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Après le tumulte de la guerre, une famille de Syriens sourds trouve la paix au Canada

Les membres de la famille Al Kawarit posent sur le balcon de leur nouvelle maison à Calgary, où ils recommencent une nouvelle vie grâce à un programme mené par le Gouvernement canadien pour la réinstallation de réfugiés syriens

Les membres de la famille Al Kawarit posent sur le balcon de leur nouvelle maison à Calgary, où ils recommencent une nouvelle vie grâce à un programme mené par le Gouvernement canadien pour la réinstallation de réfugiés syriens. © HCR/J.May

Lorsque Mohamad, un adolescent sourd, a été blessé par balle au cou, sa famille a fui pour échapper à la mort. Elle commence aujourd’hui une nouvelle vie au Canada.


Mohamad al Kawarit souffre de surdité profonde. Il n’a pas entendu le coup de feu retentir alors qu’il se rendait prier à la mosquée d’Al-Harra, sa ville natale dans le sud de la Syrie.


Mais lorsqu’il a ressenti une vive douleur et vu le sang jaillir de son cou, le jeune homme de 15 ans a compris qu’il avait été atteint par une balle. Serrant son cou, il a attendu les lumières clignotantes de l’ambulance qui l’a conduit à l’hôpital dans la province de Deraa.

La guerre en Syrie et cette balle perdue en particulier ont envoyé Mohamad et sa famille (son père ainsi que trois de ses frères et soeurs sont aussi sourds) au Liban. Les membres de la famille ont finalement trouvé la sécurité au Canada en tant que réfugiés. Ils ont été pris en charge par les autorités canadiennes, dès leur descente de l’avion à Calgary, ville des Prairies de 1,2 million d’habitants, en décembre dernier.

« Je dis merci au gouvernement canadien et aux Canadiens tous les jours, et cela ne sera jamais suffisant », dit la mère de Mohamad, Souad Al Nouri, par l’intermédiaire d’un interprète dans la salle de séjour rangée et riche en canapés de la nouvelle maison familiale.

Pendant que Souad raconte l’histoire de sa famille, son mari et ses enfants conversent silencieusement dans la langue des signes. Diana, 10 ans, berce son jeune frère, qui souffre de paralysie cérébrale, dans ses bras.

Pour la famille de huit personnes, la vie au Canada est un retour à une stabilité indispensable, après huit années passées dans le danger mortel et la fuite éperdue. À Al-Harra, Souad et son mari, Hassan al Kawarit, ont dirigé des entreprises prospères, notamment une entreprise de construction et plusieurs boulangeries. Les enfants recevaient l’aide dont ils avaient besoin pour leur handicap. « Notre vie en Syrie était très belle », dit Souad.

Au début du conflit, il y a cinq ans, la famille pensait qu’elle pourrait rester à Al-Harra. « Pendant les premiers mois, tout allait bien », dit Souad. Mais la paix n’a pas duré, et la famille a fui vers un autre village en Syrie.

Le réfugié syrien Mohamad Al Kawarit sur le balcon de la nouvelle maison de sa famille à Calgary, au Canada

Le réfugié syrien Mohamad Al Kawarit sur le balcon de la nouvelle maison de sa famille à Calgary, au Canada. © HCR/J.May

Ils ont essayé de retourner à Al-Harra quelques mois plus tard, après avoir cru, en prenant connaissance des nouvelles, qu’ils pouvaient y retourner en toute quiétude, mais ils ont constaté que leur maison avait été partiellement détruite par le feu. « Aucune porte, aucune fenêtre, rien », se souvient Souad.

La famille a essayé de rendre la maison habitable en mettant des bâches en plastique sur les fenêtres, mais le retour n’allait être que provisoire. Quelques mois plus tard, Mohamad a été touché par une balle, puis les militants ont pris d’assaut la ville, ce qui a déclenché une autre évacuation précipitée. Le jour où la famille a fui pour la dernière fois en 2014, 15 personnes ont été tuées dans la mêlée, se rappelle Souad.

La famille a d’abord trouvé refuge dans la vallée de la Bekaa, au Liban ; elle était accueillie dans un camp de réfugiés de la ville de Saadnayel, avant de s’installer dans un appartement délabré. « Notre situation a radicalement changé », dit Souad.

Les enfants n’étaient plus scolarisés, et toutes ces perturbations faisaient des dégâts sur eux. « Ils étaient comme quelqu’un dans le désert qui ne sait pas où aller », dit-elle.

La famille s’est enregistrée auprès du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et elle a cherché à se réinstaller. Lorsqu’elle a appris que sa famille avait été sélectionnée pour se réinstaller au Canada, Souad a pleuré. « Je ne peux pas décrire le sentiment », dit-elle. « J’étais si heureuse. » Hassan et les enfants sautaient de joie. « C’était comme un anniversaire. »

En partenariat avec le HCR, le Canada a réinstallé plus de 26 000 réfugiés syriens depuis novembre. La plupart sont des réfugiés pris en charge par le gouvernement comme la famille de Souad, qui ont d’abord été réinstallés dans 36 collectivités sur l’ensemble du pays, où ils ont reçu une « allocation de démarrage » unique en plus d’une allocation mensuelle.

« Réinstaller les réfugiés symbolise fièrement la tradition humanitaire du Canada », dit Nancy Caron, porte-parole de l’organisme gouvernemental Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. « Nous montrons ainsi au monde que nous avons la responsabilité partagée d’aider les personnes déracinées, persécutées et ayant le plus besoin de protection. »

Lorsque les réfugiés pris en charge par le gouvernement arrivent au Canada, les ONG les aident à s’établir. La Calgary Catholic Immigration Society, ou CCIS, a trouvé une maison que Souad et Hassan ont pu louer dans une rue calme de l’un des quartiers les plus multiculturels de la ville. L’organisation a aussi aidé la famille à meubler le nouveau domicile, à ouvrir des comptes bancaires et à s’immatriculer à certains registres comme l’assurance-maladie.

L’organisation a continué d’entretenir des liens étroits avec la famille. « Nous assurons un suivi auprès d’eux jusqu’à ce que tout aille bien », dit Ashour Esho, conseiller de la famille à CCIS.

Souad Tawfic Al Nouri, une réfugiée syrienne, pose avec ses filles dans le jardin de la nouvelle maison de la famille à Calgary, au Canada

Souad Tawfic Al Nouri, une réfugiée syrienne, pose avec ses filles dans le jardin de la nouvelle maison de la famille à Calgary, au Canada © HCR/J.May

Les nouveaux arrivants reçoivent aussi une aide informelle de Syrian Refugees Support Group Calgary, une organisation de bénévoles locaux qui fournit aux réfugiés des meubles et d’autres articles. Les bénévoles mettent un point d’honneur à se lier d’amitié avec les nouveaux arrivants.

Souad a trouvé une bonne amie en la personne d’Honne Jeha, une Maman locale et l’une des bénévoles. « Si elle a besoin de quelque chose », dit Jeha, « je suis là ».

Jeha a aidé Souad et Hassan à inscrire leurs enfants à l’école et elle leur a montré où acheter de la nourriture du Moyen-Orient et comment se rendre à l’hôpital pour enfants. « Ils ont encore besoin d’aide ne serait-ce que pour s’adapter à la vie », dit Jeha. « Pour s’orienter. Tout leur est étranger. »

Cependant, trois mois après son arrivée au Canada, Souad se sent chez elle. « Au Canada, je suis en Syrie », dit-elle. « C’est comme mon pays. Les gens sont sympathiques. Ils ont bon coeur. Je suis si heureuse d’être ici. »

Maintenant, la famille doit relever le défi d’apprendre l’anglais et de trouver du travail. Pour ce faire, Souad suit un cours de langue cinq jours par semaine. Hassan espère faire de même bientôt. « S’ils apprennent la langue, tout ira bien pour eux », dit Esho. « Mais pour l’instant, c’est la raison pour laquelle nous les accompagnons. Pour les aider. Pour leur demander ce dont ils ont besoin ».

Les enfants fréquentent trois écoles différentes à Calgary, en fonction de leurs besoins. Après deux ans sans être allés à l’école au Liban, ils se réjouissent d’être en classe de nouveau. « Les enfants se sont trouvés ici », dit Souad. « Ils ont retrouvé leur chemin. »

Sa fille Nour, 12 ans, veut être enseignante. Ahmad, 14 ans, veut être médecin. Et Mohamad impressionne tout le monde par son habilité à s’orienter. « Mohamad m’épate », dit Jeha. « Il est sourd, mais il est tellement intelligent. » C’est un génie pour ce qui est de s’orienter dans le réseau de transport en commun de Calgary. Souvent, il se rend dans un centre de loisirs à proximité pour faire de la musculation.

« Il ne parle pas anglais, mais il est capable d’ajouter des adresses dans son téléphone », dit Keha. « Il s’est très bien adapté. »

En ce qui concerne l’avenir, Souad a bon espoir que sa famille s’épanouira dans le pays qui l’a accueillie quand elle en a eu besoin. « Je rêve que mes enfants puissent faire quelque chose de bien pour le Canada, parce que le Canada nous a sauvés », dit-elle. « Nous devons redonner au Canada ce qu’il nous a donné. »

Publie par le HCR, le 21 mars 2016