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Survivante de violences sexuelles, une réfugiée redonne espoir aux femmes du Rwanda

Réfugiée, Jacqueline Umutesi travaille afin d'empêcher les violences sexuelles et sexistes dans le camp de Gihembe, au Rwanda.

Réfugiée, Jacqueline Umutesi travaille afin d’empêcher les violences sexuelles et sexistes dans le camp de Gihembe, au Rwanda. © HCR / S. Masengesho

KIGALI, Rwanda, 7 décembre (HCR)—Son enfance a été traumatisante. Pourtant, Jacqueline Umutesi, réfugiée de 37 ans, aide les autres femmes à guérir. Elle est l’une des organisatrices les plus véhémentes d’une communauté qui lutte au Rwanda contre les violences sexuelles et sexistes (VSS).

Exil et violence : Jacqueline s’appuie sur son propre vécu pour renforcer son travail, elle qui, à 14 ans, a été forcée de fuir Itongo, ville du territoire de Rutshuru, en République démocratique du Congo (RDC). Pendant un an, elle vit avec sa famille dans le camp de réfugiés de Mudende (Rwanda). Mais, en 1997, une milice envahit le camp et ouvre le feu, tuant des milliers de personnes.

Pour sa sécurité, Jacqueline part au camp de réfugiés de Gihembe, qui héberge aujourd’hui plus de 14 500 réfugiés congolais, pour la plupart des survivants du massacre. Mais le cauchemar ne fait que commencer pour la jeune femme.

Un an après son arrivée à Gihembe, Jacqueline est contrainte à une pratique culturelle connue sous le nom de « guterura », une tradition ancienne qui consiste à enlever des jeunes filles pour les marier. « Au milieu de la nuit, des personnes sont entrées dans la maison, raconte-t elle. J’avais 17 ans. Elles ont mis un sac en plastique au-dessus de la tête de ma mère afin qu’elle ne puisse pas voir, et elles m’ont emmenée. »

« L’année suivante, j’ai donné naissance à une fille, ma première fille, poursuit-elle. L’homme qui m’a enlevée est devenu mon mari. C’était un soldat de la RDC. Comme cela faisait partie de notre culture, ni moi ni mes parents ne pouvions nous y opposer. »

Pendant vingt ans, Jacqueline a fait l’objet de violences, d’humiliations et de privations. « Même lorsque j’étais enceinte, mon mari me battait, dit-elle. Il couchait avec d’autres femmes et a été contaminé par le virus du SIDA. Furieux, il a tenté de mettre le feu à ma maison. J’ai dû fuir pour aller vivre avec ma mère. »

Malgré ses peurs, Jacqueline veut recommencer sa vie.

Aujourd’hui, elle fait partie d’une équipe de neuf animateurs communautaires. L’équipe est associée au Plan international du HCR qui travaille au camp de Gihembe, engage des discussions avec les gens et lance des campagnes de sensibilisation sur les violences sexuelles et sexistes et sur l’égalité des sexes.

Le résultat de leurs efforts est indéniable. « Dans notre culture, on devait accepter que tout ce qu’un homme disait était vrai, dit-elle. La seule personne qui avait le droit de parler dans la maison était l’homme. Mais, cela change. Maintenant, si une femme parle, on considère cela comme une discussion. »

Mais il y a mieux. Le plus important est que la pratique du mariage par enlèvement et du mariage forcé a pris fin, et les violences physiques et sexuelles contre les femmes et les filles ne sont désormais plus jugées acceptables. « Aujourd’hui, si un homme bat sa femme, les gens s’y opposent et nous l’emmenons à la police. Et il y a des suites. »

Jacqueline joue souvent dans des représentations théâtrales afin de sensibiliser les gens à la violence sexuelle. « Même si les histoires sont fictives, pour moi, c’est très éprouvant émotionnellement et je pleure souvent, avoue-t-elle. Les gens disent que je suis une très bonne actrice, mais je ne fais que jouer les émotions que je ressens et qui sont issues de mes propres expériences de la vie. »

La prostitution pour survivre reste encore un problème, et de nombreuses femmes et filles réfugiées sont si désespérées qu’elles vendent leur corps pour de la nourriture, des vêtements et pour d’autres besoins essentiels. En tant que mère, Jacqueline est inquiète pour sa fille. « Je m’inquiète à cause des dangers auxquels elle est confrontée après l’école, surtout la prostitution de survie, qui représente un problème pour les jeunes adolescentes, dit-elle. Au moins, lorsque ma fille est à l’école, je sais que je n’ai pas à m’inquiéter. »

Toutefois, alors qu’elle voit combien son travail a déjà transformé les vies de tant de femmes et de filles dans le camp, Jacqueline est confiante pour l’avenir.

« J’espère, en racontant aux autres femmes où j’en suis arrivée aujourd’hui, qu’elles ne vivront pas la même chose demain. »

Par Martina Pomeroy à Kigali