News »

Un cœur fragile brisé par le conflit syrien

Qaseem (à l’extrême gauche), avec sa femme Emrefa et leur fils Mohamad profitent de l’ambiance paisible de leur appartement à Gatineau au Québec. ©UNHCR

Le Canada offre à un père de famille réfugié un suivi médical en cardiologie pour sa survie. 

Par Gisèle Nyembwe à Gatineau, Canada

Avant ce jour de mai 1997 à Daraa en Syrie où il fut saisi de violentes douleurs à la poitrine, Qaseem Husainy n’avait jamais eu de sérieux problèmes de santé et était loin de s’imaginer que ses problèmes cardiaques changeraient sa vie et éventuellement le conduiraient à vivre au Canada.

« Durant cette première année, j’ai eu beaucoup de difficultés à trouver un médecin qui comprenait ce que j’avais. J’ai fini par trouver quelqu’un qui a pu stabiliser mon état avec des médicaments. Mais la guerre en Syrie ces dernières années n’a pas aidé. À un moment donné, nous avons dû fuir en Jordanie où ma vie est devenue encore plus difficile. »

Craignant que deux de ses fils soient rappelés de force pour servir dans l’armée alors que le conflit se propageait en Syrie, Qaseem et sa famille ont fui Daraa en septembre 2012. Ils se sont réfugiés à Jerash au Nord de la Jordanie, une ville plus connue pour ses admirables ruines gréco-romaines que pour l’acceuil des réfugiés syriens.

C’est pendant l’exil en Jordanie que son état s’est rapidement détérioré. Au début, il recevait ses médicaments par sa fille qui était restée en Syrie. Mais les combats ayant gagné Daraa et le Sud de la Syrie, il n’était plus possible pour elle d’agir ainsi. Sans les médicaments, son état s’est empiré, ce qui a causé en une seconde crise cardiaque.

« En Jordanie, un rendez-vous avec un médecin est chose rare, sauf s’il s’agit d’une urgence. Alors dans ce cas, on vous envoie une ambulance. Après ma seconde crise cardiaque, je devais prendre le bus une fois toutes les deux semaines pour aller à 50km de là où nous habitions à Jerash pour voir un médecin. Souvent, j’attendais pendant des heures dans les files d’attente, sous le soleil, avant d’être reçu. »

Le manque de financement pour répondre à la crise des réfugiés syriens pose un grand défi pour le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés et les organismes humanitaires qui ne sont pas en mesure de fournir des soins de qualité pour les patients avec des maladies chroniques.

Dans le cadre de son mandat de protection global, le HCR identifie les réfugiés les plus vulnérables dont ceux qui souffrent de maladies chroniques et qui ne sont pas en mesure de trouver un traitement là où ils vivent, faisant appel aux pays comme le Canada pour les réinstaller. Seulement 5% des 1,4 millions de réfugiés identifiés globalement par le HCR comme étant les plus vulnérables sont réinstallés. De ceux-ci, les réfugiés identifiés à cause des problèmes de santé ne représentent que 3% et ont souvent des maladies fatales ou pouvant causer une perte irréversible de certaines facultés.

En dépit de ces obstacles, Qaseem a eu la chance d’être parmi les 3% réinstallés globalement. Maintenant âgé de 64 ans et installé à Gatineau au Québec depuis un peu plus d’un an, Qaseem souffre de problèmes cardiaques liés à un apport sanguin insuffisant vers les tissus du cœur.

Emrefa (60) et son fils Mohamad (29) consacrent leur temps à aider Qaseem (64) à gérer au mieux sa maladie. ©UNHCR

Dans la quiétude de leur appartement bien ordonné, sa femme Emrefa, âgée de 60 ans et leur plus jeune fils Mohamad l’aident à gérer au mieux sa maladie en préparant des repas sains et en s’assurant qu’il pratique des exercices régulièrement. Qaseem est cependant en attente d’une intervention chirurgicale pour recevoir un défibrillateur, ce qu’il n’aurait jamais pu avoir en Syrie ou en Jordanie.

« L’expérience est toute autre ici et j’en suis vraiment reconnaissant. Le suivi médical est constant et les médecins comprennent mieux ma maladie. »

Malgré le sentiment de sécurité et de bien-être que la famille ressent au Canada, Qaseem admet s’inquiéter constamment au sujet de ses deux fils ainés restés en Jordanie ainsi que de sa fille mariée en Syrie et leurs familles. Cela n’aide pas à améliorer son état de santé.

« La séparation est difficile. Quand nous avons emménagé dans cet appartement, nous n’avions pas d’internet. Ma femme et moi avons paniqué car cela signifiait que nous n’avions plus de moyens d’avoir des nouvelles de nos enfants. Un jour, elle est descendue dans la rue pour essayer de trouver quelqu’un qui parlait arabe et qui pouvait nous aider à nous connecter pour parler à nos enfants. »

La Syrie est à l’origine du plus grand nombre de réfugiés dans le monde. Sur les 25,4 millions de réfugiés dans le monde, un quart d’entre eux sont Syriens. La plupart se sont installés dans les pays voisins à la Syrie, avec de très fortes concentrations en Turquie, au Liban et en Jordanie – une situation qui cause une pression énorme sur les économies, les infrastructures et les ressources de ces pays.

Avec son opération qui approche et les défis liés à leur nouvelle vie, les Husainy prient pour la guérison de Qaseem et le retour à une vie plus calme. Ils continuent d’espérer qu’ils seront bientôt réunis avec leurs enfants.

« J’ai perdu mon pays, je ne veux pas perdre mes enfants aussi, » conclut Qaseem d’un air fatigué.