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L’exode continu en Amérique centrale fait craindre une « crise de réfugiés imminente »

Une Salvadorienne marche le long d'une voie ferrée à Chiapas au Mexique, en octobre 2015.

Une Salvadorienne marche le long d’une voie ferrée à Chiapas au Mexique, en octobre 2015. © HCR / M. Redondo

28 octobre (HCR)—À la fin 2014, quatre membres d’un violent gang de rue ont enlevé Norma et l’ont emmenée dans un cimetière près de sa maison au Salvador. Trois des quatre hommes l’ont ensuite violée. Elle est convaincue qu’elle a été prise pour cible car elle est mariée à un agent de police.

« Ils m’ont agressée l’un après l’autre… ils m’ont ligoté les mains. Ils m’ont enfoncé un morceau de tissu dans la bouche pour m’empêcher de crier. » Lorsqu’ils ont fini, a t elle dit, « ils m’ont jetée aux ordures ».

Bien que son mari soit policier et que le couple ait déposé une plainte formelle, Norma* ressentait qu’elle ne pouvait pas être protégée contre le gang, un puissant groupe armé transnational solidement implanté dans toute la région.

Des membres du gang l’avaient déjà forcée à payer toutes les deux semaines une « cuota » (taxe) pour sa protection et avaient menacé ses enfants. Après le viol, elle n’a cessé de craindre pour la vie de ses enfants. « Ils pourraient me tuer. Les gangs ne pardonnent pas… S’ils ne me faisaient pas de mal à moi personnellement, ils en feraient à mes enfants », a t elle dit.

Norma a tenté de trouver la sécurité en allant vivre chez sa tante et son oncle dans une autre région du Salvador. Elle a changé de numéro de téléphone et est restée totalement cloîtrée à la maison. Malgré cela, elle et sa famille ont continué de subir des menaces. N’ayant plus d’autre choix, elle et son mari ont décidé qu’elle devrait quitter le pays. Norma a fui par le Mexique avec un « coyote » (passeur) avant d’entrer finalement aux États-Unis où elle a déposé une demande d’asile.

Avant de fuir, Norma a voulu retirer sa plainte auprès de la police « pour qu’aucun des proches restés au pays ne soit mis en danger ». Toutefois, Norma a indiqué que ses enfants, qui vivent avec son mari dans leur pays d’origine, en Amérique centrale, « continuent d’être victimes de menaces ».

Norma fait partie de milliers de femmes du Salvador, du Honduras, du Guatemala et de quelques régions du Mexique qui fuient en nombre croissant une montée de la violence meurtrière et non réprimée des gangs dans leurs pays. L’exode continu de la région—qui affiche l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde, en particulier sur des femmes—alimente une crise de réfugiés imminente dans les Amériques, a prévenu le HRC mercredi.

« La violence commise par des groupes criminels organisés transnationaux au Salvador, au Guatemala, au Honduras et dans certaines régions du Mexique s’est généralisée », a déclaré à Washington António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, lors d’une conférence de presse organisée pour marquer la publication d’un rapport sur la situation intitulé « Women on the Run » (femmes en fuite). « Les graves crises de réfugiés que nous observons dans le monde aujourd’hui ne se limitent pas au Moyen-Orient ou à l’Afrique… Une autre crise de réfugiés est en train de se profiler dans les Amériques. »

Le nouveau rapport du HCR s’appuie sur les entrevues de 160 femmes qui ont relaté leurs expériences traumatisantes de viol, d’agression, d’extorsion et de menaces par des gangs de rue meurtriers. Elles ont parlé de leurs familles aux prises avec des fusillades, des disparitions et des menaces de mort. Elles ont dit avoir témoigné l’assassinat ou l’enlèvement de membres de leur famille et le recrutement forcé de leurs enfants par ces groupes.

António Guterres estime que l’étude est « un premier avertissement visant à faire prendre conscience des défis auxquels les femmes sont confrontées et un appel à agir pour répondre régionalement à cette crise de réfugiés imminente ».

En réponse à la crise, le HCR souhaite que tous les pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Nord reconnaissent une crise de réfugiés croissante dans la région et mettent en œuvre des dispositifs appropriés aux frontières pour identifier les personnes ayant besoin d’une protection internationale.

Si certaines femmes en quête de sécurité ont trouvé refuge aux États-Unis, beaucoup d’autres ont fui vers des États voisins d’Amérique centrale et au Mexique, où les demandes d’asile de personnes fuyant le Salvador, le Guatemala, le Honduras et certaines régions du Mexique se sont multipliées par 13 depuis 2008.

Selon les statistiques du gouvernement américain, il a été estimé que la crainte de persécution ou de torture était crédible pour 82 pour cent des 16 077 femmes en provenance de ces pays, qui ont été interrogées par les autorités américaines l’année dernière; celles-ci ont été autorisées à déposer une demande d’asile aux États-Unis.

 

*Le nom de Norma a été changé pour protéger son identité