On voit des personnes transportant leurs effets personnels gravir une colline de sable, tandis que d’autres sont visibles à l’arrière-plan sur une berge bordée d’énormes rochers.

Des réfugiés fuyant les violences dans la région du Tigré, en Éthiopie, traversent la rivière Tekeze pour entrer au Soudan en novembre 2020. © HCR/Hazim Elhag

Ceci est un résumé des propos tenus par Elizabeth Tan, directrice de la protection internationale et des solutions au HCR – à qui toute citation peut être attribuée – lors du point de presse de ce jour, au Palais des Nations à Genève.

GENÈVE – Soixante-quinze ans après son ouverture à la signature, le 28 juillet 1951, la Convention relative au statut des réfugiés demeure le socle du système international de protection des réfugiés et l’un des instruments juridiques internationaux les plus importants jamais adoptés.

Née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle a consacré un principe simple mais fondamental : les personnes contraintes de fuir les persécutions, les conflits ou la violence doivent pouvoir trouver sécurité et protection.

Aucune société n’est à l’abri de la guerre, des persécutions ou de bouleversements soudains. C’est sur cette vérité universelle que la Convention a été bâtie : quiconque est contraint de fuir doit être protégé.

Depuis sept décennies et demie, elle est une planche de salut pour celles et ceux qui fuient les conflits et la persécution, de l’Europe de l’après-guerre aux guerres de libération nationale en Afrique, des conflits d’Indochine aux dictatures militaires d’Amérique latine, jusqu’aux crises plus récentes en Afghanistan, en Syrie, en Ukraine et au Soudan.

Au total, 149 États sont parties à la Convention, à son Protocole de 1967, ou aux deux, ce qui en fait l’un des cadres juridiques internationaux recueillant la plus large adhésion. Ensemble, la Convention et son Protocole définissent qui est un réfugié, énoncent les droits des réfugiés et fixent les normes de traitement que les États se sont engagés à respecter. Le principe fondamental de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un lieu où elle risquerait d’être exposée à la persécution, à la torture ou à d’autres atteintes graves, est reconnu par le droit international coutumier, lequel s’applique à tous les pays, qu’ils aient ou non adhéré à la Convention.

La Convention a démontré sa capacité à évoluer et à conserver toute sa pertinence face aux défis contemporains. Grâce aux évolutions de la pratique des États, de la jurisprudence et des orientations du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, elle a permis d’étendre la protection à des situations telles que la persécution fondée sur le genre, le recrutement forcé ou les risques exacerbés par les effets du changement climatique lorsque ceux-ci se conjuguent à un conflit, à la persécution ou à d’autres atteintes graves.

Dans un monde confronté à des niveaux de crise et d’instabilité sans précédent – plus de 130 conflits armés ont été recensés en 2025, selon le Comité international de la Croix-Rouge –, quelque 41,6 millions de réfugiés demeurent déracinés. Alors même que le débat se polarise, le soutien du public au droit d’asile reste solide : environ deux tiers des personnes interrogées cette année par Ipsos dans 29 pays estiment que les personnes fuyant la guerre ou les persécutions devraient pouvoir trouver refuge dans un autre pays.

Le système d’asile mondial est toutefois soumis à de fortes pressions. Près de 70 % des réfugiés sont accueillis dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, confrontés pour beaucoup d’entre eux à leurs propres difficultés économiques et de développement. Par ailleurs, sept réfugiés sur dix vivent en exil depuis cinq ans ou plus.

Certains soutiennent que la Convention n’est plus adaptée au monde globalisé d’aujourd’hui, marqué par des mouvements mixtes de population et des systèmes d’asile sous tension. Ce n’est pas notre analyse. La Convention demeure le cadre qui permet aux États de distinguer les personnes ayant besoin d’une protection internationale de celles qui n’en relèvent pas, tout en garantissant que nul ne soit renvoyé vers la persécution, la torture ou d’autres atteintes graves. Des procédures de détermination du statut de réfugié équitables et efficaces permettent de protéger les réfugiés, de rassurer les communautés d’accueil et de préserver la confiance dans les systèmes d’asile. Le HCR est prêt à intensifier son travail avec les États et ses partenaires afin d’atténuer les contraintes de capacité et de veiller à ce que les décisions soient à la fois bien fondées et rendues aussi rapidement que possible. Les personnes qui n’ont pas besoin d’une protection internationale ne devraient pas se voir accorder l’asile et leur retour peut être organisé, dans la sécurité et la dignité. Cela aussi participe de la crédibilité du système d’asile.

Dans le même temps, la gestion des frontières doit rester pleinement ancrée dans les principes de protection. Nous sommes préoccupés par les pratiques qui restreignent l’accès à l’asile, notamment les refoulements aux frontières, le refus d’accès au territoire et les retours forcés. La Convention offre aux États un cadre pour gérer leurs frontières tout en protégeant les personnes dont le besoin de protection internationale est clairement établi.

À ces pressions s’ajoutent de graves déficits de financement. Le HCR n’étant financé qu’à hauteur de 31 % à la fin du mois de juin, les services essentiels destinés aux personnes contraintes de fuir, y compris aux groupes les plus vulnérables, s’en trouvent limités.

À l’occasion du 75e anniversaire de la Convention, le HCR appelle à un engagement renouvelé en faveur de l’institution de l’asile, à une coopération internationale renforcée et à un soutien accru aux réfugiés comme aux communautés qui les accueillent. À travers une série de dialogues organisés en 2026 – aux niveaux local, régional et mondial, avec les gouvernements, la société civile, les réfugiés, le secteur privé et d’autres parties prenantes –, nous travaillons à identifier des pistes concrètes pour renforcer la protection et faire progresser les solutions.

Soixante-quinze ans plus tard, la Convention met à l’épreuve notre volonté collective de protéger les personnes contraintes de fuir et de préserver l’accès à l’asile pour celles et ceux qui en ont besoin.

la Convention relative au statut des réfugiés

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