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Commentaire d’Andrew Harper, récemment nommé conseiller spécial du HCR pour l’action climatique, qui assiste à Madrid à la Conférence de l’ONU sur le changement climatique, connue sous le nom de COP 25.

Vue aérienne de la ville de Beira, au Mozambique, lors d’inondations dues au passage du cyclone Idaï. Mars 2019

Vue aérienne de la ville de Beira, au Mozambique, lors d’inondations dues au passage du cyclone Idaï. Mars 2019. © HCR/Alissa Everett

« Face au changement climatique qui amplifie la fréquence et l’intensité des catastrophes soudaines, davantage de gens seront confrontés au risque de déplacement à moins qu’une action urgente ne soit entreprise.

Pour le premier semestre de l’année seulement et selon les statistiques de l’Observatoire des déplacements internes, les tempêtes, les inondations et autres catastrophes ont généré plusieurs millions de nouveaux déplacés – certaines de ces personnes ayant déjà été déplacées plus d’une fois.

Au HCR, nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que les répercussions du changement climatique, notamment l’épuisement des ressources naturelles, la diminution des récoltes et le déclin des troupeaux, vont multiplier les menaces de conflit et d’instabilité qui induisent des crises humanitaires et de nouveaux déplacements, à l’intérieur des frontières comme au-delà.

Des pays déjà fragiles pourraient se retrouver encore davantage à risque de l’éruption d’un conflit en raison des effets du changement climatique. Nous voyons déjà ce scénario à l’œuvre dans le Sahel par exemple.

En Somalie, un pays particulièrement vulnérable aux changements climatiques, plus de 746 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur depuis le début de l’année par suite d’une aggravation de la sécheresse, des inondations et du conflit.

Dans les régions vulnérables aux aléas climatiques et souvent victimes de catastrophes naturelles, les chances d’un retour des réfugiés et des déplacés internes s’amenuisent elles aussi.

Les populations de déplacés existantes, que ce soit du fait du conflit, de la violence ou d’autres motifs, ainsi que leurs communautés hôtes sont également parmi les plus exposées aux effets du changement climatique.

Les pays en développement accueillent 84% des réfugiés dans le monde et sont souvent les plus vulnérables face au climat. Les aléas et phénomènes météorologiques extrêmes dans ces régions d’accueil de réfugiés viennent bouleverser des vies, exacerber les besoins humanitaires, voire forcer des individus à fuir de nouveau.

Cette année, les équipes du HCR sur le terrain ont dû mettre en place des réponses humanitaires urgentes face à l’aggravation des conditions ainsi qu’aux déplacements secondaires provoqués par les catastrophes et les aléas climatiques dans différents pays qui accueillent des réfugiés.

Récemment en octobre, des inondations sans précédent dans le comté sud-soudanais de Maban ont impacté 200 000 réfugiés soudanais et les populations des communautés hôtes. En juillet, plus de 2100 réfugiés rohingyas ont dû être déménagés dans l’installation de Cox Bazar, au Bangladesh, en raison des pluies diluviennes de mousson et des glissements de terrain. Au Zimbabwe, le camp de réfugiés de Tongogara où vivent plus de 13 000 réfugiés a également subi de gros dégâts avec le passage du cyclone Idaï.

Nous devons faire davantage pour venir en aide à ces États qui font leur possible pour protéger les réfugiés, alors même qu’ils sont souvent les plus exposés aux calamités résultant du changement climatique. Nous ne pouvons faire défaut ni à ces États, ni aux personnes parmi les plus vulnérables qui ont cherché refuge sur leur territoire.

Investir dans les États à risque et les aider à réduire leur vulnérabilité aux impacts du changement climatique est essentiel pour permettre à ces États de s’adapter aux défis futurs, tout en renforçant leur capacité à continuer de protéger les populations déracinées qui cherchent refuge sur leur territoire.

Le HCR est une agence de protection confrontée à un monde en rapide mutation, mais dotée de l’expertise nécessaire pour apporter un soutien pratique aux pays d’accueil de réfugiés qui, sans l’avoir cherché, sont ou seront en première ligne de la lutte contre le changement climatique durant la décennie à venir.

Nous avons pour objectif de travailler avec les États qui protègent ces populations déracinées et d’aider les communautés d’accueil à s’adapter à un environnement plus hostile.

L’action anticipée étant essentielle pour prévoir, atténuer et préparer les crises à venir, le HCR appelle à une action urgente — notamment fondée sur l’amélioration des systèmes d’alerte précoce, les prévisions reposant sur des éléments factuels et les stratégies de réduction des risques de catastrophe — et à une augmentation des efforts visant l’adaptation et la résilience.

Ces mesures contribueront à s’assurer que les communautés puissent faire face plus efficacement aux dangers, y compris en diversifiant leurs moyens d’existence.

Le HCR appelle également la communauté internationale des donateurs à appuyer les solutions globales et spécialisées d’adaptation au changement climatique et l’application de cadres de protection efficaces pour les populations déracinées par les aléas climatiques.

Le tout premier Forum mondial sur les réfugiés, une manifestation internationale consacrée aux réfugiés, se tiendra à Genève les 17 et 18 décembre prochains, sera l’occasion pour la communauté internationale d’annoncer son soutien et de s’engager à agir. L’énergie et le climat comptent parmi les six thèmes à l’ordre du jour du Forum. »

Publie par le HCR, le 11 décembre 2019