Refugees

© Camilo Arias

Nous nous sommes entretenus avec Camilo Arias, artiste de la campagne De l’espoir loin de chez soi, dont le parcours personnel marqué par le déplacement forcé a profondément façonné son processus créatif.

par Soo-Jung Kim à Ottawa, Canada


Par une soirée enneigée à Ottawa, loin de sa ville natale en Colombie, Camilo Arias mettait en place les peintures et les chevalets de son atelier Resilience Canvas dans un café intime et douillet.


Commençant l’atelier en racontant son expérience de déplacement forcé, Camilo Arias partage avec les participants l’impact profond de la perte de son domicile, de son identité et de son sentiment d’appartenance.

Par ses récits visuels, il invite les autres à explorer leur propre résilience et le pouvoir de guérison de l’art. Cette conversation met en lumière la complexité émotionnelle de son art et le rôle puissant que la créativité peut jouer pour faire face à des expériences difficiles.

Visitez la campagne De l’espoir loin de chez soi pour en apprendre davantage.

1. Certaines de vos œuvres explorent en profondeur le thème du déplacement. Pouvez-vous partager un moment précis ou une expérience précise qui vous a d’abord inspiré à canaliser votre histoire personnelle de déplacement dans votre art?

Un des moments les plus marquants de ma vie a été le moment où j’ai dû laisser ma grand-mère seule à la campagne, à cause de la violence de la guerre. Elle faisait face à d’immenses difficultés économiques et problèmes de santé, et cela m’a profondément marqué. Mon esprit demeure en quelque sorte dans ce paysage rural, et je pense que c’est pourquoi je peins souvent des forêts et des scènes pastorales – c’est ma façon de demeurer en contact avec l’endroit et avec elle.

2. Dans votre pièce Refugees, il semble y avoir un équilibre délicat entre la douleur de perdre son domicile et la résilience de l’esprit humain. Comment conciliez-vous ces deux extrêmes émotionnels dans vos œuvres d’art?

Je crois que la douleur et la résilience sont les deux côtés d’une même histoire. Une de ces émotions existe parce que l’autre existe. Dans Refugees, j’ai consciemment laissé coexister les deux émotions. En montrant des personnages qui laissent derrière eux leur vie passée, j’explore le deuil et la perte. Pourtant, leur mouvement vers l’avant est porteur de résilience et de possibilité de renouveau. Pour moi, le fait de créer de l’art incarne la résilience – il s’agit de transformer la douleur en quelque chose de significatif et de beau.

3. Le déplacement forcé se traduit souvent par un sentiment d’identité fragmentée. Comment explorez-vous ce thème de l’identité perdue ou redéfinie dans votre art, et croyez-vous que votre travail aide les gens à se réapproprier ou à redéfinir leur sentiment d’identité?

Mon approche de l’identité est ancrée dans les concepts d’homéostasie et de transistasie, qui changent constamment sans qu’une personne perde son essence. La guerre, la violence et le déplacement font partie intégrante de mon histoire et façonnent mon identité. Grâce à la résilience et à l’art, je peux transformer ces expériences en source d’inspiration, en entrant en contact avec moi-même et avec les autres. Par mon travail et mes ateliers, je ne tente pas de définir l’identité de qui que ce soit, mais plutôt d’inspirer les gens à découvrir leur force intérieure et leur détermination à composer avec les difficultés de la vie. Et oui, l’art est un élément de guérison, non seulement pour moi, mais aussi pour le spectateur; l’art crée des ponts d’empathie et de compréhension.

4. L’art est souvent décrit comme une forme de communication qui « vit » au-delà des frontières et de la langue. Comment utilisez-vous les éléments visuels pour exprimer les aspects universels de l’expérience des réfugiés qui pourraient ne pas être facilement véhiculés par des mots?

Il y a des moments et des sentiments que les mots ne parviennent pas à décrire, comme le poids de la nostalgie ou la beauté douce-amère de la résilience. Je m’appuie sur les couleurs, les textures et les compositions pour « parler » quand les mots manquent. Dans ma pièce Refugees, par exemple, le coucher de soleil dans la forêt symbolise à la fois les explosions de bombes présentes dans le conflit que j’ai vécu et une fin de journée porteuse d’espoir. Le même élément a une double signification, incarnant à la fois un passé hanté et la promesse de quelque chose de plus lumineux.

5. Votre expérience en Colombie influence sans aucun doute votre point de vue. Comment intégrez-vous votre patrimoine culturel à votre travail? Y a-t-il des éléments de la vie au Canada que vous intégrez à vos œuvres d’art aujourd’hui?

Mon héritage colombien est un des fils conducteurs dynamiques de mon travail : il est présent dans mon utilisation de couleurs audacieuses, de formes organiques et d’un lien intuitif avec la narration. Depuis que j’ai déménagé au Canada, je me suis beaucoup concentré sur mon rôle de père et sur la direction d’ateliers artistiques, ce qui a quelque peu mis la production d’art conceptuel en veilleuse. Je suis encore en train d’absorber les influences canadiennes et je suis impatient de les intégrer à mon style artistique en évolution.

6. Certaines de vos œuvres explorent les thèmes du souvenir et de l’appartenance. Comment intégrez-vous l’idée du domicile et de l’espoir, qu’il soit perdu, imaginé ou réinventé, à votre processus artistique?

Pour moi, le domicile n’est pas un lieu statique, mais un voyage façonné par des expériences, des souvenirs et des aspirations. Dans mon art, j’explore souvent cette idée fluide du domicile à travers des paysages dynamiques et des éléments symboliques qui reflètent à la fois la nostalgie et la transformation. L’espoir émerge par l’acte même de la création, en construisant des couches qui témoignent de la résilience et de la croissance, même en période fragmentée ou incertaine.

7. En tant qu’artiste qui a vécu le déplacement, considérez-vous votre travail comme une forme de plaidoyer ou de militantisme?

Oui, je considère mon travail comme une forme de plaidoyer en donnant une voix à ceux qui passent souvent inaperçus. Le déplacement n’est peut-être pas une expérience directe pour tous, mais les sentiments de perte, de peur, d’incertitude ou d’éloignement sont universels. Par mon art, je tente de dire aux gens : « Vous n’êtes pas seuls. Je vois votre douleur. » C’est grâce à cette reconnaissance que les liens et la guérison se produisent, ce qui mène à l’empathie et à la compréhension qui peuvent changer des vies et des perspectives et, éventuellement, transformer des sociétés entières. Je veux qu’ils voient que la résilience et la beauté peuvent émerger même des circonstances les plus difficiles. En définitive, j’espère que mon art rappelle aux gens que nous portons tous des histoires de désir et d’appartenance, et que nous sommes plus connectés que nous pouvons le penser.

8. Votre art a été un outil de transformation personnelle et de guérison. Comment est né l’atelier sur le concept Resilience Canvas?

L’atelier Resilience Canvas est né de mon parcours personnel d’utilisation de l’art pour traiter les difficultés et redécouvrir ma force. Le fait de surmonter l’adversité, en particulier mes expériences d’abandon et de guerre, m’a appris que la résilience ne consiste pas seulement à survivre, mais aussi à créer de la beauté et un sens à partir de situations difficiles. Je souhaitais partager ce processus de transformation avec les autres.

Par cet atelier, je guide les participants pour qu’ils explorent leur monde intérieur, canalisent leurs émotions de façon créative et « émergent » en créant une toile qui symbolise leur propre résilience. Il ne s’agit pas seulement de peindre, mais aussi de raconter une histoire de force personnelle, d’épanouissement et d’espoir.

Mon objectif est que les participants repartent avec quelque chose qui est davantage qu’une simple œuvre d’art. J’espère qu’au moment où ils partent, ils se sentent autonomes et connectés et qu’ils se  rappellent que, comme une toile, nous pouvons toujours repenser et transformer nos vies. La créativité devient une métaphore de la résilience, tant dans l’art que dans la vie.

 

Camilo AriasCamilo Arias est un artiste d’origine colombienne dont l’œuvre reflète l’impact profond du déplacement et la résilience de l’esprit humain. Ayant personnellement fait l’expérience du déplacement, Camilo comprend le lourd poids émotionnel et psychologique de la perte de son domicile, de son identité et du sentiment d’appartenance. Grâce à ses œuvres, Camilo crée des récits visuels qui parlent de la complexité émotionnelle du déplacement, en soulignant à la fois la douleur qui en découle et son pouvoir transformateur.

Instagram : @camiloarias.art
www.camilo-arias.com

À propos de la campagne De l’espoir loin de chez soi

L’art guérit en apportant beauté, joie et possibilités de réflexion. Dans un monde rempli de gros titres et de statistiques accablantes, la campagne De l’espoir loin de chez soi du HCR offre une nouvelle perspective sur l’expérience des réfugiés. Cette exposition d’art accessible sur le Web célèbre les voix d’artistes réfugiés et de la diaspora qui ne sont pas seulement des survivants, mais aussi des créateurs, des innovateurs et des rêveurs. Au moyen de la peinture, de la poésie et de la musique, leurs œuvres établissent des liens émotionnels profonds qui sont présents au-delà des frontières. De l’espoir loin de chez soi est davantage qu’une plateforme pour l’art; c’est un mouvement pour un Canada qui embrasse la diversité, la compassion et la solidarité, visant à sensibiliser les gens aux défis auxquels font face les réfugiés et à encourager les visiteurs à prendre des mesures pour promouvoir des façons de soutenir et de protéger les réfugiés.

 

Pin It on Pinterest