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La nouvelle vie d’un entrepreneur hongrois au Canada

Tom Mihalik dans sa boutique de vêtements du marché de Kensington, à Toronto. © HCR/Annie Sakkab

Il y a 50 ans, un jeune garçon a fui la Hongrie pour trouver refuge au Canada. Aujourd’hui, il a réalisé son rêve et dirige sa propre entreprise.

Par Leyland Cecco et Annie Sakkab à Toronto, Canada


Tom Milhalik vend des costumes d’homme au marché de Kensington à Toronto. Des complets gris, des bleus, des costumes pour les entretiens d’embauche, les obsèques et les mariages… La popularité de sa boutique atteste de la détermination et du dur travail dont il a fait preuve depuis son arrivée en 1967 en tant que réfugié hongrois.


« N’importe qui pouvait ouvrir une boutique au marché de Kensington et votre origine n’avait aucune importance, » se souvient Tom. « Peu importait votre langue, votre couleur ou votre religion, il fallait juste faire ses preuves. »

Voilà longtemps que le marché de Kensington offre leurs premiers débouchés aux déplacés. Le père de Tom, William Mihalik, a monté son magasin de costumes après avoir fui le soulèvement hongrois de 1956. La famille a été contrainte de vivre séparée pendant 12 ans.

« Il fallait juste faire ses preuves. »

Ce père absent tenait une place de choix dans l’imagination de son fils, nourrie par les bavardages et les histoires des amis et membres de la famille.

« En Hongrie, tout le monde disait : ‘Tommy, tu t’en vas au pays du lait et du miel !’ » ajoute-t-il en riant. Il ne savait pas grand-chose de ce qui l’attendait, sinon que William était propriétaire d’un magasin de vêtements et d’ameublement, ce qui ne l’empêchait pas de combler les lacunes de ses rêves d’enfant.

Tom se souvient de son excitation à sa première visite au magasin de son père dans le centre-ville de Toronto.

Tout s’est écroulé pour lui en arrivant devant le magasin de William dont les fenêtres étaient bardées d’épaisses barres en acier. « La nuit était sombre… et mon père m’a montré notre magasin avec fierté. Ce n’était pas ce auquel je m’attendais. Moi, j’avais imaginé quelque chose de grandiose. »

Tom travaillait à la boutique avant et après l’école. C’est rapidement devenu une obsession. Avec le temps, le magasin s’est agrandi et a déménagé plus bas dans la rue, toujours dans le marché de Kensington.

Après avoir racheté l’affaire à son père en 1987, Tom s’est vite rendu compte de la solidarité entre les commerçants du quartier. Les coûts de personnel et les charges absorbaient le peu d’argent qui entrait dans les caisses et il n’avait plus les moyens de payer le loyer.

« Je suis allé voir ma voisine pour lui demander de me prêter huit cents dollars. Elle m’a tout de suite dit : ‘Tom, ça nous ferait très plaisir,’ » raconte-t-il. « Ça donne une bonne idée de la solidité de cette communauté. Elle m’a prêté l’argent sans y réfléchir à deux fois. »

Frôler la faillite est venu confirmer ce qu’il avait toujours su : la communauté, ça compte.

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La mère de Tom n’a jamais cessé de donner la main au magasin jusqu’à sa mort. © HCR/Annie Sakkab

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Voilà 15 ans que Tran Duc Tu travaille avec Tom après avoir fui le Vietnam en 1977. © HCR/Annie Sakkab

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« Jusqu’à sa mort, ma mère n’a jamais manqué une journée de travail, » dit Tom. © HCR/Annie Sakkab

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La popularité de la boutique atteste de la détermination et du dur travail dont Tom a fait preuve. © HCR/Annie Sakkab

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Originaire d’Italie, Mario Aristodemo a travaillé trois mois avec Tom. © HCR/Annie Sakkab

« Quand on intègre une communauté comme le marché de Kensington, qu’on arrive avec rien, mais vraiment rien, qu’on est le plus faible maillon de la chaîne et que l’on finit par prospérer, il faut contribuer et rendre un peu de l’argent qu’on a gagné. C’est un devoir. S’acquitter de sa dette envers la communauté, c’est une responsabilité. »

Depuis l’arrivée des Mihalik à la fin des années 50, puis des années 60, nombre d’entrepreneurs réfugiés, Somaliens, Éthiopiens, Vietnamiens et autres, sont venus tenter leur chance au marché de Kensington.

Avec le temps, l’endroit s’est complètement métamorphosé : les magasins d’alimentation et d’ameublement ont été remplacés par des cafés et des boutiques de vêtements. En revanche, le magasin de Tom est resté globalement inchangé, faisant de lui une figure du quartier.

À l’arrière de la boutique, une rangée de tailleurs travaille méticuleusement sur des montagnes de vêtements, témoignage de la réussite de Tom sur ce marché. Tran Duc Tu, un réfugié vietnamien qui a fui son pays en 1977, travaille pour Tom depuis 15 ans.

Durant toute cette période, Tom a reçu de nombreux prix et témoignages de gratitude pour ses contributions à des œuvres de bienfaisance, des hôpitaux et des personnes abandonnées par la chance.

« S’acquitter de sa dette envers la communauté, c’est une responsabilité. »

« En tant que Canadiens, il est aussi de notre responsabilité de rendre à cet extraordinaire pays ce qui nous a été donné. Ne pas se contenter de prendre, mais savoir aussi rendre la pareille, » dit-il. « Il est vraiment question de s’engager en tant que Canadien et on en voit les résultats sur nos enfants et nos petits-enfants. »

Il attribue le succès de son magasin non pas tant à son sens des affaires qu’au soutien inébranlable de sa famille. « Ma sœur travaille au magasin depuis qu’elle a 12 ans, ou peut-être 13 ou 14 ans, » dit-il. « Quant à ma mère, elle n’a jamais manqué une seule journée de travail jusqu’à sa mort. »

Son fils, Tom junior, a récemment ouvert un deuxième magasin au cœur du quartier financier de Toronto. Même si les boutiques désormais bien garnies n’ont plus grand-chose en commun avec le premier magasin ouvert par William à son arrivée au Canada, elles restent fidèles à leurs origines.

« Nous avons vraiment beaucoup, beaucoup travaillé pour arriver là où nous en sommes aujourd’hui, » constate Tom en balayant du regard les rangées de costumes durant les heures paisibles après la fermeture. « J’espère que nous pourrons continuer à travailler comme cela pendant une bonne soixantaine d’années encore. »


« Autrefois et de nos jours », une série de profils de réfugiés arrivés au Canada au fil des années, en quête de sécurité, de stabilité et d’une vie meilleure. Dès 1956, année où le Canada a accepté son premier groupe de réfugiés, le projet utilise des photos d’archives et de famille pour raconter les parcours de réfugiés originaires de Hongrie, du Vietnam, de l’Ouganda, de la Somalie, de la Colombie, du Cambodge, du Burundi et du Salvador.​


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Publié par le HCR, le 05 juillet 2017