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Les réfugiés et leurs communautés d’accueil en Inde sont durement touchés par le confinement lié au coronavirus

Nezamudden Linn, un réfugié rohingya de 44 ans, pose avec sa famille à New Delhi, en Inde

Nezamudden Linn, un réfugié rohingya de 44 ans, pose avec sa famille à New Delhi, en Inde. © HCR/Nezamudden Linn

La vie était déjà difficile pour beaucoup des 40 276 réfugiés enregistrés auprès du HCR en Inde, mais la pandémie de coronavirus a rendu leur vie encore plus incertaine.

Nezamudden Linn, un réfugié rohingya de 44 ans, arrivé en Inde depuis le Myanmar en 2013 avec sa femme et ses trois enfants, gagnait sa vie en faisant du travail de traduction pour une organisation d’aide juridique à but non lucratif à New Delhi, la capitale. Il gagnait juste assez pour subvenir aux besoins de sa famille jusqu’à ce que le confinement ne soit instauré dans tout le pays il y a trois mois, ce qui a entraîné la perte de son emploi.


Aujourd’hui, il est obligé de charger et décharger des marchandises pour les épiceries locales en échange de nourriture. « J’ai du mal à joindre les deux bouts », dit-il. « Le peu de travail que j’avais sous forme de petits boulots à temps partiel a cessé. »

L’Inde a commencé à assouplir sa politique de confinement au début du mois de juin, mais il y a eu une recrudescence de nouveaux cas ces derniers jours et la plupart des réfugiés du pays, qui survivent principalement grâce au travail journalier dans le secteur informel, sont toujours sans revenus.

Nezamudden reconnaît qu’il est mieux loti que beaucoup d’autres au sein de la communauté rohingya. Il a pu vendre une maison au Myanmar pour subvenir aux besoins de sa famille. D’autres n’ont pas ou peu d’économies sur lesquelles s’appuyer et sont plus que jamais dépendants de l’aide des agences des Nations Unies, des ONG locales et du gouvernement indien.

« J’ai du mal à joindre les deux bouts. Le peu de travail que j’avais sous forme de petits boulots à temps partiel a cessé. »

La majorité des réfugiés enregistrés en Inde auprès du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, sont originaires du Myanmar (principalement des Rohingyas) et d’Afghanistan, avec des groupes plus restreints de demandeurs d’asile et de réfugiés venant du Yémen, de Syrie, de Somalie et d’autres pays africains.

Le besoin de nourriture était le plus important et le plus pressant au début du confinement. Avec ses partenaires locaux, le HCR a distribué des colis alimentaires à près de 9000 familles de réfugiés en avril et en mai, tandis que 3200 familles supplémentaires ont reçu de la nourriture des autorités locales et des ONG.

Comme la crise a touché non seulement les réfugiés, mais aussi les communautés qui les accueillent, le HCR a également aidé les familles locales vulnérables en leur fournissant de la nourriture et du savon chaque fois que cela a été possible. Mais le financement nécessaire à la poursuite de cette assistance essentielle s’est tari et la dernière distribution de colis alimentaires du HCR n’a atteint que 930 des familles les plus vulnérables.

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« Les besoins sont énormes, mais nous n’avons pas les fonds nécessaires pour faire davantage », a expliqué Kiri Atri, responsable des relations extérieures pour le HCR en Inde. « Pour poursuivre ces activités, un financement urgent est nécessaire afin de soutenir les réfugiés vulnérables, les demandeurs d’asile et les communautés d’accueil en leur fournissant des rations alimentaires, une aide financière et des serviettes hygiéniques pour les femmes et les filles. »

Kiri Atri a ajouté qu’avec l’arrivée de la mousson et de la dengue, les personnes vivant dans des conditions de surpeuplement auraient également besoin de pouvoir réparer leurs abris, de se procurer des moustiquaires et d’autres articles essentiels. Nezamudden a indiqué que la nourriture qu’il avait reçue du HCR et de son partenaire local, BOSCO, avait été indispensable à la survie de sa famille, d’autant plus que les membres de la communauté rohingya à Delhi n’étaient pas en mesure de s’entraider. « Même si je meurs, personne de ma communauté n’aura les fonds nécessaires pour organiser mon enterrement », a-t-il déclaré. « Nous sommes très pauvres. »

« Même si je meurs, personne de ma communauté n’aura les fonds nécessaires pour organiser mon enterrement. »

La Banque mondiale estime que la pandémie de coronavirus va plonger 71 millions de personnes dans l’extrême pauvreté à travers le monde. Au niveau mondial, le nombre de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire aiguë devrait également doubler d’ici la fin de l’année.

Outre la nourriture, la principale préoccupation de nombreux réfugiés en Inde est désormais leur incapacité à payer leur loyer et la perspective de leur expulsion imminente.

« Pour la plupart d’entre eux, les petites économies qu’ils avaient éventuellement pu rassembler sont maintenant épuisées », a expliqué Selin Mathews, en charge de la protection au sein du HCR. « Nous avons pu négocier avec certains propriétaires pour leur faire gagner du temps, mais nous arrivons maintenant à un point où les propriétaires ont besoin de ce loyer pour leur propre survie », a-t-elle précisé, ajoutant que les transferts de fonds des proches vivant à l’étranger ont également diminué ou cessé.

Hasibullah Parhiz, un réfugié afghan de 24 ans, est volontaire auprès du HCR et de ses partenaires pour assurer le suivi des besoins des réfugiés et distribuer de l’aide depuis le début du confinement à Inde

Hasibullah Parhiz, un réfugié afghan de 24 ans, est volontaire auprès du HCR et de ses partenaires pour assurer le suivi des besoins des réfugiés et distribuer de l’aide depuis le début du confinement à Inde. © HCR

Aisha*, une réfugiée somalienne de 25 ans, a raconté que sa tante, qui vit dans un autre pays, avait l’habitude de lui envoyer 200 dollars par mois, ce qui l’aidait à couvrir ses besoins essentiels. « Maintenant, elle a elle-même du mal à subvenir à ses besoins et a cessé de m’envoyer de l’argent. »

Aisha dit qu’elle n’a survécu que grâce à la gentillesse d’un petit commerçant local qui lui a permis de faire ses courses à crédit. Mais ce stress financier résultant du confinement n’est pas le seul problème auquel sont confrontés les réfugiés. Le Covid-19 a rendu malades un certain nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile. La plupart ont récupéré, mais plusieurs sont encore en traitement à l’hôpital et quatre ont succombé au virus.

Si les réfugiés et les demandeurs d’asile ont jusqu’à présent eu accès aux soins de santé, les centres de dépistage ont récemment commencé à demander un justificatif de domicile dans le but de permettre le traçage des contacts – ce qui fait défaut à la plupart des réfugiés qui ne disposent pas d’un contrat de location officiel. Selin Mathews a indiqué que le HCR est intervenu auprès des établissements de santé dans ces cas pour fournir des lettres justificatives.

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Elle a ajouté que les recommandations sanitaires émises par le ministère de la santé et l’Organisation mondiale de la santé ont été traduites dans les langues que parlent la plupart des réfugiés, « mais c’est un grand défi car beaucoup d’entre eux vivent dans des quartiers défavorisés où il leur est difficile de maintenir une distance physique. »

Alors que la pandémie progresse, les réfugiés en Inde participent également à la lutte contre le Covid-19. Parmi eux figure Hasibullah Parhiz. Ce jeune réfugié afghan de 24 ans a participé à la distribution de rations alimentaires et à la sensibilisation aux mesures de prévention dans sa communauté.

« Je pense qu’il est très important pour un réfugié d’aider les autres réfugiés », a déclaré Hasibullah, qui s’est lui-même mis en quarantaine ces 17 derniers jours après avoir ressenti les symptômes du Covid-19.

Alors que les mesures de confinement empêchent le personnel du HCR d’être physiquement présent dans les communautés, Selin Mathews a expliqué que le HCR s’appuie sur des volontaires réfugiés au sein des communautés comme Hasibullah pour distribuer l’aide et assurer le suivi des besoins. Elle et ses collègues utilisent des applications de messagerie comme WhatsApp pour rester en contact régulier avec les représentants des différentes communautés de réfugiés, y compris ceux qui ont des besoins spécifiques comme les personnes handicapées ou les personnes âgées.

« Malgré le confinement et la peur de l’infection, beaucoup de gens se sont mobilisés pour soutenir leurs communautés », a-t-elle déclaré. « Les communautés d’accueil sont également solidaires, aujourd’hui plus que jamais. »

Vous pouvez faire un don ici et répondre ainsi à l’appel de fonds COVID-19 du HCR.

*Le nom a été changé pour des raisons de protection

Publie par le HCR, le 01 juillet 2020