width=

Matthew Brook (au centre à droite) parle avec des réfugiés à Tripoli, en Libye. ©UNHCR/Tarik Argaz

Réflexions d’un vétéran canadien sur son expérience en tant que Chef de mission adjoint

Par Matthew Brook, tel que raconté à Lauren La Rose


Garden Bay, en Colombie-Britannique – c’est là que vit Matthew Brook. Cependant, il a consacré ces 20 dernières années à aider des réfugiés dans le besoin dans le monde entier, et a oeuvré dans des pays comme l’Angola, la Colombie, le Kirghizistan et la Tanzanie. En 2017, il est également parti avec l’équipe d’intervention d’urgence à Cox’s Bazar au Bangladesh afin de fournir une aide et une protection aux réfugiés rohingyas.

Plus récemment, en tant que Chef de mission adjoint, il a coordonné les opérations sur le terrain en Libye. Pendant l’année où il était en poste, il a également occupé le poste de Chef de mission par intérim pendant quatre mois. Il décrit les défis qu’il a dû relever pendant son séjour en Libye ainsi que l’impact des dons de ses compatriotes Canadiens.


En avril 2019, le HCR a exprimé sa préoccupation quant aux quelque 3000 réfugiés et migrants retenus dans des centres de détention à Tripoli. Quelles sont les circonstances qui ont conduit à la détention de tant de personnes? Ces personnes étaient retenues dans des centres de détention gérés par le gouvernement qui considérait qu’elles étaient entrées illégalement en Libye*. (*La Libye n’a pas signé la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, un document juridique clé qui énonce les droits des personnes déracinées, ainsi que les obligations juridiques des États pour assurer leur protection.) Ces 3000 personnes étaient particulièrement en danger, car elles étaient détenues dans des zones de conflit à Tripoli soumises à de violents combats entre les camps adverses.

Pouvez-vous décrire les conditions dans les centres de détention? Les conditions dans les centres de détention étaient extrêmement mauvaises : surpopulation, installations sanitaires inadéquates, présence de maladies, manque de nourriture.

Pouvez-vous décrire la nature des combats et des violences dont vous avez été témoin en Libye? Quels sont les défis que vous avez rencontrés en travaillant en zone de conflit? Les affrontements étaient intenses : tant au niveau des opérations aériennes (missiles et bombes largués de drones et d’avions) qu’au niveau des combats au sol. Ils étaient également très imprévisibles, en particulier en avril 2019 lorsque le Général Haftar a lancé son offensive sur Tripoli, avec des lignes de front qui changeaient d’heure en heure. L’ONU a également dû faire face à des menaces terroristes crédibles et ciblées de la part d’éléments extrémistes.

Apporter une aide humanitaire et assurer la protection des populations a été grandement compliqué dans ces circonstances. Lorsque nous n’étions pas dans l’enceinte hautement protégée de l’ONU, toute mission sur le terrain était soumise à des consignes de sécurité extrêmes, avec des déplacements en convois de 4×4 blindés escortés par des agents de sécurité, souvent armés. En tant que Chef de mission par intérim à cette époque, j’ai dû prendre des décisions difficiles concernant l’étendue de l’aide que nous pouvions apporter aux réfugiés sans mettre en danger la sécurité de nos collègues du HCR.

« En bref, les dons ont contribué à sauver des réfugiés qui, autrement, se seraient retrouvés piégés dans le conflit en Libye. »

Que fait le HCR sur le terrain pour aider les personnes relevant de sa compétence en Libye? Les principales mesures qui concernent les réfugiés comprennent l’évacuation des réfugiés hors de la Libye, des activités de plaidoyer auprès des autorités pour mettre fin à leur détention, la fourniture de soins médicaux, de conseils et d’une aide en espèces (pour les abris) aux réfugiés en Libye. Le HCR fournit une aide humanitaire aux personnes déplacées à l’intérieur du pays à cause du conflit, et apporte également son soutien aux communautés d’accueil et de retour, via l’amélioration des centres de santé et des écoles.

Pouvez-vous nous dire comment les dons permettent d’aider les personnes relevant de la compétence du HCR en Libye? En bref, les dons ont contribué à sauver des réfugiés qui, autrement, se seraient retrouvés piégés dans le conflit en Libye. Parmi eux, certains réfugiés ont été réinstallés au Canada. Les dons permettent également de fournir une aide humanitaire immédiate aux réfugiés et aux Libyens déplacés par le conflit.

Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail? Ce qui me motive c’est la possibilité d’aider des femmes, des hommes, des filles et des garçons à vivre en sécurité, sans craindre d’être tué à tout moment. Ce qui me motive c’est la résilience que je vois dans les yeux de ces personnes, et le fait qu’ils puissent sourire malgré le chaos et la souffrance qu’ils ont connus.

LISEZ L’ÉDITION EN LIGNE DU MAGAZINE DU HCR

Pin It on Pinterest

X