Un réfugié syrien et son fils sont assis dans un camp

Mustafa et son fils sont assis à l’extérieur de son épicerie de fortune dans le camp de réfugiés de Bardarash.
© HCR/Firas Al-Khateeb

Mustafa et sa famille ont fui en Irak à cinq reprises depuis le début de la crise en Syrie. Il a perdu sa maison et son entreprise lors des dernières violences et, aujourd’hui, il craint pour leur avenir.


Toutefois, après avoir échappé aux récentes violences qui ont balayé sa ville natale en octobre, il dit cette fois-ci qu’il n’est pas sûr quand – ou même si – ils rentreront chez eux.

« Chaque fois que nous avons fui, je savais que nous reviendrions bientôt. Nous resterions en Irak pendant trois ou quatre mois jusqu’à ce que la situation s’améliore, puis nous serions de retour », a-t-il indiqué. « Mais cette fois-ci, cela ne sera pas si facile. Nous avons perdu notre maison, nos meubles, nos marchandises, notre terre, notre voiture. C’est une situation très difficile. »

Depuis l’éclatement de la crise dans le nord-est de la Syrie, début octobre, environ 19 300 personnes ont cherché refuge dans la région du Kurdistan irakien (KRI).

Mustafa s’était préparé à la menace de nouveaux combats, mais il a été de nouveau surpris par la rapidité avec laquelle la situation s’était détériorée. « Nous avons vu beaucoup de gens fuir, nous avons donc pensé qu’il devait se passer quelque chose », a-t-il dit. « Autour de nous, les gens recevaient des appels disant qu’une attaque était imminente mais, avant que nous ayons pu fuir, les bombardements avaient déjà commencé. »

Il a fui avec sa femme et ses cinq enfants au sein d’un convoi de voitures avec près de 50 membres de leur famille élargie et s’est rendu à Tal Tamer, non loin de là. Cependant, craignant de nouvelles attaques dans cette ville, ils se sont rendus à la frontière irakienne à environ 200 kilomètres. Avec les arrêts, ce voyage a duré cinq jours et a terrifié ses enfants.

« C’était le chaos, les routes n’étaient pas sûres », a expliqué Mustafa. « Cette expérience a affecté mes enfants psychologiquement. Encore aujourd’hui, même quand ils voient un avion civil au-dessus d’eux, ils ont peur. »

Après avoir traversé le Kurdistan irakien, la famille a été transférée au camp de réfugiés de Bardarash, qui se trouve entre les villes de Dohouk et la capitale régionale Erbil, où sont actuellement accueillis plus de 7500 Syriens.

« Nous en avons vraiment assez. »

Comme pour tous les nouveaux arrivants, le HCR – l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés – et ses partenaires ont fourni à Mustafa et à sa famille des tentes, des matelas, des couvertures, des tapis et d’autres articles de première nécessité, y compris des ustensiles de cuisine, des radiateurs au kérosène et du carburant. « Au moins, nous sommes en sécurité, mais la situation ici est encore très difficile », a déclaré Mustafa à propos du camp.

« Je me sens malheureux et faible d’avoir dû quitter ma maison, comme si j’étais un mendiant qui doit demander de l’aide », a-t-il indiqué. « J’ai 36 ans mais c‘est comme si j’en avais 90. Nous en avons assez. »

Propriétaire d’une entreprise de vente de motos en Syrie, Mustafa voulait faire ce qu’il pouvait dans le camp pour soulager son sentiment d’impuissance et se procurer un revenu. Il a construit un local de fortune et a emprunté de l’argent à des proches pour acheter des stocks. Puis il a ouvert un petit étal derrière la tente familiale pour vendre des produits alimentaires de base, des boissons non alcoolisées et des collations.

« Cette échoppe me donne le sentiment de faire quelque chose d’utile pour ma famille », a-t-il ajouté. « Malgré les maigres profits, je peux gagner ma vie. »

« Mes enfants sont malades et en ont assez de cette vie. »

Mustafa a exprimé son inquiétude face à la perspective de passer potentiellement plusieurs mois sous la tente, en devant surmonter des dangers tels que les incendies et l’hiver rigoureux, ce qui pèse sur son état psychologique. Mais c’est l’impact à long terme des déplacements répétés sur sa famille, en particulier ses enfants, qui lui cause beaucoup d’angoisse.

« Ma priorité est de faire vivre ma famille, afin qu’elle puisse avoir ce dont elle a besoin – suffisamment de vêtements, de nourriture et une bonne éducation pour envisager une vie meilleure », a-t-il indiqué. « Mon rôle est de subvenir à leurs besoins, mais notre situation continue d’empirer chaque année. Et cette fois-ci, nous avons tout perdu. »

« Ma fille aînée a 14 ans, mais elle ne sait toujours pas lire correctement car son éducation a été interrompue à de nombreuses reprises », a-t-il conclu. « Mes enfants sont malades et en ont assez de cette vie. S’ils ne peuvent même pas aller à l’école, que leur réserve l’avenir ? »

Publie par le HCR, le 09 janvier 2020

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