Zeinab escaped to Chad with her two children after armed men attacked her home in El Geneina and killed her husband. © UNHCR/Hadja Lalla Sy

Après avoir fui les terribles violences qui sévissent dans l’ouest du Darfour, au Soudan, les réfugiés arrivent au Tchad traumatisés et souvent accompagnés d’enfants souffrant de malnutrition

Par Lalla Sy à Farchana, Tchad


Zeinab, 22 ans, se souvient de ce matin du mois de mai où des hommes armés ont attaqué sa maison à El Geneina, la capitale de l’État du Darfour occidental au Soudan.


Ils ont abattu son mari et ses cinq frères tandis qu’elle se cachait avec ses deux enfants. Le mari de Zeinab a succombé à une blessure par balle à l’estomac. Certains de ses frères sont morts quelques jours plus tard.

Après que Zeinab et ses enfants eurent quitté la maison, « ils l’ont brûlée ainsi que toutes les autres maisons environnantes. Nous nous sommes cachés et nous avons erré sans savoir où aller », explique-t-elle.

« Les habitants d’Adré nous ont accueillis chaleureusement et, tout de suite, beaucoup d’entre eux se sont cotisés pour nous acheter du pain. »

Zeinab

Déclenchés à Khartoum en avril, les combats entre deux factions militaires rivales se sont rapidement étendus à d’autres parties du pays, notamment à la région du Darfour occidental, où ils ont ravivé des tensions ethniques et intercommunautaires anciennes. L’État du Darfour occidental est devenu l’épicentre du conflit dans la région. Des rapports y font état de violences généralisées à l’encontre des civils.

Le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies a récemment indiqué que des attaques « à caractère ethnique » (déclaration en anglais) au Darfour avaient entraîné la mort de centaines de personnes, principalement de la communauté ethnique Masalit à laquelle Zeinab et sa famille appartiennent.

Un périple éprouvant

Après la mort de son mari, Zeinab a dû se démener pour trouver de la nourriture. « Pendant 45 jours, nous n’avons mangé que des haricots. Et nous ne pouvions avoir de l’eau que la nuit », raconte-t-elle. « Puis j’ai entendu dire que des gens se réfugiaient au Tchad. »

Ses proches ont rassemblé 20 000 livres soudanaises (33 dollars) pour qu’elle et ses enfants puissent prendre un véhicule en direction du Tchad, où plus de 420 000 réfugiés soudanais, principalement des femmes et des enfants, ont fui depuis le mois d’avril. Nombre d’entre eux arrivent dans des conditions difficiles, notamment avec des blessures par balle ou des enfants souffrant de malnutrition.

Au cours de ce voyage éprouvant, la voiture dans laquelle Zeinab se trouvait a été arrêtée par des hommes armés qui l’ont identifiée comme appartenant à la communauté Masalit et lui ont demandé de l’argent pour avoir la vie sauve. Elle n’avait rien à leur donner, mais son chauffeur est intervenu.

Zeinab et son fils sur le seuil de leur nouvel abri. © HCR/Hadja Lalla Sy

« Ils lui ont demandé 10 000 livres (15 dollars) pour m’épargner, et c’est alors qu’il leur a donné l’argent pour que je ne me fasse pas tuer », explique-t-elle. « Les enfants pleuraient, et c’est grâce au chauffeur que j’ai eu la vie sauve. »

Ils ont ensuite été arrêtés une deuxième fois et le chauffeur a de nouveau plaidé en faveur de la vie de la jeune femme. Lorsqu’ils sont arrivés dans la ville frontalière d’Adré, au Tchad, elle et ses enfants n’avaient pas mangé depuis plusieurs jours.

« Les habitants d’Adré nous ont accueillis chaleureusement et, tout de suite, beaucoup d’entre eux se sont cotisés pour nous acheter du pain et nous donner de la nourriture et de l’eau à boire », se souvient Zeinab.

Les réfugiés vivent dans des abris de fortune et n’ont qu’un accès limité aux services de base tels que l’eau, les soins de santé ou la nourriture.

Des besoins croissants

Bien qu’il soit l’un des pays les plus pauvres du monde, le Tchad accueille aujourd’hui la majeure partie des 800 000 personnes qui ont fui le Soudan, en plus des 180 000 réfugiés qu’il accueillait déjà, principalement en provenance de la République centrafricaine, du Cameroun et du Nigéria. Aujourd’hui, une personne sur 17 dans le pays est un réfugié.

« Les besoins sont vraiment énormes en termes de protection et d’assistance, en termes d’abris, d’eau et d’assainissement », indique Laura Lo Castro, Représentante du HCR au Tchad. « De nombreuses choses ont déjà été faites, avec la construction d’abris et de puits et l’organisation de services de santé, mais les besoins restent immenses. »

« Nous avons besoin de fonds pour établir de nouveaux camps de réfugiés parce qu’à Adré, 150 000 personnes attendent encore d’être relogées. »

Dans un communiqué commun publié cette semaine, le HCR et l’OMS ont tiré la sonnette d’alarme sur la détérioration de la situation sanitaire provoquée par la crise au Soudan. Une campagne de dépistage menée récemment au Tchad a révélé que près de 13 000 enfants soudanais de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

Le HCR travaille en étroite collaboration avec le gouvernement tchadien et ses partenaires pour répondre aux besoins les plus immédiats des réfugiés et de leurs communautés d’accueil, mais les fonds alloués demeurent insuffisants, que ce soit pour répondre aux besoins immédiats ou pour permettre la mise en place de solutions à long terme qui permettraient de renforcer la résilience des populations

Une nouvelle section a été construite au camp de Farchana dans la province du Ouaddaï au Tchad, où plus de 4 000 réfugiés soudanais ont été relocalisés depuis la frontière. © HCR/Ariadne Kypriadi

Après quelques semaines à Adré, Zeinab a été transférée à Farchana, l’un des nombreux camps de réfugiés préexistants où les nouveaux arrivants ont été relogés pour alléger la pression à la frontière.

« Je suis très reconnaissante envers les travailleurs humanitaires qui nous ont amenés ici », dit-elle. « Avant cela, nous n’avions pas d’abri, pas de matelas pour dormir et pas de toilettes. Maintenant, ils m’ont donné une habitation, des nattes, des couvertures et des moustiquaires, et je suis assez bien installée. »

À son arrivée au Tchad, elle faisait encore des cauchemars liés à la mort de son mari et pleurait sans cesse. « C’était comme si je devenais folle. »

Bien que sa situation soit encore difficile, elle commence à penser à l’avenir. « J’aimerais avoir une activité [génératrice de revenus], avec l’aide des ONG, pour améliorer mes conditions de vie et la situation de mes enfants et ne plus dépendre de l’aide d’autrui », dit-elle.

« Je pense à l’avenir de mes enfants, à leur scolarité. J’aimerais pouvoir bien m’occuper d’eux et leur donner une bonne éducation, mais je n’ai pas encore les moyens de le faire. »

Avec le concours de Moulid Hujale à Nairobi (Kenya).

Publie par le HCR, le 29 septembre 2023.

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