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Opinion : Nous devons témoigner sur la « pire crise humanitaire au monde »

Deux fillettes déplacées sont assises sur les marches d’un site d’hébergement à Aden. ©UNHCR/Mohammed Mukhawesh

Par Jean-Nicolas Beuze, Représentant Précédent du HCR au Canada

Je suis le nouveau Représentant du HCR au Yémen, et je vous écris ces mots depuis notre base à Sanaa, la capitale du Yémen, au pied du Mont Nuqum, dans la partie occidentale du pays.

La dernière fois que je suis venu ici, c’était en 2013, pendant le processus de paix et de réconciliation qui s’est avéré de très courte durée. Depuis lors, et suite à la reprise des combats en 2015, le pays s’est engagé dans ce que l’ONU a appelé « la pire crise humanitaire au monde ».

Ce terme est loin d’être une exagération. En chiffres, cela se traduit par un pays dont 80 pour cent de la population, soit 28 millions de personnes, nécessitent une aide humanitaire.

Imaginez un endroit où la plupart des enfants et des familles peinent tous les jours à trouver de la nourriture et de l’eau. Il y a quelque temps, vous avez peut-être vu ces photos déchirantes montrant des enfants yéménites affamés et souffrant d’une grave malnutrition. Pour beaucoup, c’est une chance s’ils peuvent bénéficier d’un repas par jour et d’un peu d’eau potable.

En 2019, environ 3,2 millions de Yéménites souffrant de malnutrition aiguë ont dû être pris en charge, dont deux millions d’enfants de moins de cinq ans et plus d’un million de femmes enceintes et qui allaitent. Dans ces conditions, les gens sont plus susceptibles de contracter des maladies, parmi lesquelles le choléra qui est désormais courant. L’année dernière, l’Organisation mondiale de la Santé a signalé près d’un million de cas suspects de choléra au Yémen.

Un groupe de Yéménites et de personnes déplacées jouent sur un terrain de jeu au milieu des ruines à Aden. ©UNHCR/Saleh Bahulais

Les enfants ne peuvent plus être vaccinés. La ligne de front change en permanence. Les bombardements sont incessants. Il existe une pénurie de fournitures médicales. À cause de l’insécurité constante, nous n’avons pas accès à la population. Il n’y a pas suffisamment de moyens financiers pour acheter et distribuer des vaccins par exemple, ou pour les écoles ou les abris. Les gens n’ont pas de travail. Il s’agit d’une situation dans laquelle tout le monde est en mode de survie.

Malgré tout, mes collègues sur le terrain me disent à quel point les Yéménites font preuve de résilience. Je l’avais constaté en 2013 et je sais que j’en serai encore témoin.

Près de 3,5 millions de personnes ont été déplacées de leurs foyers par les combats. Ils sont déracinés à l’intérieur du Yémen – où pourraientils aller de toute façon?

Ce qui m’a le plus surpris, et peut-être le plus attristé, c’est que chaque mois, plus de 10 000 Éthiopiens et Somaliens, entre autres, font le périlleux voyage vers le Yémen pour y chercher aide et protection. Que dire de l’état de notre monde lorsque des réfugiés et des migrants voient dans un pays comme le Yémen, déjà appauvri et confronté à un conflit depuis déjà cinq ans, une solution aux épreuves qu’ils fuient chez eux?

Cela ne fait que quelques mois que j’ai quitté mon poste avec le HCR au Canada. Malgré la distance physique, culturelle et économique avec de nombreuses urgences humanitaires, l’équipe du HCR Canada et les Canadiens continuent de lutter pour un monde meilleur.

« Malgré tout, mes collègues sur le terrain me disent à quel point les Yéménites font preuve de résilience. Je l’avais constaté en 2013 et je sais que j’en serai encore témoin »

Il nous incombe de dire au monde ce qui se passe au Yémen. J’ai été choqué d’apprendre que l’appel international à l’aide humanitaire pour répondre à la crise syrienne équivalait à 2,6 milliards de dollars par an. Cependant, celui pour le Yémen ne représente que la moitié de ce montant, soit 1,7 milliard de dollars par an. L’aide humanitaire ne devrait jamais faire l’objet d’une concurrence, pourtant certaines urgences passent inaperçues. Selon moi, le Yémen est l’une d’elles.

Dans ce pays, le HCR dispose d’une équipe de plus de 200 personnes dévouées qui oeuvrent pour sauver et protéger la population. Le HCR et ses partenaires travaillent 24 heures sur 24 pour fournir de l’eau, de la nourriture, des abris, des médicaments et une protection aux personnes vulnérables et souvent traumatisées. Nous avons plus que jamais besoin de votre engagement et de votre voix pour informer et éduquer davantage de Canadiens sur l’urgence humanitaire que connaît le Yémen.

Pour en savoir plus, veuillez consulter la page unhcr.ca/yemen.

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