
Le gendarme-détective Mustafa Popalzai est une des forces motrices du Project Hope, une initiative communautaire qui change la vie de milliers de nouveaux arrivants. © Mustafa Popalzai
Arrivé au Canada à 14 ans en tant que réfugié de l’Afghanistan, Mustafa Popalzai n’avait guère plus que l’espoir. Aujourd’hui, le gendarme-détective de la police de Toronto est une des forces motrices d’une initiative communautaire visant à changer la vie de milliers de nouveaux arrivants, mais aussi à permettre d’éliminer la méfiance que beaucoup de gens ressentent en raison de leurs « rencontres » douloureuses avec des policiers dans leur pays d’origine.
par Levon Sevunts à Ottawa, Canada
Né à Kaboul en 1986, Popalzai s’est enfui avec sa famille au Pakistan en 1988, lors de l’occupation soviétique de l’Afghanistan.
« J’étais réfugié depuis l’âge de deux ans, se souvient-il. Nous avons dû fuir sans rien apporter ».
La vie au Pakistan était difficile. Son père, un artiste, a fait face à des menaces de la part des talibans pour son travail, et la famille a vécu des années de difficultés avant de déménager au Canada, finalement, en 2000.
Le parcours de Mustafa, de réfugié à policier, a été tout sauf simple. Après s’être établi à Ottawa avec sa famille, il a poursuivi des études supérieures à l’Université Carleton et a réussi à obtenir une maîtrise en études juridiques. Mais sa méfiance envers la police a persisté tout au long de ses années de formation.
« En grandissant à Peshawar, au Pakistan, j’ai vu la police attaquer mon père et demander des pots-de-vin, dit-il. « Ces perceptions négatives de la police sont restées en moi et, malheureusement, même après mon arrivée au Canada, je n’ai pas pu faire faire confiance aux gens portant l’uniforme pendant plus d’une décennie. »
Mais un emploi civil Service de police d’Ottawa a changé sa perspective.
J’ai réalisé que le maintien de l’ordre ici est différent. Et ce qui est plus important encore, c’est que j’ai réalisé à quel point je peux vraiment redonner à la communauté et aider d’autres personnes qui sont comme moi. »
– Mustafa Popalzai
En 2014, Mustafa s’est joint au Service de police de Toronto, en qualité de gendarme. Au fil des ans, il a travaillé au sein des unités de patrouille, des homicides, des crimes majeurs, des armes à feu et des gangs, et du renseignement. Mais c’est son affectation en tant qu’agent de quartier à Regent Park qui allait façonner son travail le plus déterminant.
En août 2021, alors que les forces talibanes balayaient l’Afghanistan, Mustafa et son partenaire, le gendarme Farzad Ghotbi, également un ancien réfugié, regardaient avec horreur les images d’Afghans désespérés s’accrochant aux avions qui inondaient les médias sociaux. « Cela m’a ramené 25 ans en arrière, affirme Mustafa. Nous savions que nous devions faire quelque chose ».
Ils se sont rendus en voiture dans un hôtel situé près de l’aéroport Pearson de Toronto où des réfugiés afghans récemment arrivés étaient hébergés.
« Nous avons vu des enfants courir pieds nus, terrifiés de nous voir dans notre uniforme, se souvient-il. Mais lorsque je leur ai parlé en dari et en pachto, ils se sont rapprochés. Ce moment-là a tout changé. »
Ce qui avait commencé comme une visite impromptue s’est transformé en collecte de dons à grande échelle. En utilisant leurs réseaux de médias sociaux, Mustafa et Farzad ont incité leurs collègues officiers et les membres de la communauté à donner des vêtements, des couches et des préparations pour nourrissons.
« Nous avons rempli un camion. Il s’est vidé en dix minutes, raconte-t-il. Les gens se bousculaient pour obtenir un vêtement, ce qui montre à quel point ils étaient devenus désespérés. Je pouvais vraiment me voir à leur place et je comprenais le degré de leur vulnérabilité. »
L’initiative a rapidement pris de l’ampleur. Au cours des mois suivants, ils ont organisé des dizaines de collectes, obtenu le soutien de commanditaires comme Canadian Tire et le Santa Claus Fund du Toronto Star, et commencé à organiser des séances d’information à l’intention des nouveaux arrivants. Ils ont nommé l’initiative « Project Hope », un clin d’œil à la seule chose que chaque réfugié porte en lui.
« L’espoir est tout ce que nous avions à notre arrivée au Canada, affirme Mustafa. C’est ce que chaque nouvel arrivant possède. »
Depuis 2021, le Project Hope a versé plus de 1,5 million de dollars en dons en nature pour soutenir les nouveaux arrivants et les réfugiés — comme cette jeune fille de Syrie à un dépôt de jouets des Fêtes. © Mustafa Popalzai
Au fil des ans, le Project Hope a soutenu des réfugiés et des nouveaux arrivants du monde entier : de l’Afghanistan, de la Syrie, de l’Ukraine, de Gaza, de plusieurs pays africains, de l’Inde et d’autres pays. Les membres de l’équipe ont livré des articles essentiels comme des lits, des réfrigérateurs et des vêtements, souvent pendant leur temps libre et avec leur propre argent.
« Nous avons loué des camions en utilisant notre propre argent et acheté des oreillers et des matelas, que nous avons livrés nous-mêmes », dit-il.
Mais le projet va au-delà de l’aide matérielle offerte. Mustafa et son équipe offrent du mentorat et une formation juridique qui met en évidence le rôle de la police au Canada, et donne une orientation culturelle.
« De nombreux nouveaux arrivants ne font pas confiance à la police. Ils ont peur de dénoncer des crimes, même lorsqu’ils sont victimes, explique-t-il. Nous leur enseignons leurs droits et la façon dont fonctionne le système de justice, et leur indiquons que la police est là pour aider ».
Une histoire se démarque pour Mustafa. Une famille de sept personnes, dont quatre enfants, venait d’emménager dans un appartement non meublé au milieu de l’hiver.
« Ils dormaient dans des vestes sur un plancher de bois franc, se souvient Mustafa. Nous leur avons apporté des matelas, des couvertures, et de la nourriture. Les enfants nous ont serrés dans leurs bras. Ce moment-là, je ne l’oublierai jamais. »
Le Project Hope a également permis d’empêcher les jeunes de se joindre aux gangs et a soutenu les familles confrontées à la violence familiale.
« Nous sommes intervenus dans des cas où des enfants étaient recrutés par des gangs ou où les parents ne comprenaient pas les lois canadiennes. Il s’agit d’offrir des services de police proactifs, de renforcer la confiance avant qu’une crise survienne. »
– Mustafa Popalzai
L’impact a été profond. Des centaines de bénévoles, de policiers et de membres de la collectivité se sont joints à l’initiative. La police régionale de Durham a reproduit le modèle, et le projet a été reconnu par les députés et les sénateurs.
Maintenant, Mustafa rêve de transformer le Project Hope en programme national.
« Le Canada s’est bâti grâce aux nouveaux arrivants, affirme-t-il. Nous avons besoin d’un programme officiel et structuré dans chaque ville, qui relie la police aux collectivités de réfugiés et de nouveaux arrivants. »
Il envisage la création d’un « programme d’aide aux nouveaux arrivants » intégré aux services de police à l’échelle du pays, dans lequel des agents formés visitent régulièrement les centres d’établissement, offrent un soutien et établissent des relations.
« Imaginez combien de crimes nous pourrions prévenir, combien de familles nous pourrions soutenir, combien de vies nous pourrions changer ».
Pour Mustafa, cela a toujours été personnel.
« Je n’ai jamais bénéficié de la présence d’un policier qui m’offre une séance d’information, des conseils et un mentorat, qui m’apporte un jouet ou qui dirige un programme sportif simplement pour tisser des liens et éliminer des barrières », déclare-t-il. Aujourd’hui, je souhaite être cette personne pour quelqu’un d’autre. »

