
Vue aérienne du site de déplacement d’Al-Firdaws, dans le gouvernorat d’Aden, au Yémen, aménagé par les autorités locales pour accueillir les personnes déplacées par l’intensification du conflit. © Human Access/Ahmed Ameen
Ceci est un résumé des propos tenus par Matthew Saltmarsh, porte-parole du HCR – à qui toute citation peut être attribuée – lors du point de presse de ce jour, au Palais des Nations à Genève.
GENÈVE – Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, est alarmé par la détérioration rapide de la situation humanitaire que subissent plus de 65 000 réfugiés et demandeurs d’asile au Yémen : l’aggravation de l’insécurité, l’effondrement de l’économie, l’épuisement des ressources et de graves entraves à l’accès humanitaire laissent des dizaines de milliers de personnes sans aucun recours sûr.
Alors même que le conflit s’intensifie, des milliers de personnes continuent de risquer de dangereuses traversées maritimes depuis la Corne de l’Afrique vers le Yémen, pour arriver dans un pays où l’insécurité et les conditions humanitaires se détériorent rapidement.
La situation est particulièrement préoccupante dans le camp de réfugiés de Kharaz, dans le gouvernorat de Lahj, au sud-ouest du pays. Situé dans une zone sous contrôle gouvernemental à des dizaines de kilomètres des combats, ce camp accueille environ 9 500 réfugiés venus de Somalie et d’Éthiopie. Si aucune victime n’a été confirmée parmi les réfugiés, des tirs d’artillerie à proximité ont perturbé les services et entraîné des restrictions de déplacement, aggravant la peur et le désarroi de familles qui avaient déjà fui un conflit.
Les partenaires du HCR sont parvenus à distribuer de la nourriture dans le camp, en coordination avec les autorités locales, et l’aide médicale comme l’approvisionnement en eau se poursuivent, malgré de grandes difficultés. Mais la plupart des autres services sont à l’arrêt : les écoles ont fermé, les services juridiques et de délivrance de documents sont interrompus, et la hausse des prix du carburant et des produits de base rend difficile la couverture des besoins essentiels des réfugiés.
De nombreuses familles réfugiées quittent Kharaz et d’autres zones de l’ouest du pays, où l’accès humanitaire est entravé, pour chercher sécurité et services ailleurs dans le sud du Yémen, notamment à Aden, empruntant des routes utilisées par les parties au conflit et mettant ainsi davantage leur vie en danger.
Dans ce contexte, le nombre de réfugiés sollicitant l’aide du HCR pour rentrer dans leur pays d’origine a fortement augmenté. Depuis l’intensification du conflit en août, le HCR a facilité trois vols d’Aden à Mogadiscio, permettant le retour volontaire de 607 réfugiés somaliens. Plus de 1 100 autres ont exprimé le souhait de rentrer, mais les bombardements incessants des aéroports et l’intensification des combats ont considérablement accru les risques pour les réfugiés et les humanitaires, compromettant la poursuite de ces retours.
Si le Yémen a connu des années de conflit et l’une des urgences humanitaires les plus longues au monde, les arrivées par mer n’ont jamais cessé. Au cours des neuf premiers mois de 2026, plus de 134 000 demandeurs d’asile et migrants sont arrivés par la mer. Ils avaient fui les conflits, les persécutions, l’instabilité et la précarité dans la Corne de l’Afrique, pour transiter par le Yémen vers d’autres pays – et se retrouvent dans un pays où l’insécurité et l’incertitude façonnent le quotidien.
Le coût humain demeure effroyable, et la modification des routes empruntées par les passeurs contraint les personnes à emprunter des trajets plus longs et plus dangereux pour échapper aux opérations de sécurité maritime. En octobre, au moins 139 personnes auraient perdu la vie en mer, au large de Djibouti, en tentant de rejoindre le Yémen.
Dans le même temps, quelque 4 200 personnes ont traversé la mer vers Djibouti et la Somalie pour fuir le Yémen depuis septembre, et les organisations humanitaires s’attendent à ce que ce nombre augmente à mesure que les conditions de mer s’améliorent.
Avec plus d’un quart de million de Yéménites déplacés ces derniers mois et des dizaines de milliers de réfugiés et de demandeurs d’asile qui luttent pour survivre, les ressources disponibles ne suffisent plus. L’opération du HCR au Yémen n’est financée qu’à hauteur de 19 % en 2026, soit 36 millions de dollars sur les 194 millions nécessaires.
Sans une mobilisation internationale immédiate, un accès sans entrave aux populations touchées et un soutien accru, des milliers de personnes risquent, dans les jours à venir, de subir de nouveaux déplacements, un dénuement accru et de graves atteintes à leur sécurité.
La hausse des prix du carburant et du fret, ainsi que les attaques dans le Golfe, entravent l’acheminement de l’aide humanitaire
Dans le même temps, le conflit au Yémen, les attaques dans la région du Golfe et les perturbations touchant le détroit de Bab el-Mandeb – auxquelles s’ajoute l’instabilité persistante autour du détroit d’Ormuz – accroissent la pression sur les chaînes d’approvisionnement humanitaire mondiales dont dépendent des millions de personnes déplacées.
Si le HCR a obtenu un appui au transport à titre gracieux pour 11 conteneurs d’articles de secours d’urgence au départ de Dubaï vers le Yémen, l’évolution des conditions de sécurité et les contraintes logistiques compliquent les opérations d’acheminement.
Dans toute la région, les organisations humanitaires doivent alterner les ports et les corridors de transport, en passant notamment par Khor Fakkan, Fujaïrah, Sohar, Salalah et Djeddah, ce qui ajoute des retards, de l’incertitude et des coûts à l’acheminement d’une aide vitale.
Les répercussions dépassent le Yémen. Bien que les cargaisons humanitaires continuent de transiter par le détroit de Bab el-Mandeb, l’engorgement des grandes plateformes régionales de transbordement provoque des retards.
Le corridor de Bab el-Mandeb est une route maritime essentielle reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Les opérations du HCR au Soudan, à Djibouti et en Éthiopie figurent parmi les plus exposées aux perturbations du commerce et du transport maritime en mer Rouge.
Les taux de fret ont bondi entre le troisième et le quatrième trimestre de 2026. Sur les principales routes vers Port-Soudan, les tarifs moyens du fret maritime ont augmenté d’environ 32 % pour les conteneurs de 20 pieds et de 25 % pour les conteneurs de 40 pieds, certaines routes enregistrant des hausses allant jusqu’à 48 % et 45 % respectivement.
Au-delà de la hausse des coûts de transport, des conditions de sécurité extrêmement instables, les capacités des transporteurs et les modifications d’itinéraires rendent les calendriers de livraison moins prévisibles, avec de possibles effets en cascade, en particulier là où l’aide dépend fortement de l’accès maritime.
Lorsque c’est possible, le HCR continue d’atténuer les risques par le prépositionnement et la préparation : en maintenant des stocks d’urgence dans l’ensemble de ses plateformes régionales et mondiales stratégiques, en explorant d’autres itinéraires et modes de transport, et en travaillant avec ses partenaires logistiques et ses donateurs pour préserver sa souplesse opérationnelle.
Le HCR appelle à une désescalade urgente, à un accès humanitaire, à la protection des civils et à un soutien constant à la préparation et à la résilience des chaînes d’approvisionnement, condition essentielle pour que l’aide continue de parvenir aux personnes contraintes de fuir, au moment où elles en ont le plus besoin.
Pour plus d’informations, veuillez contacter :
- À Amman : Rula Amin, aminr@unhcr.org, +962 (0) 790 045 849
- À Amman : Tarik Argaz, argaz@unhcr.org, +962 (0) 791 223 095
- À Genève : Matthew Saltmarsh, saltmars@unhcr.org, +41 79 967 99 36
