Le réfugié érythréen Solomon Gebreyonas Alema, 29 ans, devant son oeuvre à son domicile à Tripoli, en Libye

Le réfugié érythréen Solomon Gebreyonas Alema, 29 ans, devant son oeuvre à son domicile à Tripoli, en Libye. © HCR/Mohamed Alalem

Pendant le confinement dû à la pandémie de Covid-19 et au milieu des dangers du conflit, la peinture et le dessin offrent une échappatoire à un réfugié face aux défis quotidiens de la vie à Tripoli.

Dans un bâtiment inachevé d’un quartier dévasté de Tripoli, Solomon Gebreyonas Alema, un réfugié érythréen de 29 ans, passe la plupart de son temps à dessiner et à peindre.


Une petite pièce dans le bâtiment peu éclairé et surpeuplé qui abrite environ 200 réfugiés originaires d’Érythrée, d’Éthiopie et du Soudan a été désignée par les résidents comme une « salle d’art » – un espace où les gens peuvent peindre, dessiner, écrire et jouer de la musique.

Depuis la mi-mars, peu de résidents ont été en mesure de s’aventurer loin du bâtiment en raison de sévères restrictions sur les mouvements introduites pour limiter la propagation du Covid-19 en Libye, ainsi que des préoccupations de sécurité liées au conflit à Tripoli, qui faisait rage encore récemment, et ce depuis plus d’un an. Cela a empêché la plupart d’entre eux de pouvoir gagner de l’argent grâce à des emplois en tant que journalier.

« Peindre pour moi, c’est la vie…»

« Peindre pour moi, c’est la vie, je ne veux pas en être privé », a dit Solomon, alors qu’il montrait ses croquis et ses dessins. « Lorsque nous obtenons de l’argent, nous le dépensons pour répondre à des besoins essentiels, comme la nourriture et le loyer. Cependant, l’art est aussi essentiel pour moi, pour ma vie, et mes amis et d’autres personnes autour de moi aident de toutes les manières qu’ils peuvent en me fournissant certains articles pour la peinture et le dessin. »

Solomon dessine et peint depuis qu’il est enfant. Il est autodidacte et n’a jamais suivi de cours d’art. Sa foi éclaire une grande partie de son œuvre – de grandes toiles aux couleurs riches et vibrantes représentant des scènes bibliques, y compris des figures de saints.

Ces peintures lui donnent non seulement un but et une inspiration, a déclaré Solomon, mais elles ont également aidé d’autres réfugiés érythréens et éthiopiens qui luttent pour survivre en Libye.

« Nous n’avons nulle part où prier dans ce pays. Nous utilisons donc ces photos », a-t-il expliqué. « Les gens, quand ils prient, ont une sorte d’espoir et, en utilisant ce tableau pour prier, les gens gardent leur foi et se sentent protégés du danger. »

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Près de 49 000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés vivent actuellement en Libye. Beaucoup sont victimes de violence et d’abus au cours de leur voyage, ainsi qu’en détention lorsqu’ils arrivent en Libye. La plupart d’entre eux continuent de faire face quotidiennement à d’énormes défis alors qu’ils peinent à joindre les deux bouts.

Beaucoup sont entrés clandestinement dans le pays, comme Solomon qui a quitté sa maison et sa famille, déterminé à trouver un endroit sûr pour étudier et faire une carrière en tant que peintre professionnel. Il a payé 5 500 dollars à des passeurs pour se faire transporter jusqu’en Europe. Il a payé cette somme avec l’aide de sa mère, qui a vendu ses bijoux en or, et de l’argent de proches de la diaspora érythréenne.

Sa tentative d’atteindre l’Europe par bateau a toutefois pris fin lorsque le navire a été intercepté par les garde-côtes libyens et qu’il a été placé dans un centre de détention avec d’autres.

Lorsqu’il a été libéré dans la ville de Tripoli, il a attrapé la tuberculose – une maladie courante chez les réfugiés vivant dans des conditions difficiles et insalubres – et est retourné dans un autre centre de détention pour obtenir de l’aide médicale, car il n’avait pas les moyens de vivre à l’extérieur et de subvenir à ses besoins.

«…nous vivons notre vie au jour le jour »

Il est maintenant reconnaissant de vivre dans un endroit où il a l’appui d’autres membres de sa collectivité, malgré les conditions difficiles.

« Le coronavirus est dans toutes les têtes. Nous sommes aussi inquiets car la plupart d’entre nous vivons une vie au jour le jour », explique-t-il, en disant qu’avec ses colocataires et ses amis, la nourriture et d’autres articles sont partagés au sein du groupe.

« Honnêtement, je préférerais dépenser tout ce que j’ai en matériaux pour peindre. Mais la vie est très difficile et il n’est pas facile de se concentrer sur la peinture quand il y a d’autres choses vraiment importantes qui sont des priorités pour nous, ce qui est nécessaire à notre survie », a-t-il indiqué.

Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et ses partenaires fournissent de l’aide aux réfugiés et aux demandeurs d’asile qui vivent en milieu urbain en Libye, notamment des documents d’identité, des allocations d’aide en espèces pour les personnes les plus vulnérables, des articles d’hygiène et ménagers, de l’aide médicale et un soutien psychosocial.

En collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM), l’agence commencera également à fournir une aide alimentaire d’urgence mensuelle à quelque 10 000 réfugiés et demandeurs d’asile jusqu’à la fin 2020, afin d’aider ceux qui ont du mal à subvenir à leurs propres besoins et qui ont perdu l’accès au travail quotidien en raison des restrictions liées à la pandémie de Covid-19.

Voir aussi : Le HCR et le PAM travaillent conjointement pour fournir une aide alimentaire d’urgence à des milliers de réfugiés et de demandeurs d’asile en Libye

L’un des plus récents croquis de Solomon, qu’il transforme en tableau, montre la vie à Tripoli pendant la pandémie de coronavirus. Un côté du dessin représente la ville en guerre : bombardements, combats et chars en mouvement ; de l’autre, un homme porte des vêtements de protection, alors qu’il vaporise du désinfectant pour combattre la maladie.

Au centre, entourés de personnes qui prient et se lavent les mains, se trouve une mère et son bébé ressemblant à une Madone. Ces personnages sont protégés par l’ombre d’un parapluie, avec les lettres UNHCR inscrites dessus.

« J’ai fait de mon mieux pour me concentrer sur mon art », explique-t-il. « Nous avons essayé de garder le peu d’espoir que nous avons. Et une chose qui nous a donné de l’espoir, c’est de relever de la compétence du HCR. »

« Nous avons le sentiment d’être en sécurité. Nous n’avons pas perdu espoir grâce à cela et à notre foi. Nous n’avons pas abandonné. »

Publie par le HCR, le 23 juin 2020

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