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Des Nicaraguayens s’installent dans une usine désaffectée au Costa Rica

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Plus d’une vingtaine de demandeurs d’asile nicaraguayens vivent dans un entrepôt industriel à San José, qu’ils ont transformé en un abri de fortune et où ils dorment. Ils ont du mal à joindre les deux bouts et sont forcés de vivre en groupe pour payer leur loyer et leur nourriture. © HCR/Diana Díaz

Déracinés par les persécutions, des journalistes, enseignants, ouvriers et comptables nicaraguayens louent aujourd’hui comme abri une ancienne usine d’étain de San José.

Avec son toit et ses murs en tôle ondulée, une unique salle de bain spartiate et une cuisine où ni le réfrigérateur ni le four ne fonctionnent, cet abri de fortune de la capitale costaricaine, San José, n’est certainement pas le plus attrayant des logements. En fait, ce n’est en réalité même pas un logement. Mais pour plus d’une vingtaine de demandeurs d’asile qui ont fui les persécutions dans leur pays natal, le Nicaragua, l’entrepôt – une ancienne usine d’étain dans une zone industrielle – est aujourd’hui leur chez-soi.


« Ici, nous donnons un abri à ceux qui en ont besoin », a déclaré Jack*, un ancien vendeur de voitures de 55 ans qui, craignant pour sa vie après avoir participé à des manifestations antigouvernementales, a fui le Nicaragua fin 2018 et a contribué à la création du refuge, que les habitants louent et gèrent eux-mêmes. « Au début, nous étions quatre personnes. Ensuite, nous sommes allés dans les parcs pour trouver des gens qui dormaient dans la rue… Maintenant, il y a environ 27 personnes ici. »

Il y a parmi les résidents des enseignants et des journalistes, des étudiants, des ouvriers agricoles et des comptables – tous des gens qui ont un emploi, une famille et une maison au Nicaragua, et qui dorment maintenant côte à côte sur des dalles de mousse et de vieux matelas jetés sur le sol, et même jusque sur les imposantes machines laissées dans l’ancienne l’usine. La plupart sont des hommes, mais le groupe a aussi accueilli plusieurs femmes – qui sont particulièrement vulnérables aux agressions sexuelles dans la rue. Parmi les femmes qui vivent dans le refuge il y a une femme enceinte de 18 ans, ainsi qu’une mère et sa fille de 9 ans.

« Tant qu’on a un endroit où dormir, tout va bien. Parce que dehors, c’est dangereux. »

Alors qu’à l’extérieur, c’est le chaos – d’énormes camions sillonnent le chemin de terre devant l’entrepôt du soir au matin, transportant des matières premières et des produits depuis et vers les sites industriels voisins – à l’intérieur, l’espace est extrêmement propre. Les équipes de résidents nettoient l’endroit deux fois par jour, nettoyant les sols et les surfaces avec de l’eau de Javel afin de tenir les insectes et les rats à distance. Les résidents qui ont l’expérience requise cuisinent à tour de rôle les ingrédients présents dans leur maigre garde-manger – riz, haricots et pâtes offerts par une ONG locale. Préparés sur deux plaques électriques, les repas sont servis une à deux fois par jour, en fonction de ce qui reste dans leur réserve.

On estime que 82 000 Nicaraguayens ont fui le pays d’Amérique centrale depuis les manifestations antigouvernementales qui ont éclaté en avril 2018. Des groupes paramilitaires ont participé à la répression, tirant et tuant plusieurs centaines de manifestants. À la suite des manifestations, nombre de ceux qui sont descendus dans la rue ont été la cible de représailles. Certains ont été sommairement licenciés de leur emploi, soumis à la surveillance et au harcèlement, ou même détenus et torturés. La persécution s’est également étendue à la famille et aux amis des manifestants, qui n’ont pas pris part aux marches eux-mêmes, mais qui ont été qualifiés de traîtres pour leur association avec ceux qui les ont menées.

Le Costa Rica, voisin du Nicaragua au sud, a accueilli plus de 68 000 Nicaraguayens. Alors que la nouvelle de l’existence de l’entrepôt s’est répandue parmi la communauté croissante des demandeurs d’asile nicaraguayens de San José – dont beaucoup arrivent avec à peine plus que leurs vêtements sur le dos -, le groupe a été approché à plusieurs reprises par ceux qui cherchaient désespérément à s’y installer.

« Nous leur disons : « Nous sommes vraiment limités et la nourriture est rare. Mais ça n’a pas d’importance », dit Jack, qui explique que son pseudonyme est inspiré du personnage du film « Pirates des Caraïbes » Jack Sparrow, qui, comme lui, rit aussi face à l’adversité. « Tant qu’on a un endroit où dormir, tout va bien. Parce que dehors, c’est dangereux. »

Pour Anthony*, un travailleur social de 27 ans qui a franchi la frontière du Costa Rica à la fin de l’année dernière après que les forces de sécurité ont saccagé sa maison et gelé son compte bancaire, l’entrepôt s’est avéré être un refuge salvateur.

Les premières semaines au Costa Rica ont été « très difficiles », a déclaré Anthony. N’ayant presque pas d’argent, il a vagabondé entre les maisons d’amis et de connaissances, dormant pendant quelques jours sur leurs canapés et passant la nuit dans la rue quand il n’avait plus personne à qui demander de l’aide.

Bien sûr, les conditions précaires de l’entrepôt mal isolé, où les températures s’envolent le jour et s’effondrent la nuit, ont laissé des traces.

« En fin de compte, nous voulons tous retourner au Nicaragua parce que c’est notre pays. »

« Nous avons des problèmes d’allergies, de grippe, des rhumes, des problèmes d’estomac, (et) de malnutrition, » dit Anthony. Mais néanmoins, a-t-il insisté, c’est infiniment mieux que d’être dans la rue.

Cependant, il n’est pas encore clair combien de temps le groupe sera en mesure de conserver l’espace. Bien que le Costa Rica accorde aux demandeurs d’asile le droit de travailler, il faut généralement plusieurs mois pour obtenir une autorisation de travail – et même là, beaucoup disent qu’il est extrêmement difficile de trouver un emploi stable.

Seulement quatre de ceux qui vivent dans l’entrepôt ont trouvé un emploi, ce qui signifie que rassembler le montant de 550 $US pour le loyer est un cauchemar récurrent. Depuis qu’ils ont loué l’espace en avril, ils n’ont réussi à payer en totalité que le premier mois. En mai, ils n’ont pu amasser que 350 $US et en juin, rien du tout.

« Je ne sais pas quand le propriétaire va nous expulser », dit Jack, élevant la voix au-dessus du vacarme provoqué par une pluie tropicale torrentielle sur le toit de tôle, et par le grondement des machines lourdes venant des usines voisines. « Il doit commencer à manquer de patience. »

Bien qu’ils soient reconnaissants de la sécurité que leur offre le Costa Rica, les résidents disent qu’ils espèrent simplement réussir à rester dans l’entrepôt aussi longtemps qu’ils y seront forcés par les circonstances dans leur pays d’origine.

« En fin de compte, nous voulons tous retourner au Nicaragua parce que c’est notre maison », a déclaré China*, une ancienne instructrice et l’une des trois femmes qui vivent dans l’entrepôt.

Elle souligne l’énorme fossé entre « quelqu’un qui est assis sur son canapé à regarder la télévision, et qui se dit tout à coup : les choses ne vont pas si bien pour moi au Nicaragua, je vais me rendre au Panama ou au Costa Rica pour trouver un emploi »… et quelqu’un qui a une vie stable et est obligé de fuir du jour au lendemain. »

Publie par le HCR, le 16 octobre 2019