur les dons de ses anciens patients, ainsi que sur l’aide des organisations humanitaires.

Le psychologue vénézuélien David Marín Cabrera photographié à Cuzco, au Pérou

Le psychologue vénézuélien David Marín Cabrera photographié à Cuzco, au Pérou. © HCR

Dans le monde, la pandémie de Covid-19 a tué plus de 295 000 personnes, tandis que les mesures de confinement visant à enrayer la propagation du virus ont provoqué un chômage de masse et plongé des millions de personnes dans l’extrême pauvreté.

La santé mentale et le bien-être de sociétés entières ont été gravement touchés par la crise et constituent une priorité à traiter d’urgence selon le Secrétaire général des Nations Unies, qui a publié une note stratégique sur le Covid-19 et la nécessité de mettre en place des mesures en matière de santé mentale. Confrontés à une lutte quotidienne pour leur survie, nombreux sont ceux qui risquent de voir leurs besoins en matière de santé mentale totalement négligés.

« De nombreuses personnes ont perdu leur emploi et craignent constamment d’être expulsées … ou de manquer de nourriture, et ne savent pas quoi faire de leurs enfants qui sont enfermés », a déclaré Loredana Hernández Giraud, une psychologue vénézuélienne vivant à Lima, la capitale péruvienne. Elle travaille bénévolement pour une ligne d’assistance téléphonique gérée par Unión Venezolana, une ONG qui aide les réfugiés et les migrants vénézuéliens en détresse.

« Nous voyons toutes sortes de cas, mais l’un des plus courants est celui des attaques de panique liées au confinement. »

Elle définit son travail comme relevant des « premiers secours psychologiques » et dit entendre régulièrement des témoignages de personnes aux prises avec l’anxiété, la dépression et même des pensées suicidaires, ainsi que ce qu’elle appelle le « deuil migratoire » – un sentiment de perte profonde provoqué par le fait d’avoir dû fuir son pays et sa communauté d’origine.

Comme David, Loredana se sent proche de ceux qu’elle traite. Depuis son arrivée au Pérou en 2018, cette psychologue de 29 ans a dû faire face aux mêmes difficultés que ses patients, luttant pour reconstruire sa vie en partant de rien dans un pays étranger.

En plus de son travail à la permanence téléphonique, Loredana fait partie d’un groupe d’une cinquantaine de professionnels vénézuéliens de santé mentale basés en Amérique du Sud et qui organisent leurs propres séances de groupe via Zoom.

« Nous faisons un peu de thérapie pour nous-mêmes, en partageant nos expériences et en parlant de la façon dont nous gérons cette situation », explique-t-elle, ajoutant qu’en tant que réfugiés et migrants, « nous sommes nous aussi vulnérables d’une manière ou d’une autre. »

« Nous sommes résilients. Nous avons connu des moments plus difficiles encore. »

Le HCR s’efforce de fournir aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays un soutien en matière de santé mentale et psychosociale. Au Pérou, les organisations partenaires de l’agence ont assuré des centaines de consultations en santé mentale et psychosociale depuis le début de la pandémie.

Le HCR a lancé un appel pour obtenir des ressources supplémentaires dans le but de renforcer ses initiatives en matière de santé mentale, qui font partie intégrante de la réponse à la crise provoquée par le coronavirus. La santé mentale figure également parmi les besoins essentiels repris dans le plan de réponse humanitaire mondial dédié au Covid-19 et lancé par le Secrétaire général des Nations Unies en mars dernier, puis révisé à la hausse la semaine dernière face à l’augmentation des besoins.

« Les problèmes de santé mentale, notamment la dépression et l’anxiété, sont parmi les plus grandes causes de souffrance dans le monde », a déclaré le Secrétaire général, António Guterres, dans un message vidéo marquant la publication de sa note de synthèse sur la santé mentale dans le contexte de la pandémie de coronavirus. « Les services de santé mentale doivent faire partie intégrante des réponses gouvernementales à la pandémie. Ils doivent être renforcés et intégralement financés. »

Pieter Ventevogel, responsable de la santé mentale au HCR, s’est fait l’écho de ces propos.

« Proposer aux populations un accompagnement en matière de santé mentale n’est pas un luxe », a-t-il expliqué. « Cela ne permettra pas de faire disparaître les difficultés, mais cela contribuera à aider les personnes à surmonter une mauvaise passe en les aidant à mieux gérer leurs émotions. Cela peut être déterminant pour surmonter une situation difficile et ne pas céder au désespoir. »

Selon Loredana, la bénévole de la permanence téléphonique à Lima, ces mêmes épreuves qui rendent les réfugiés vulnérables aux problèmes de santé mentale sont également une immense source de force.

« Nous sommes résilients. Nous avons connu des moments plus difficiles encore », a-t-elle déclaré. « C’est le message que nous essayons de faire passer auprès de ceux que nous aidons. »

Pour de plus amples informations sur le thème de la santé mentale et du soutien psychosocial, voir aussi Basic Psychosocial Skills- A Guide for COVID-19 Responders (Compétences psychosociales de base : un guide pour les intervenants de la crise du Covid-19).

Publie par le HCR, le 14 mai 2020