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Une réfugiée de l’Érythrée recommence sa vie au Canada

Des femmes réfugiées Erythréennes assistées par le HCR pour la réinstallation à partir de la Libye. © Le HCR/Jehad Nga

Une femme fuit son pays d’origine et tombe entre les mains de Daesh

Par: Gisèle Nyembwe à Ottawa, Canada

Bisrat, 26 ans, ne dit pas grand-chose de son passé. Sa voix faiblit. Il est difficile de dire si ses hésitations sont dues à la difficulté de raconter le calvaire qu’elle a subi aux mains d’activistes extrémistes islamistes en Libye, ou à sa peur de représailles éventuelles contre des membres de sa famille qui vivent toujours dans son pays, l’Érythrée.

« Bisrat est une femme forte qui a fait des progrès incroyables dans sa vie seulement six mois après avoir été transférée de la Libye au Canada», explique Suzy Haghighi, travailleuse sociale de l’Association pour les nouveaux canadiens et canadiennes qui fournit un soutien social et en santé mentale. «Ici, nous formons un partenariat de collaboration avec les femmes et nous les encourageons à développer un fort sentiment de sécurité et de contrôle sur leur vie et leur avenir.»

Bisrat est arrivée à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, au Canada, faisant partie d’un groupe de 23 femmes réfugiées vulnérables qui ont été évacuées de la Lybie pour leur sécurité et leur protection, avec l’aide du HCR, le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, en juillet 2017.

« Je suis heureuse que mon voyage m’ait amenée ici», partage-t-elle. «Je suis passée de l’obscurité à la lumière et à l’espoir. »

Consumée par le sentiment d’impuissance causé par les difficultés du service militaire obligatoire et par la persécution de sa foi illégale en Érythrée, Bisrat a essayé, en mars 2015, de quitter son pays à la recherche de sécurité et de liberté. Comme beaucoup d’autres jeunes Érythréens, elle était déterminée à se rendre en Europe en passant par la Libye.

Le HCR estime que des centaines de jeunes érythréens fuient leur pays d’origine chaque année. Bien qu’ils sachent que les voyages sont dangereux, beaucoup ne sont en mesure de comprendre l’ampleur des dangers auxquels ils peuvent être confrontés et ont souvent des attentes très irréalistes quant à la vie en Europe et à la complexité des procédures d’asile.

Bisrat est restée au Soudan pendant deux mois, en attendant de traverser le désert libyen pour arriver à Tripoli, réputé pour être un point de passage pour ceux et celles qui tentent de traverser la mer Méditerranée. Toutefois, lorsqu’elle se dirigeait vers Tripoli, le camion des passeurs dans lequel elle se trouvait a été intercepté par des militants extrémistes islamistes, qui ont séparé les femmes des hommes.

Bisrat raconte comment elle-même et de nombreuses autres femmes ont été enlevées et maintenues en captivité pendant presque deux ans, et comment elle a été violée à plusieurs reprises. Elle se souvient d’avoir été laissée nue pendant une semaine entière par l’un des commandants qui l’a arrêtée après qu’elle ait tenté de s’échapper.

Les femmes ont été sauvées de Daesh par les autorités libyennes qui les ont ensuite amenées dans un centre de détention. Elles ont pu regagner leur liberté grâce à une intervention du HCR qui a organisé leur transfert dans un refuge à Tripoli avant leur réinstallation au Canada dans le cadre du Programme de protection d’urgence du Canada (PPU).

Le PPU est un programme spécial mis au point par le Canada pour permettre la réinstallation rapide des personnes réfugiées ayant besoin d’une protection d’urgence en raison de menaces immédiates à leur vie, à leur liberté ou à leur bien-être physique.

Plus de 1 700 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant d’atteindre les côtes européennes cette année.

Le HCR estime que beaucoup de celles qui entreprennent de tels voyages dangereux à travers le désert et la Libye ne risqueraient pas leur vie si elles étaient mieux informées des dangers rencontrés à différentes étapes du trajet.

Après avoir vécu au Canada depuis plusieurs mois, Bisrat déclare:

« Je me sens en sécurité ici. Les gens à St. John’s sont serviables, accueillants et m’ont soutenue. Les gens ici vivent une vie paisible. Il n’y a pas de discrimination, on est traité comme des êtres humains. »

Bisrat commence le processus d’intégration au Canada, mettant son rêve de poursuivre ses études en attente et en se concentrant plutôt sur le travail pour qu’elle puisse aider sa famille. Cependant, elle est déterminée à retourner un jour aux études pour devenir infirmière et aider les autres.

Avec le fait que le Canada s’est récemment engagé à réinstaller plus de 1000 femmes et filles réfugiées provenant des zones de conflit du monde entier, au-delà du nombre que le gouvernement avait déjà annoncé, Bisrat était ravie de pouvoir exprimer sa gratitude et de pouvoir transmettre son message d’espoir.

« Ne désespérez jamais. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Je viens de trouver un emploi et je compte aussi retourner à l’école. J’ai maintenant une vie pleine d’espoir. Je suis contente. »

* Le nom de Bisrat a été changé pour des raisons de protection.

**Version: ANGLAIS