Mohammed Sadik Jalani, un réfugié syrien, et ses enfants pris en photo devant les tentes que les autorités grecques et le HCR leur ont fournies après les incendies qui ont détruit le Centre de réception et d’identification de Moria sur l’île de Lesvos

Mohammed Sadik Jalani, un réfugié syrien, et ses enfants pris en photo devant les tentes que les autorités grecques et le HCR leur ont fournies après les incendies qui ont détruit le Centre de réception et d’identification de Moria sur l’île de Lesvos. © UNHCR

Les images terribles venant de Lesvos ces derniers jours ont une fois de plus fait la une des médias internationaux. Le Centre de réception et d’identification de Moria a presque été entièrement détruit, et l’ensemble de la population de l’île, que ce soient les résidents, les réfugiés et les migrants sont une fois de plus mis à rude épreuve. Les 12 000 demandeurs d’asile qui étaient installés à Moria, dont la moitié sont des femmes et des enfants, se retrouvent une fois de plus à la rue.

Depuis 2015, un million de réfugiés et de migrants ont cherché refuge en Europe en traversant la mer Égée. La population grecque sait que les déplacements forcés est un phénomène qui n’a ni commencement ni fin. Et ce phénomène existera tant que perdureront les facteurs qui forcent les gens à quitter leur foyer : guerre, violence, manque de liberté, dénuement extrême et catastrophes naturelles. Pourtant, depuis cinq ans que sévit la crise des réfugiés en Europe, tout le monde sait pertinemment que, sans mesure de coordination à long terme et avec un partage limité des responsabilités, non seulement la population d’accueil se retrouve à porter le fardeau de façon disproportionnée, mais aussi que le problème continue de se perpétuer. Et ceci s’applique également aux réfugiés confrontés à l’incertitude et à la population locale qui a de plus en plus le sentiment d’avoir été abandonnée et d’être dans une impasse.

Le Centre de réception et d’identification de Moria après les incendies qui se sont déclarés entre les 8 et 10 septembre

Le Centre de réception et d’identification de Moria après les incendies qui se sont déclarés entre les 8 et 10 septembre. © UNHCR

Alors que le centre de Moria a été réduit en cendres, l’enjeu n’est pas seulement de fournir une assistance vitale de toute urgence aux sinistrés. Les organisations déjà présentes sur place ont afflué pour soutenir les efforts du gouvernement afin de trouver des solutions dans les plus brefs délais. Par conséquent, les 400 enfants non accompagnés qui vivaient à Moria ont été évacués vers le continent le jour même. Cette intervention rapide et la volonté politique qui l’a accompagnée démontrent que les changements requis de toute urgence sont possibles.

Or, la fatigue et les problèmes ressentis par les habitants de l’île sont réels et anciens. Dans les faits, seule une aide accrue des États membres de l’Union européenne (UE) peut faire changer les choses. L’initiative de relocaliser les enfants non accompagnés et hautement vulnérables a montré que cela était faisable. Mais nous devons aussi faire preuve de calme et de prudence, que ce soit aux niveaux local, central et européen, et avoir la volonté de trouver des solutions. Aucune solution ne peut être trouvée dans un contexte de violence, de xénophobie et de récupération politique. Pour trouver des solutions, il faut que chacun soit prêt à assumer ses responsabilités et à faire les efforts nécessaires pour mettre en œuvre les changements permettant de sortir de l’impasse. La décongestion des structures d’accueil sur l’île doit se poursuivre, de même que doivent être garanties la sécurité, la protection et la santé de tous les résidents, et ce, en établissant en parallèle des procédures d’asile, d’accueil et d’intégration claires pour les réfugiés.

Lorsque des milliers de familles se retrouvent dans la rue après avoir perdu le peu de possessions qu’elles avaient, dans un contexte de pandémie qui nous affecte tous, la question qui se pose n’est pas de savoir où nous devons planter des tentes pour les héberger. La question est plutôt de savoir si nous allons laisser les cendres occulter des valeurs comme celles de la vie, de l’espoir et de l’humanité que les habitants de Lesvos incarnent fièrement depuis longtemps et qui touchent le monde entier.

Philippe Leclerc, Représentant du HCR en Grèce

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 Cet article est la traduction d’une tribune écrite en grec pour le journal TA NEA le samedi 12 septembre 2020 et publié initialement pour le site du HCR Grèce le 14 septembre 2020.

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